Vous avez vécu, comme joueur et entraîneur, des duels passionnés entre Anderlecht, le Club Bruges et le Standard. Mais ce qui s'est passé avec votre club, la JS Kabylie face à l'USM Alger dépasse manifestement l'entendement, avec la mort de votre propre joueur, Albert Ebossé, mort suite au jet d'une pierre sur lui par ses propres supporters ?

Hugo Broos : Samedi passé, j'ai tout simplement vécu la journée la plus sombre de ma vie. En stage déjà, en France, certains journalistes m'avaient averti que j'allais encore écarquiller plus d'une fois les yeux avec la réalité du football algérien. Et c'est vrai que l'agressivité est quasi permanente ici. Après notre premier match à Oran, des sièges avaient déjà volé sur le terrain. J'étais choqué mais les autres membres du staff technique n'avaient pas l'air étonné. Pour eux, il fallait que je m'habitue à ces scènes-là. Bizarrement, cet incident n'avait pas même été évoqué dans la presse. Les débordements des fans font manifestement partie du quotidien. On m'a dit que la saison passée, des pro...

Hugo Broos : Samedi passé, j'ai tout simplement vécu la journée la plus sombre de ma vie. En stage déjà, en France, certains journalistes m'avaient averti que j'allais encore écarquiller plus d'une fois les yeux avec la réalité du football algérien. Et c'est vrai que l'agressivité est quasi permanente ici. Après notre premier match à Oran, des sièges avaient déjà volé sur le terrain. J'étais choqué mais les autres membres du staff technique n'avaient pas l'air étonné. Pour eux, il fallait que je m'habitue à ces scènes-là. Bizarrement, cet incident n'avait pas même été évoqué dans la presse. Les débordements des fans font manifestement partie du quotidien. On m'a dit que la saison passée, des projectiles avaient déjà été lancés lors d'une défaite et que les joueurs avaient dû se cloîtrer durant quelques heures. Mais c'est à peine si les journaux en parlent. On ne se rend pas compte ici de ce que le mot professionnalisme induit. Quand j'ai signé, les joueurs étaient en stage en France. Par après, il y eut encore une préparation de 20 jours en Tunisie, dans un complexe doté d'une magnifique piscine, avec des tas de jolies filles en bikini, une discothèque et une formule-buffet à chaque repas prévue non seulement pour eux mais aussi pour 300 autres vacanciers. Pour se servir, mes hommes devaient faire la file pendant une demi-heure. Histoire de ne pas répéter ce petit manège, ils prenaient soin de bien remplir leurs assiettes, avec jusqu'à 4 tartelettes en guise de dessert. Je n'en croyais pas mes yeux. Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que certains accusaient à ce moment 3 à 4 kilos excédentaires. Les gars savent tous jouer mais ils ont encore beaucoup de choses à apprendre. Le match que nous venons de disputer contre l'USM Alger, c'est un peu l'équivalent algérien d'Anderlecht - Standard. En Belgique, tous les joueurs auraient été très affûtés pour ce genre de match mais ici, à deux jours de la rencontre, quatre joueurs sont arrivés à l'entraînement avec une demi-heure de retard. Désolé, il y avait des bouchons, ont-ils dit pour s'excuser. Il ne leur viendrait pas à l'idée de partir une demi-heure plus tôt. Ils se disent qu'ils ont tout de même terminé deuxièmes la saison dernière et que ce n'était donc pas si mal. Mais cette équipe doit être capable de lutter pour le titre. J'ai dit cela ? Je ne m'en rappelle pas. Travailler à l'étranger, c'est enrichissant. Il faut inculquer des choses que, chez nous, on trouve tout à fait normales. Le fait est que, ces dernières années, il n'y avait plus de place pour moi chez nous alors que j'ai toujours envie de travailler et que je suis toujours très ambitieux. Mais après Zulte Waregem, je n'ai plus eu la moindre offre d'un club belge. Ce n'est plus Mouscron, c'est Lille. Je ne me rappelle plus spécialement ce bureau mais je garde le souvenir de cinq années formidables, dont quatre pendant lesquelles je n'ai jamais eu l'impression que le club était sur la mauvaise pente. Lorsque Mbo Mpenza est revenu et que j'ai vu son contrat, j'ai demandé au président si c'était possible. Il m'a dit que cela ne poserait pas de problème. Ce n'est que quand Jestrovic est parti et que le président a dit que l'argent du transfert ne serait pas réinvesti que j'ai compris que, pendant des années, le club avait vécu au-dessus de ses moyens. Hugo Broos entraîne depuis cette saison la Jeunesse Sportive de Kabylie en Algérie. Mais suite aux événements dramatiques du week-end passé, il songeait à démissionner là-bas. PAR GEERT FOUTRÉ