En 1976. Agé de six ans, Peter Van Petegem chute à vélo, à Opbrakel. Son père Etienne : " Il y avait moins de maisons et de trafic que maintenant. Nous faisions des courses dans la rue. Peter est tombé en avant, s'est brisé quelques dents et la cuisse. Il a dû rester six semaines la jambe en extension ".
...

En 1976. Agé de six ans, Peter Van Petegem chute à vélo, à Opbrakel. Son père Etienne : " Il y avait moins de maisons et de trafic que maintenant. Nous faisions des courses dans la rue. Peter est tombé en avant, s'est brisé quelques dents et la cuisse. Il a dû rester six semaines la jambe en extension ". Stefan Leleu en rit toujours : " Quand il est revenu à l'école, il marchait avec une canne et portait des lunettes solaires pour cacher son £il au beurre noir ". L'ancien défenseur de l'Antwerp a été à l'école avec Peter à Brakel, des primaires à la troisième année secondaire. Ils sont devenus amis : " Nous étions de tous les coups mais nos parents étaient immédiatement informés car le village était petit ". Leleu faisait parfois ses devoirs avec Van Petegem : " Surtout quand j'avais oublié quelque chose car Peter était toujours en ordre. Il a toujours été sportif. Nous avons fait de la gym ensemble, deux heures par semaine et préparé un spectacle pour la fête de l'école. Nous courions. J'étais toujours premier aux cross scolaires mais j'étais plus grand. Peter était généralement deuxième ou troisième. A midi, nous allions manger à la maison en vitesse, pour pouvoir jouer au foot avant la reprise des cours. Nous jouions aussi pendant la récréation, à dix et à quinze heures ". Beaucoup d'élèves des Frères de St-Augustin jouaient à l'Olsa, comme Van Petegem, tandis que Leleu évoluait à Brakel : " Deux fois par an, nous nous affrontions dans le derby. Il se distinguait plutôt par son placement. Quand nous jouions pour le plaisir, nous reformions nos équipes : Olsa contre le FC Brakel. Peter était souvent capitaine. Puis il s'est tourné vers le vélo, à notre grande surprise ". FerdiVandenhaute, ami d'Etienne, a servi de modèle au petit Peter. Il s'en est occupé lors d'un stage du Bloso (l'Adeps flamand) à Sint-Jan-in-Eremo. Le vent soufflait sur les polders. " Il s'est envolé ", rigole Vandenhaute. " Il était tellement amoché que nous lui avons dit de rentrer mais il a continué. Il n'abandonne pas, Peter. Il a toujours été costaud ". Il envoie Peter sur la piste de Gand : " Un jeune ne doit pas trop souffrir du climat ". Etienne : " Il a été immédiatement accepté par Patrick Sercu et Eddy Merckx. Sercu a expliqué à Peter comment négocier les virages pour atteindre sa vitesse optimale ". Peter a roulé sa première course à St Martens Lierde. Serge Baguet, originaire du même coin et futur collègue, en était : " J'ai joué trois ans au FC Bonanza. J'étais gardien. Olsa était invincible mais à la mi-temps, le marquoir était vierge. Nous étions euphoriques puis en deuxième mi-temps, j'ai ramassé le ballon sept fois. Peter a joué ce match ". Par contre, lors de cette première course, ils portent le même maillot blanc : pas question de se soumettre si jeunes aux exigences d'un sponsor. Baguet : " Les gens criaient : - Van Petegemken est là ! Il avait une tête de moins que moi. On ne le voyait pas passer ! Il est resté dans ma roue tout le temps. Je l'ai battu mais ce fut dur ". Deux clans sont nés : celui de Baguet et celui de Van Petegem. Ambiance garantie dans les courses de la région. Baguet : " J'étais meilleur en côte, lui plus rapide au sprint, donc je devais le lâcher avant le final. Il était plus fin tacticien que moi qui attaquais du premier au dernier kilomètre. Je me souviens d'une course à Oudenhove. Nous ne nous lâchions pas. A la fin, nous étions à neuf en tête, nous avons occupé les deux dernières places de ce peloton, tant nous nous étions tués ". Van Petegem surpassera finalement Baguet. Ferdi Vandenhaute : " Peter était un athlète, pas un coureur trop spécifique à ses débuts ". Il fera mieux que son frère cadet, Kurt, un défenseur qui a joué en D1 avec le Waregem d' Aurelio Vidmar et Hendrie Krüzen avant d'être victime d'une déchirure des ligaments. Kurt habite Valence, en Espagne : " Nous étions souvent ensemble jusqu'à 12 ou 13 ans, jusqu'à ce que les choses sérieuses commencent. Peter est encore plus renfermé qu'avant. Il a une forte personnalité et ne parle pas volontiers de ses problèmes. Je ne l'ai jamais vu au fond du trou, d'ailleurs. Il n'a pas besoin de chaleur humaine, il ne montre pas ses émotions. Je suis plus ouvert, plus aventurier aussi ". Un footballeur et un cycliste. " Avant que Peter ne se lance dans le vélo, notre père nous entraînait techniquement au foot mais il n'y connaissait rien ! Par contre, en cyclisme... ". Un jour, les deux frères sont dans la cuisine. Ils se lancent un défi : qui boira le plus d'huile de foie de morue ? " Il a porté la bouteille à sa bouche. Il fallait toujours qu'il en fasse plus. Il