I brahim Kargbo (23 ans) : " Ce n'est pas que je me prenne pour Dieu le Père, loin s'en faut, mais je pense quand même avoir contribué à la toute bonne campagne réalisée par le Sporting Charleroi en 2004-2005. En guise de remerciement, je m'attendais donc, logiquement, que les données chiffrées du nouveau contrat qui me fut proposé par Mogi Bayat au printemps passé allaient être sensiblement revues à la hausse. Il y a un an, à l'occasion d'une première prolongation de douze mois, j'avais eu droit à un geste de la part de la direction du club. Mais je ne m'étais pas mis en tête non plus, à cette époque, de réclamer l'impossible. J'avais eu l'opportunité de rebondir au Mambourg après une fin de trajectoire chaotique au RWDM et j'étais d'avis que je ne pouvais pas demander le Pérou. Ce coup-ci, toutefois, c'était différent. J'avais prouvé ma valeur tout au long de la compétition dans des rôles sensiblement différents et j'étais toujours parvenu à tirer mon épingle du jeu en toutes circonstances. Cette polyvalence jointe à une régularité de tous les instants méritait selon moi d'être récompensée. Manifestement le manager du club ne l'entendait pas de la même oreille : il était disposé à faire un nouvel effort mais son offre se situait loin de celle que je m'étais fixée. Il me proposait tout simplement des cacahouètes. Peanuts, you know ? Je ne pouvais décemment l'accepter et je le lui ai dit. Le neveu du président m'a alors avisé qu'il me ferait une contre-proposition. De mon côté, je lui ai juré que je n'entreprendrais aucune démarche, de mon propre chef, avant la fin du championnat. A cet égard, on ne peut me reprocher de ne pas avoir tenu parole, puisque j'ai attendu jusqu'à l'ultime journée face à Lokeren, le 21 mai. Comme Mogi Bayat ne s'était plus manifesté entre-temps, j'estimais ne plus avoir de dette envers mon employeur et je me suis do...

I brahim Kargbo (23 ans) : " Ce n'est pas que je me prenne pour Dieu le Père, loin s'en faut, mais je pense quand même avoir contribué à la toute bonne campagne réalisée par le Sporting Charleroi en 2004-2005. En guise de remerciement, je m'attendais donc, logiquement, que les données chiffrées du nouveau contrat qui me fut proposé par Mogi Bayat au printemps passé allaient être sensiblement revues à la hausse. Il y a un an, à l'occasion d'une première prolongation de douze mois, j'avais eu droit à un geste de la part de la direction du club. Mais je ne m'étais pas mis en tête non plus, à cette époque, de réclamer l'impossible. J'avais eu l'opportunité de rebondir au Mambourg après une fin de trajectoire chaotique au RWDM et j'étais d'avis que je ne pouvais pas demander le Pérou. Ce coup-ci, toutefois, c'était différent. J'avais prouvé ma valeur tout au long de la compétition dans des rôles sensiblement différents et j'étais toujours parvenu à tirer mon épingle du jeu en toutes circonstances. Cette polyvalence jointe à une régularité de tous les instants méritait selon moi d'être récompensée. Manifestement le manager du club ne l'entendait pas de la même oreille : il était disposé à faire un nouvel effort mais son offre se situait loin de celle que je m'étais fixée. Il me proposait tout simplement des cacahouètes. Peanuts, you know ? Je ne pouvais décemment l'accepter et je le lui ai dit. Le neveu du président m'a alors avisé qu'il me ferait une contre-proposition. De mon côté, je lui ai juré que je n'entreprendrais aucune démarche, de mon propre chef, avant la fin du championnat. A cet égard, on ne peut me reprocher de ne pas avoir tenu parole, puisque j'ai attendu jusqu'à l'ultime journée face à Lokeren, le 21 mai. Comme Mogi Bayat ne s'était plus manifesté entre-temps, j'estimais ne plus avoir de dette envers mon employeur et je me suis donc mis à sonder le terrain. Mes premiers pas m'ont porté vers le Racing Genk et Ariel Jacobs en particulier. C'est lui qui