Philippe Rogge (38 ans), fils de Jacques Rogge, président du CIO, emmène la délégation belge aux Jeux de Pékin, succédant à Robert Van de Walle. Au quotidien, il est vice president of business development de Belgacom. Il a pratiqué la voile mais n'a jamais été qualifié pour les Jeux, même s'il les a vécus à neuf reprises grâce à son père, successivement sportif et dirigeant.
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Philippe Rogge (38 ans), fils de Jacques Rogge, président du CIO, emmène la délégation belge aux Jeux de Pékin, succédant à Robert Van de Walle. Au quotidien, il est vice president of business development de Belgacom. Il a pratiqué la voile mais n'a jamais été qualifié pour les Jeux, même s'il les a vécus à neuf reprises grâce à son père, successivement sportif et dirigeant. Philippe Rogge : En passant en revue notre délégation olympique, je n'ai pas l'impression que beaucoup d'athlètes gagnent des fortunes. Je ne puis imaginer qu'un enfant de dix ans pense : " Je vais devenir pilote de F1 et je gagnerai beaucoup d'argent ". A cet âge-là, je voulais m'adonner à ce qui m'amusait, soit faire de la voile le dimanche sur le plan d'eau de Heusden, près de Gand. Je n'avais pas de plan de carrière. Je suis abasourdi quand j'entends qu'à dix ans, Justine Henin a promis à sa mère de gagner un jour Roland-Garros. Je m'entraînais pour y participer. J'ai raté de peu ma qualification au profit de Sebastien Godefroid mais j'ai toujours combiné sport et études. Dans l'absolu, les Jeux sont liés au Dream Team de Barcelone, pour moi. Ensuite, lors de ses adieux, Justine a déclaré que les Jeux d'Athènes constituaient le plus beau souvenir de sa carrière. Tout est dit. Non. Henin émargeait à l'élite mondiale absolue mais elle a partagé un appartement avec Aagje Vanwalleghem au village olympique. Une solide amitié s'est tissée entre les deux femmes à cette occasion. Ce fut une expérience très enrichissante pour Justine. De mon temps, le sportif assumait les frais lui-même. Depuis quelques années, le contrat olympique fait en quelque sorte fonction de contrat de travail. Jamais nous n'avons investi autant que depuis Athènes, en comptant les efforts des Communautés flamande et wallonne et des sponsors. Nous étudions la possibilité de conférer une dimension supplémentaire à ces contrats, en matière de pension et de sécurité sociale. Vous revenez d'une compétition et votre femme demande : " As-tu mis quelque chose de côté pour plus tard ? Un filet de repêchage constituerait le meilleur des stimulants pour les jeunes qui hésitent à se lancer. L'élite absolue perçoit des rentrées supplémentaires en sponsoring mais ce n'est pas le cas du rameur ou du spécialiste de la voile. Nos moyens ont toujours été plus limités que dans certains pays. L'Angleterre, qui compte six fois plus d'habitants que la Belgique, a libéré 1,450 milliard d'euros pour le sport de haut niveau entre 2005 et 2012. Pour faire aussi bien, nous devrions atteindre le sixième de ce budget mais nous sommes plus proches du dixième. Pourtant, demain, le meilleur Belge sera face au meilleur Anglais en finale. Je me souviens que quand je pratiquais la voile, des pays concurrents achetaient 25 mâts d'un coup. Ils en utilisaient juste un ou deux et ils vendaient le reste à moitié prix. Il faut la lui inculquer, en faisant comprendre que le sport apporte un certain nombre de choses essentielles. Le sport apprend des normes et des valeurs capitales dans l'éducation : le respect de l'adversaire, de l'autorité, le fair-play. On apprend aussi qu'il faut se battre et travailler d'arrache-pied pour atteindre ses objectifs. C'est comme dire : commettez un hold-up si vous voulez gagner de l'argent. C'est bien plus facile et rapide que de travailler. Certainement, même si je ne l'ai compris qu'ensuite. Je remarque que le sport influence mon quotidien : je me fixe un objectif, j'élabore une méthode pour l'atteindre et je travaille. La signification du sport en Belgique est apparue quand Justine Henin a annoncé qu'elle arrêtait. Elle a fait la une de tous les journaux ! Pas parce qu'elle a gagné la Star Academy mais parce qu'elle a signifié quelque chose pour notre pays, qu'elle a fait rêver les gens. Kim Clijsters et Justine ont attiré une génération de filles dans les clubs de tennis. Le sport a un impact positif sur la santé et la sécurité sociale. Le sport permet de diminuer le montant des soins de santé. Investir dans le sport comporte donc des avantages macro-économiques. L'Angleterre n'a pas décroché l'organisation des Jeux pour le plaisir mais pour