cherchait la compétition. Gamin, il voulait déjà tout gagner. Jamais il n'aurait pratiqué un sport où il était médiocre. Mais le vélo... Nourriture, entraînement, repos. Il ne pensait qu'à ça ". La famille comptant quelques fermiers, Peter ne manquait de rien : poulets, pigeons, légumes et gibier. Etienne : " Peter en raffole. Quand j'entends parler, maintenant, de vitamines, de compléments.... Est-ce bien nécessaire ? C'est devenu un commerce. Il avait du jus de carottes, de persil, de la levure et de l'huile de foie de morue. Par litres car Peter était convaincu que ça le ferait grandir. Les spécialistes consultés ne se tracassaient pas. De fait, en un an, il a atteint sa taille ". Vandenhaute : " Peter posait des questions pertinentes. Il est avide de connaissance. Il ne suffisait pas de lui dire que c'était la meilleure boisson, il fallait expliquer pourquoi ". Sa mère a trouvé la cause de douleurs musculaires récurrentes : " Suite à la calcification de sa fracture à la cuisse, une de ses jambes était plus longue de huit millimètres. Elle l'a remarqué aux plis de son pantalon. Il a alors suffi de placer une semelle dans sa chaussure ". En Juniors, tous les mercredis, Peter a suivi la Honda paternelle, s'enfilant les côtes de la région jusqu'à Gand. Etienne : " Parfois avec un vent de 80 km/h ". Le mercredi ne suffisait pas. Geert Van Bondt a fait la connaissance de Peter à l'Athénée de Ninove, en quatrième. " Nous roulions de cinq à huit heures. Amateurs, une année, nous sommes restés en contact 365 jours de suite. A huit heures du matin, le téléphone sonnait. Peter venait s'entraîner. Je le connaissais mieux que mon amie. Ma mère a même demandé si nous n'étions pas homosexuels (il rit). Notre parcours allait des Ardennes flamandes à la Wallonie. Peter m'a fait découvrir toutes les côtes. Pour des garçons de 16 ans, nous parcourions de fameuses distances, d'autant plus dures que les côtes étaient sèches. A sa position sur le vélo, je voyais que sa jambe lui posait parfois problème. Il était de travers ". Peter n'exagérait pas, de peur de se brûler les ailes. " Il ne montait pas sur le vélo avant le Nouvel An et il ne roulait pas sous la pluie, de peur de tomber malade. Il disait : - Mieux vaut faire l'impasse sur un jour qu'être malade pendant deux semaines. Quand l'hiver était rude, nous allions jouer au tennis, au squash, nous courions, nagions. Peter réussissait tout, moi, c'était le contraire. Nous allions boire des bières. Pas dix mais pas deux non plus. Il a gagné aussi... Ensuite, il a effectué un virage à 180° et est devenu très sérieux ". Juste avant, Van Petegem a été exclu du Tour des Flandres pour Juniors parce qu'on avait surpris des filles dans sa chambre ! Version officielle : " Il ne s'était rien passé ". En hiver, les deux copains avaient un autre hobby : " Nous jouions au bingo au café Mustang. Parfois trois fois par semaine. Peter ne pouvait rester cloîtré à la maison, il fallait qu'il sorte. Le matin, nous nous entraînions ou faisions du sport puis nous prenions un café et jouions au bingo. Je m'excitais et ça amusait Peter. Cela nous donnait un coup d'adrénaline de jouer avec notre argent de poche. 50 à 75 euros par jour quand nous avions 18 ans. Il connaissait les combinaisons des chiffres. Mais le 1er janvier, c'était fini. On s'entraînait ". Le 18 novembre, anniversaire de Van Bondt, était spécial : " Peter s'arrangeait avec la patronne pour faire venir une strip-teaseuse. Il y avait du champagne et un gâteau. Nous avions 26 ans. Il était dans ses années folles. A la longue, les gens le savaient et le Mustang était plein le 18 novembre. Beaucoup de gens pensaient que Peter ne réussirait pas en cyclisme car il était trop petit mais son potentiel était déjà évident en Juniors. Je roulais à ses côtés, à l'entraînement, et nous comparions notre pouls. Le sien était plus bas de 15 à 20 battements par minute et il allait moins vite dans le rouge ". Etienne ajoute : " Peter ne courait que par beau temps, jamais avant mars, avril, et pas plus d'une fois par semaine, au début. Il arrêtait quand l'école reprenait ses droits, en septembre. Jusqu'aux amateurs, il n'a pas roulé plus de 25 à 30 courses. C'est pour cela que son adaptation a pris plus de temps ". En 1992, Peter Van Petegem, âgé de 22 ans, signe son premier contrat professionnel. Il est médaille d'argent au Mondial 1998 et 2003, remporte le Tour des Flandres en 1999 et 2003 et Paris-Roubaix en 2003. Pourtant, en 1994, sa carrière aurait pu connaître une fin abrupte, faute d'équipe. " Sa deuxième année chez Lotto a été décevante à cause de Jean-Luc Vandenbroucke, le directeur sportif ", explique Etienne. " Il fallait prester immédiatement pour rester ". Ferdi Vandenhaute : " Sa carrière n'a tenu qu'à un fil mais parfois, ce fil, aussi ténu soit-il, vous permet de survivre ". Raoul De GrooteBeaucoup de gens pensaient que Peter ne réussirait pas car IL éTAIT TROP PETIT