Après la défaite face à Roulers, la direction du Club Brugeois a accepté la démission de Marc Degryse. Afin de tenter de remédier au malaise, l'équipe présidée par Michel D'Hooghe a ensuite limogé l'entraîneur, Emilio Ferrera, ainsi que son adjoint, Franky Van der Elst.
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Après la défaite face à Roulers, la direction du Club Brugeois a accepté la démission de Marc Degryse. Afin de tenter de remédier au malaise, l'équipe présidée par Michel D'Hooghe a ensuite limogé l'entraîneur, Emilio Ferrera, ainsi que son adjoint, Franky Van der Elst. En décembre, dans une interview accordée à De Morgen, D'Hooghe avait déclaré qu'il n'avait pas voulu engager Jan Ceulemans. Il rejetait ainsi sans vergogne la responsabilité sur les épaules de Degryse qui, après l'échec d'un deuxième entraîneur consécutif, ne pouvait que démissionner. Cela fait trois tours que le Club Brugeois ne récolte pas 33 points mais Ferrera n'est responsable que d'un seul d'entre eux. Il a également atteint deux des trois objectifs fixés : disputer la Coupe d'Europe et atteindre les poules. Il n'a toutefois pas pu qualifier le club pour la Ligue des Champions. Après le nul blanc contre Mons - D'Hooghe était descendu dans le vestiaire à la mi-temps pour se plaindre du manque de spectacle - Ferrera avait fait preuve de beaucoup d'humilité pour présenter ses excuses au public. Ceux qui le connaissent le décrivent comme un timide qui a besoin de chaleur humaine et d'un encadrement solide afin de pouvoir se consacrer au travail de terrain. A Bruges, il n'en a guère bénéficié. Selon le président, certains médias ont mis trop de pression sur Ferrera. C'est possible mais Michel D'Hooghe n'a jamais protégé son entraîneur non plus. Il a toujours dit que ce n'est pas lui qui avait choisi Ferrera et que celui-ci était un bon entraîneur qui devait devenir un bon coach. Cela a contribué à l'ambiance pesante qui règne au Club depuis le début de saison. Même des joueurs ont déclaré souffrir des critiques constantes et le manque de confiance se faisait de plus en plus sentir. Notamment dans le chef de Koen Daerden, le plus gros transfert jamais réalisé, qui n'a jamais pu reproduire ses prestations de Genk. Même si cela était peut-être dû aussi au fait qu'il devait évoluer dans un concept tactique plus strict. Malheureusement, dans leur colère, les supporters ont cru bon rappeler le passé anderlechtois de Marc Degryse et les origines francophones de l'entraîneur, ce qui a sans doute aussi joué un rôle dans les décisions prises. Pourtant, sur le plan financier, Degryse quitte Bruges sur un boni mais, bien que dotés de qualités, les joueurs transférés par le directeur sportif (Daerden, SalouIbrahim) n'ont jamais convaincu. Ferrera n'a pas manqué de prendre la défense de son directeur sportif, notamment en disant qu'il y avait suffisamment de qualités dans son groupe pour obtenir des résultats mais que, contrairement à la saison dernière, il n'arrivait pas à tirer le maximum des joueurs mis à sa disposition. Emilio Ferrera est-il trop sensible pour entraîner un grand club ? Poser la question, c'est y répon-dre. Ferrera n'a pas pu se débarrasser de l'étiquette de mauvais communicateur qui lui colle à la peau et s'est montré beaucoup trop perméable à la critique. Au sein du groupe des joueurs, pourtant, hormis les suspects (les réservistes), on entendait très peu de critiques au sujet de sa façon de travailler : Ferrera est un professionnel qui ne cesse de marteler les mêmes principes. Ses entraînements axés sur la récupération de ballon et le jeu du Club Brugeois semblaient toutefois faire de cette équipe une formation constamment à la recherche de son football, surtout contre les plus petites équipes. Par contre, les réservistes ne l'épargnaient pas. Dans certaines interviews, des joueurs partis ont déclaré qu'ils reviendraient dans six mois, lorsque Ferrera ne serait plus là, ce qui n'a pas dû lui plaire. Cela doit être d'autant plus dur pour lui que Cedomir Janevski, qui lui a