J'aurais voulu vous redire, comme chaque année à pareille époque mais avec de nouveaux mots de haine, ma haine du mercato. Mais je m'en abstiendrai en 2005 vu que, si je réitère mes jérémiades, le rédacteur en chef me redira û non sans raison û que je suis le radoteur en chef. Evoquons plutôt Robert Hoyzer, cet arbitre allemand qui a manipulé des matches alors que notre sport se joue avec les pieds : un comble !
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J'aurais voulu vous redire, comme chaque année à pareille époque mais avec de nouveaux mots de haine, ma haine du mercato. Mais je m'en abstiendrai en 2005 vu que, si je réitère mes jérémiades, le rédacteur en chef me redira û non sans raison û que je suis le radoteur en chef. Evoquons plutôt Robert Hoyzer, cet arbitre allemand qui a manipulé des matches alors que notre sport se joue avec les pieds : un comble ! Un referee lecteur m'a récemment dit sa tristesse d'avoir lu sous mon bic (*), voici deux mois, que le pouvoir et les " outils " pour infléchir un match résidaient infiniment plus dans l'éventail législatif de l'arbitre que dans l'éventuel génie tactique de l'entraîneur. C'est hélas ma conviction douloureuse, je n'ai pu que le répéter à mon lecteur siffleur : même si devoir admettre la chose me fait pleurer de rage, davantage qu'un bébé trahi par le sein de sa mère... Lors de ce Hambourg-Paderborn, Hoyzer avait notamment exclu notre Emile national (toujours national ?), sans que le monde du foot hurle à l'époque à l'erreur d'arbitrage, à la contradiction flagrante avec le règlement. Le problème est que, si Hoyzer avait choisi de ne pas exclure Mpenza, ça n'aurait pas été non plus en contradiction avec le règlement ! La conclusion est que le règlement de foot est un peu beaucoup foireux, parce qu'il laisse trop souvent à l'arbitre le pouvoir de choisir entre blanc et noir : souvent subconsciemment quand l'arbitre est un brave mec, parfois cyniquement dans le cas de Hoyzer. Les premiers coupables sont ceux qui écrivent les règles, ou plutôt refusent de les réécrire. L'arbitre dangereux est ainsi tout à la fois celui qui a pigé le bazar parce qu'il est plus malin, celui qui est plus cynique parce qu'il aime le foot moins passionnément, et celui qui aime le fric parce qu'il croit que le fric fait le bonheur. Pour un referee pareillement configuré, les paris sur les matches deviennent alors plus tentateurs que le Diable pour Jésus dans le désert, ou que les gonzesses pour saint Antoine l'Ermite. Hoyzer a succombé à la Tentation, comme d'autres hier dont on n'a même jamais su l'existence, et comme d'autres demain si rien ne change : si l'existence d'un climat de suspicion (quant à l'intégrité de l'arbitre) continue d'être considéré comme élément indispensable à la popularité de ce sport malsain dont nous sommes accros... Il y a deux grandes catégories bien différentes de corrompus en puissance : les joueurs et les arbitres. Aucune modification des Lois du Jeu n'empêchera jamais un joueur (même mauvais comédien) de lever le pied, de louper exprès un but tout fait, ou de perdre un ballon chaud en trébuchant volontairement : le tout contre fric en espèces occultes, sonnantes... et trébuchantes ! Là, faut donc pas rêver, l'homo footballicus n'est qu'une sous-catégorie pas terrible de l'homo sapiens qui porte déjà fort mal son nom... Par contre, toute clarification des Lois du Jeu visant à résorber le pouvoir interprétatif de l'arbitre diminuerait de facto son pouvoir corrupteur potentiel. Je pense évidemment ici aux deux imbroglios institutionnalisés que sont le sliding tacle et le hors-jeu de position. Et je pense surtout au second parce que SeppBlatter, en septembre dernier, a enfin montré que le Number One de la FIFA pouvait être autre chose qu'une potiche affairiste : il s'est mouillé en se prononçant ouvertement pour la suppression radicale du hors-jeu de position. Partant du principe que la règle du hors-jeu devrait être simple et qu'elle est historiquement bordélique à répétition, l'illustre président a enfin proposé d'étudier ce qu'ânonna souvent votre humble serviteur en faisant référence à l'£uf de Colomb, à savoir : " N'est sifflé hors-jeu que le joueur qui reçoit le ballon ". Hélas, Blatter a communiqué comme un manche ahuri, c'est-à-dire qu'il a dit tout ça lui-même au lieu de le faire dire par une star de type MichelPlatini, Pelé ou FranzBeckenbauer : et tout le monde s'en est foutu, autant que si Blatter avait roté solitaire dans son grand bureau de Zurich... La fin des Hoyzer n'est pas pour demain. (*) Si j'écrivais " sous ma plume ", je me sentirais pédant...par Bernard JeunejeanToute clarification des Lois du Jeu visant à résorber le pouvoir interprétatif de l'arbitre diminuerait SON POUVOIR CORRUPTEUR POTENTIEL