que le pays en profite. La Chine aussi. Le sport de haut niveau constitue un moteur puissant pour un pays. (il rit) La dernière fois, nous avons dû couper celle de Filip Meirhaeghe. C'est ainsi mais nous ne pouvons attendre davantage de Justine, après tout ce qu'elle a fait pour la Belgique et le tennis belge. Elle nous a fait vivre des moments magnifiques. Elle a quand même le droit de prendre une décision qui la concerne ? J'applaudis son courage car il en faut pour tourner la page. Naturellement, sa retraite constitue une perte pour notre délégation mais Justine ne doit rien à personne. Non. La blessure du footballeur Nicolas Lombaerts est bien plus grave. Justine a pris sa décision elle-même, pas Lombaerts. A la fin des Jeux, je demanderai aux athlètes s'ils ont le sentiment que nous avons tout mis en £uvre, avec nos moyens, pour les placer dans les meilleures conditions possibles. S'ils répondent par l'affirmative, j'aurai réussi. Tout ce que je puis faire, c'est créer un contexte qui permette aux athlètes de bien se présenter au départ. Quel est le paradoxe des Jeux ? Que des athlètes prestent à 110 % de leurs possibilités là où, normalement, ils n'auraient atteint que 80 %. Ils sont sous pression, la presse est là, ils logent à deux chambres de Roger Federer, la moitié de leur entourage n'a pas obtenu d'accréditation, il fait 40°, l'air est pollué, ils sont absents de leur foyer pendant un mois et ils doivent effacer huit heures de décalage horaire. On ne peut faire la différence qu'en gommant tous ces obstacles. Je veux être à leur disposition, je veux qu'ils me fassent confiance. Je suis là s'ils ont besoin de moi. Sinon, je reste à l'écart. Non. Je ne perçois aucune indemnité. J'utilise mes jours de vacances. Je ne partagerai donc pas de vacances avec ma femme et mes enfants cette année. Je travaillerai sans doute jusqu'à la veille du départ, sinon je n'aurai pas assez de jours. Pourquoi d'autres adultes se consacrent-ils au scoutisme, bénévolement, ou que d'autres pratiquent un sport pendant leurs loisirs ? On peut avoir une opinion sans vouloir en faire état. Certains veulent profiter de leur statut pour délivrer un message, d'autres demandent à se consacrer à leur sport. Nous respectons les deux points de vue. Je ne prends pas position. Je suis là pour faire fonctionner l'équipe et veiller à ce que celui qui veut parler le puisse et que celui qui ne le veut pas n'y soit pas obligé. Les athlètes me demandent souvent ce qu'ils doivent dire. Je leur conseille de rester à l'écart pour ne pas être ennuyés toutes les cinq minutes. La liberté d'expression est inscrite dans la loi. Le CIO a défini le comportement à respecter au village olympique il y a 50 ans : pas de démonstrations racistes, sexistes, religieuses... Celui qui veut s'exprimer devant la caméra ou dans la zone neutre en a le droit. Le dopage a toujours existé et il existera toujours mais jamais il n'y a eu autant de contrôles, jamais autant de grands athlètes n'ont été convaincus de dopage. Prenez l'athlétisme : hommes, femmes, champions du monde, champions olympiques, détenteurs de records. La situation me semble désormais plus honnête. A celui qui affirme, découragé, ne pas aller aux Jeux car il y a trop de concurrence déloyale, je réponds : " Ceux qui ne se dopent pas ont sans doute plus de chances de succès qu'avant ". Tout le monde mérite une seconde chance. Il est un des rares à avoir eu le courage d'avouer sa faute. Cela l'honore. Il a traversé l'enfer, il s'est battu pour revenir et a retrouvé son meilleur niveau. L'inconvénient, c'est que je suis avec vous alors qu'autrement, je serais à la maison depuis des heures. L'avantage, c'est que j'ai déjà vécu neuf Jeux et que, durant ma jeunesse, j'ai pu pratiquer beaucoup de sport. Je ne parle pas beaucoup de mon père. J'ai reçu une formation économique : la valeur ajoutée d'une réponse à vos questions sur mon père est nulle, les frais peuvent-être très élevés. L'équipe belge. Nos nombreux jeunes sportifs m'intéressent vivement. Prenez la natation : nous n'avions aucun représentant à Athènes, nous en alignons sept à Pékin. Yoris Grandjean a été champion du monde junior sur 100m l'an dernier, en un temps plus rapide que celui de Pieter van den Hoogenband au même âge. C'est intéressant. Une médaille de plus ou de moins ne gâchera pas mes Jeux. Quand les athlètes le seront. Je n'en gagne aucune. Mes mérites sont minimes. Je ne suis qu'un ombudsman. J'ai un objectif : que 50 % des athlètes remplissent leur contrat olympique, soit terminent parmi les huit premiers. par geert foutré