Il dérange et il le sait. Niksa Bavcevic n'a pas que des amis dans le milieu du basket belge. Il vit les matches passionnément, en Méditerranéen qu'il est et fait peur aux arbitres. Récemment, après un match à Ostende où Ralph Biggs avait retourné Sacha Massot comme une crêpe, la victime s'est muée en coupable: il a été suspendu pour un mois avec sursis de deux ans pour avoir prétendument bousculé un referee. L'avocat de Pepinster a démontré, cassette vidéo à l'appui, qu'il ne l'avait même pas effleuré.
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Il dérange et il le sait. Niksa Bavcevic n'a pas que des amis dans le milieu du basket belge. Il vit les matches passionnément, en Méditerranéen qu'il est et fait peur aux arbitres. Récemment, après un match à Ostende où Ralph Biggs avait retourné Sacha Massot comme une crêpe, la victime s'est muée en coupable: il a été suspendu pour un mois avec sursis de deux ans pour avoir prétendument bousculé un referee. L'avocat de Pepinster a démontré, cassette vidéo à l'appui, qu'il ne l'avait même pas effleuré.Hors du terrain, il est l'affabilité personnalisée. Et sur le parquet, c'est un vrai professionnel. Portrait d'un entraîneur et d'un homme hors du commun.NiksaBavcevic: De Split. Comme Tonci Martic, le footballeur de Mouscron avec lequel je suis régulièrement en contact téléphonique. J'ai joué au basket jusqu'à 18 ans. Jamais en équipe Première. Après les Juniors, j'ai directement commencé comme entraîneur. Mes parents étaient fâchés. Ils ne comprenaient pas qu'alors que j'étais un brillant élève, je voulais m'investir dans le sport. J'ai terminé mes études universitaires, avec un diplôme en économie à la clef, mais j'ai voulu vivre ma passion. Certains estiment que c'est un handicap pour un entraîneur de n'avoir pas été un joueur de haut niveau. C'est possible, mais l'avantage, c'est qu'il faut se battre tous les jours pour obtenir la reconnaissance, alors qu'un grand joueur se voit servir tout sur un plateau d'argent. Il faut travailler deux fois plus, commencer au bas de l'échelle avec les catégories inférieures, mais cela peut être très instructif. J'ai appris mon métier au contact de la jeunesse. Et je pense avoir connu une certaine réussite. A l'exception d'un séjour d'une saison dans un club autrichien, je suis resté au moins quatre ans dans tous les clubs où j'ai travaillé. Je n'ai été limogé qu'une seule fois: à... Split, pour une question politique. Je suis arrivé à Pepinster voici trois ans et demi. A l'époque, l'équipe était encore semi-professionnelle. Aujourd'hui, ce n'est plus le même Pepinster. C'est toujours un village (sic), mais il règne une super ambiance et les gens sont passionnés de basket. Lorsque nous avons accueilli Charleroi en championnat, toutes les décisions étaient déjà tombées mais il y avait encore 3.000 spectateurs pour ce match sans enjeu. C'est exceptionnel et c'est aussi une grande victoire. Malgré toutes les critiques dont je suis l'objet de personnes extérieures, Pepinster veut me garder. J'en suis fier. Un jour, je quitterai ce club, mais j'aurai laissé un digne héritage à mon successeur. On accuse Pepinster de jouer un basket trop viril.Avec des jeunes pousses encore tendres, oui. Comme si on avait peur que mes adolescents fassent mal aux armoires à glace d'en face. Je demande de l'agressivité en défense, c'est exact. L'évolution du basket européen l'exige. Trois équipes belges pratiquent ce style de jeu: Charleroi, Mons et Pepinster. Ce n'est pas un hasard si ce sont les trois meilleures défenses du championnat. Ce sont aussi les trois équipes qui pratiquent le meilleur jeu de transition. En tant qu'entraîneur, j'ai une approche très individuelle. Je prends le temps de parfaire les points faibles de chacun. J'entends souvent qu'un entraîneur doit essayer d' entrerdans la tête des joueurs. De mon côté, je demande aussi à mes joueurs d'entrer dans ma tête. Comment ? En leur demandant de comprendre pourquoi je leur impose tel ou tel système de jeu. Ou pourquoi je suis aussi exigeant avec eux alors que la saison touche à sa fin. La raison est simple: il faut adopter le principe de la vague. Après un petit creux, il faut remonter vers le sommet dans l'optique des playoffs. Je suis ouvert au dialogue. Avant