m'avait lancé jadis à Molenbeek et je savais qu'il m'avait toujours à la bonne. Malheureusement, la venue d'un défenseur n'était pas prioritaire, pour lui, et il me conseilla gentiment de frapper à d'autres portes. Fort des bons matches que j'avais livrés au cours des mois précédents, je me faisais la réflexion que les responsables du recrutement des ténors allaient immanquablement songer à moi. Je me blousais complètement, car aucun d'entre eux ne se manifesta. C'était une situation paradoxale que je vivais là : je restais sur une saison euphorique avec les Zèbres mais, à l'heure des récompenses, je faisais figure de grand oublié. En 2001-2002, au terme de mois de galère, j'avais pourtant réussi à m'immiscer parmi les cinq nominés au Soulier d'Ebène. Cette fois, après un exercice plus enthousiasmant encore, je terminais à peine neuvième au classement de ce même referendum. Allez comprendre pourquoi ! Déçu, aigri même, j'ai immédiatement songé à me le tenir pour dit en Belgique et à tenter ma chance sous d'autres latitudes puisque je n'avais pas la cote auprès des gros bras du football belge. Très tôt, cette possibilité s'est présentée. Un manager turc, Gelan, m'a informé dès la fin mai de l'intérêt de Malatyaspor à mon égard. Bien que ce nom constituait une totale inconnue pour moi, j'étais disposé à prêter une oreille attentive à ses dirigeants. Le premier contact entre nous eut lieu à Istanbul, dans la foulée. Et, d'emblée, ce fut du sérieux. Non seulement le président, Hikmet Tanriverdi, m'offrait une coquette somme à la signature et, de plus, les mensualités proposées étaient à l'avenant. C'est bien simple, en deux mois en Turquie, j'étais assuré de percevoir le même montant qu'en trois années au Mambourg. Comme ma prime était payée tout de go, je me suis laissé éblouir par tout cet argent déposé devant moi et j'ai signé sans prendre la peine de réfléchir. Par la suite, j'allais m'en mordre les doigts ". " Au départ, j'étais convaincu de la pertinence de mon choix. Le club ne lésinait d'ailleurs pas sur les moyens pour préparer à bon escient la nouvelle saison. Tour à tour, des camps de préparation furent établis en Allemagne et en Finlande afin d'éviter les grosses chaleurs. Au cours de cette période, j'ai pu lier connaissance avec mes nouveaux coéquipiers. Le plus connu n'était autre qu' Akin Bülent, qui avait fait ses classes à Anderlecht autrefois avant de tenter sa chance à Galatasaray. - Sais-tu au moins où tu as mis les pieds ?, me signifia-t-il en guise de bienvenue. Sur l'instant, je n'ai pas compris où il voulait exactement en venir. Ce n'est qu'un mois plus tard que j'ai réalisé la portée de ses mots. Malatya c'était vraiment la zone. Je croyais avoir tout vu en Afrique et en Sierra Leone en particulier, mais là, tout dépassait l'entendement. En fait, lors de la signature de mon engagement, je n'avais pas compris pourquoi la direction du club et moi-même n'avions pas mis le cap sur Malatya afin d'y dénicher un logement pour ma famille et moi avant mes vacances dans mon pays natal à Freetown. Après coup, j'ai pigé : si le stade Inönü est coquet avec ses 17.000 places, la ville ne casse rien. A part Gaziantep, aucun pensionnaire de l'élite du football turc n'est situé plus près de la Syrie. Dans la vie de tous les jours, cette situation géographique implique que les femmes sont quasi toutes voilées de la tête aux pieds. Beaucoup s'affichent d'ailleurs en bourka. Mon épouse Kady, qui est musulmane comme moi, était prête à vivre sa foi là-bas comme nous l'avions toujours fait chez nous, en Afrique ou en Belgique. Mais il était hors de question pour elle de porter le tchador. Elle ne l'avait jamais fait. Inutile de dire qu'en deux temps trois mouvements, elle était devenue un objet de curiosité. Moi aussi. Hormis le Camerounais Jean-Emmanuel Effa Owona, le Congolais Marcel M'Bayo et le Sud-Africain