succédé, a formé pas mal de ces joueurs. Emilio Ferrera était revenu du stage hivernal avec une conviction personnelle : si Bruges perdait contre La Gantoise, ses jours étaient comptés. A la veille de ce déplacement, Michel D'Hooghe avait parlé aux joueurs et aux entraîneurs. Il avait l'impression que les gens essayaient de le monter contre Ferrera et Degryse et il avait failli jurer que la direction faisait bloc derrière son entraîneur. Après le match, joueurs et entraîneurs avaient vu D'Hooghe et Degryse éviter les caméras de télévision et tout le monde avait compris que la crise couvait. Cela ne colle pourtant pas avec ce qui s'était passé juste avant dans la partie du stade non accessible à la presse. Comme toujours après un match, D'Hooghe et Degryse étaient descendus au vestiaire et c'est à peine s'ils n'avaient pas embrassé Ferrera. Pour eux, le 0-0 était, sinon une victoire, le signe du redressement. Mais ils étaient surtout très contents de la qualité du jeu. D'Hooghe se disait fier d'avoir retrouvé des battants. Mais une fois sorti, il n'en laissa rien paraître. Une semaine plus tard, après le 0-1 contre Roulers, D'Hooghe avait pris tout le temps nécessaire pour répondre aux questions. Mais il était resté logique avec lui-même dans son absence de soutien à l'entraîneur. A ce sujet, depuis une saison, des gens, au sein même du Club, se posent des questions. Des joueurs sont bien venus en aide à Ferrera mais lorsque Stijn Stijnen s'est demandé publiquement pourquoi on ne prolongeait pas le contrat de l'entraîneur, il a été rappelé à l'ordre par D'Hooghe, tout comme ses équipiers. Cette réaction n'était pas due au hasard. C'était l'époque du 0-1 des Diables Rouges contre la Pologne. Pendant trois jours, à la grande colère de René Vandereycken, on n'avait parlé que du doigt de Stijnen qui, comme tout le monde le sait désormais, n'était pas cassé. Stijnen avait été le premier à le dire. Une attitude courageuse car il remettait ainsi en question le diagnostic du spécialiste de la main travaillant dans le même hôpital que D'Hooghe. Un nouvel examen pratiqué par le staff médical des Diables donna raison au gardien, à qui on reprocha d'avoir consulté un spécialiste sur les conseils de... Ferrera. Quant au limogeage de Franky Van der Elst, il ne semble pas résulter du fait qu'un adjoint débarrasse le plancher en même temps que l'entraîneur principal. On ne peut pas dire que les deux hommes étaient très proches et que la position de Van der Elst serait devenue intenable, au contraire : il y eut parfois quelques tensions entre eux. Au sein de la direction, les doutes que l'on avait déjà formulé au sujet de l'apport de Van der Elst au moment du limogeage de Jan Ceulemans sont sans doute revenus sur la table. Mais le fait que, pendant le match contre Roulers, Van der Elst se soit levé de son banc pour venir donner des consignes tactiques aux côtés de Ferrera montre bien combien il s'accrochait à son job. De source bien informée, le Club aurait d'abord pris contact avec Jacky Mathijssen pour remplacer Ferrera mais il opta finalement pour Cedomir Janevski, revenu d'Olympiakos il y a une semaine et présent samedi dans les tribunes. D'Hooghe avait déjà dit à un journal qu'il avait songé à Janevski pour succéder à Trond Sollied. Il fut un moment question de lui comme adjoint de Ceulemans mais le Macédonien affirme ne jamais avoir été contacté par le Club à ce sujet et il suivit Sollied en Grèce. Après avoir entraîné Blankenberge pendant un an et les Espoirs de Bruges pendant 5 ans, un poste d'adjoint dans un grand club européen le tentait. Pour cela, il a dû racheter le contrat qui le liait encore à Bruges pour un an. Le plan de D'Hooghe, qui consistait à faire de Bruges un club familial en s'appuyant sur des stars du passé, a échoué : Ceulemans, René Verheyen, Degryse et Van der Elst sont partis sans avoir comblé le vide laissé par Sollied. Si elle veut refaire une équipe digne de son nouveau stade, la direction du Club a encore du pain sur la planche. RAOUL DE GROOTE ET JAN HAUSPIE