chaque match, les joueurs reçoivent une feuille avec les systèmes de jeu de l'adversaire et la manière par laquelle je vais essayer de le contrer. Ils ont le droit d'émettre des objections et de faire leurs propres propositions. "Je dérange"Depuis que je suis en Belgique, je suis attaqué de toutes parts. Par des journalistes, mais aussi par des collègues. La jalousie explique en grande partie les critiques dont je suis l'objet. Je mets pourtant un point d'honneur à me montrer collégial. Quand Ypres a atteint les demi-finales de la Coupe Korac, voici deux ans, j'ai été le premier à offrir des fleurs à Eddy Casteels. Je ne critique jamais un collègue. La réciproque, hélas, n'est pas toujours vraie.Avez-vous l'impression de déranger?Oui. Beaucoup.Parce que vous êtes étranger?Qu'est-ce que cela signifie, un étranger? Giovanni Bozzi n'a-t-il que du sang belge dans les veines? A l'heure où l'Europe se forme, ce genre de considération n'est plus de mise. Il y a d'autres raisons.Lesquelles?La première est sans doute le fait que j'ai horreur de l'hypocrisie. Je suis incapable de jouer un double jeu et de manier la langue de bois. La Belgique est un pays de compromis. Je m'en accommode très mal. Lorsque j'ai quelque chose à dire, je le dis. Que cela plaise ou non. Depuis trois ans, je suis dans le collimateur des arbitres, parce que lors d'une réunion, j'avais demandé à ce qu'ils soient contrôlés lors de chaque match. Cela a été très mal perçu. Je me suis fait beaucoup d'ennemis dans la corporation. Pourtant, le nouveau président de la Ligue, Guy Vervaeke, vient d'émettre les mêmes propositions.Il vous arrive aussi de dire du bien des arbitres...J'ai défendu Armand De Keyser et je continuerai à le faire. Il est anormal que cet homme, élu Arbitre de l'Année 2002 tous sports confondus, ne puisse plus siffler en championnat pour une question de limite d'âge alors qu'il pourra continuer à officier en Euroligue. Pepinster va écrire une lettre à la Ligue et se battre pour qu'il puisse encore arpenter nos parquets la saison prochaine. Il en va de l'intérêt du basket belge.L'an passé, vous aviez déclaré: "Je suis le seul coach étranger du championnat de Belgique, mais je suis celui qui pense le plus à l'avenir du basket belge"...A juste titre. Lorsqu'on considère les sélections A et A', cette saison, mon club était le plus gros fournisseur de l'équipe nationale. Le petit village (re-sic) de Pepinster a mis en place le meilleur centre de formation de Wallonie. Je tiens à jour des fiches répertoriant tous les joueurs régionaux de 13, 14 ou 15 ans qui présentent certaines dispositions. Je ne loupe jamais un match d'une sélection régionale. Ce n'est pas interdit aux autres entraîneurs d'y assister, mais je les vois rarement. A mes yeux, un entraîneur est aussi responsable de la formation des jeunes. En arrivant en Belgique, j'ai appris qu'il y avait des entraîneurs et des formateurs. Pour moi, les deux termes sont des synonymes. Les grands entraîneurs ont toujours formé les grands joueurs. Voici deux ans, j'avais évoqué l'idée d'une sélection A'. L'idée a été reprise par Lucien Van Kersschaever. Je trouve aussi que le championnat de Belgique aurait besoin d'un commissaire chargé de veiller au bon déroulement de la compétition. Lorsque j'émets une proposition, c'est toujours pour faire progresser le basket belge, mais on me prend pour un vaniteux. Ces critiques découlent-elles aussi du fait qu'on vous connaît mal?Peut-être. Des gens me jugent alors qu'ils ne connaissent que la partie émergée de l'iceberg. Beaucoup de monde ne voit que les 40 minutes de match. On ignore tout des relations que je peux avoir avec mes joueurs durant la semaine. Cette saison, je n'ai jamais eu la moindre altercation avec aucun d'entre eux. Mais je me vends mal. Les grands sourires béats, ce n'est pas mon genre. Existe-t-il deux Niksa Bavcevic: le coach et l'homme?Je le pense pas. J'ai deux passions: mon métier et ma famille. Et je les vis à fond. Souvent, j'arrive à la salle à 10 heures du matin et je la quitte à 10 heures du soir. Ma famille en pâtit parfois, mais lorsque je retrouve ma femme et mes enfants, j'essaye aussi de leur donner le maximum. Daniel Devos"Je ne critique jamais un collègue. La réciproque n'est pas vraie"