Helman Mkhalele, j'étais le seul Noir là-bas. En rue, les gens voulaient sans cesse me toucher. Au début, passe encore. Mais quand ils s'en prennent à votre épouse aussi, c'est moins marrant (il rit). Je n'ai pas grand-chose à reprocher au club et à sa direction. Du directeur technique, Feyyaz Ucar au manager, Cem Yücel, tous se sont démenés pour nous faciliter la vie. Ma femme, mon fils Foudia et moi étions logés dans une belle villa avec piscine, au côté de celle d'Akin Bülent. Mais en dépit du fait que tout le monde était aux petits soins pour nous, nous ne nous sentions pas at home là-bas. Le gamin voulait retrouver ses copains en Belgique, Kady en avait marre d'être toisée journellement et, en ce qui me concerne, je ne m'habituais pas à la nourriture. J'ai d'ailleurs dû renoncer au deuxième match de la saison à cause d'une indigestion. Une semaine plus tôt, j'avais néanmoins signé une bonne entrée en matière contre Sebatspor, contraint au nul : 1-1. J'étais loin d'imaginer que ce serait là mon seul match sous les couleurs de Malatyaspor. Au bout de quelques semaines à peine, nous en avions tous marre. J'ai demandé aux bonzes du club si je pouvais résilier mon contrat. Malgré plusieurs tentatives de persuasion de l'entraîneur, Mustafa Gülen, j'ai fini par obtenir mon bon de sortie. Je ne le cache pas, ce fut une délivrance pour toute la famille. Mes proches ont même pleuré de joie à l'idée que nous allions rentrer au pays. Coming home, you know. " " Par souci de correction, je me suis représenté à Charleroi. Mais qui va à la chasse perd sa place, c'est bien connu. Et j'ai vite compris qu'il ne servait à rien d'insister auprès de la famille Bayat. D'autant plus que je ne désirais pas revoir mes prétentions à la baisse. Dans un deuxième temps, je me suis rendu au Brussels, là où tout avait commencé pour moi, en 1999 avec le RWDM. Très vite, l'homme fort du club, Johan Vermeersch et moi-même nous sommes entendus sur un contrat de deux saisons. Avec une clause qui stipule qu'en cas de bonne offre en 2006, le club ne me retiendra pas. Je ne sais trop si cette éventualité se présentera déjà dans quelques mois. Mais une chose est sûre : les Coalisés ne seront pas ma destination finale. A 23 ans, j'ai l'avenir devant moi. And I still have great expectations. Il y a quatre ans, on s'en souviendra, j'avais refusé une offre d'Anderlecht. Teenager, je me trouvais trop jeune pour m'asseoir sur le banc au Parc Astrid. A l'époque, le Sporting s'est rabattu sur Hannu Tihinen, qui lui a rendu de fieffés services. A présent qu'il entame sa dernière campagne chez les Mauve et Blanc, qui dit que je ne pourrais pas entrer en considération comme remplaçant. De toute façon, si Anderlecht revient à la charge, je ne dirai pas non une deuxième fois. Je ne suis pas fou à ce point. Dans l'immédiat cependant, ce qui compte, c'est le Brussels. En principe, je devrais être opérationnel sous peu, du point de vue administratif s'entend. Sur le plan physique, je suis paré. J'ai continué à entretenir ma condition et je me sens fort comme un Turc pour le moment (il rit). Pour le reste, je m'en remets à l'entraîneur, Albert Cartier. Les anciens, comme Alan Haydock, ne cessent de parler en termes élogieux de lui. C'est tout profit pour moi. Car si j'ai peut-être été malheureux dans certains choix, je n'ai qu'à me louer des coaches que j'ai connus jusqu'ici : Ariel Jacobs, qui m'a donné ma toute première chance, Emilio Ferrera, un tout grand, Jacky Mathijssen, appelé à faire une superbe carrière aussi et, à présent, le technicien français, dont on ne dit que du bien. J'espère que sous sa houlette les plus beaux espoirs me seront permis et que, foi d' Ibou, je prendrai enfin mon envol. Mais pour de bon, cette fois ". Bruno Govers" Je suis parti car Charleroi me proposait DES PEANUTS " " A Malataya, les gens voulaient CONSTAMMENT ME TOUCHER "