JORDY VLEUGELS

" Je ne pense pas que le club va me licencier. Je ressens un environnement très solidaire, donc j'ai bon espoir que tout se passe bien. " Au bout du fil, Jordy Vleugels ne semble pas anxieux. Pourtant, l'heure n'est pas à la fête dans l'univers du football australien. Courant mars, les clubs de Perth Glory, Brisbane Roars et Central Coast Mariners ont congédié l'intégralité de leur effectif et une grosse partie du personnel. La raison ? Une économie précaire fragilisée par le possible retrait de Fox Sports Australia (et de son apport de 32 millions d'euros en droits télés) suite à l'arrêt du championnat. Un impact qui ne devrait cependant pas concerner Jordy Vleugels, qui évolue au Magpies Crusaders, pensionnaire de NPL Queensland, une des... neuf D2 du pays. " L'Australie est tellement grande que si on devait affronter une équipe de la côte ouest, on en aurait plus ou moins pour sept heures de vol à chaque fois. La deuxième division est donc régionalisée. "

Je crois qu'on est mieux ici que dans beaucoup de pays européens. " Jordy Vleugels

Formé à Westerlo, puis à Willem II, Vleugels possède une carte de visite très exotique malgré ses 23 ans. Après avoir connu les joies d'une petite apparition en Eredivise à l'Amsterdam Arena, le milieu de terrain est passé par l'Ukraine, le Kazakhstan, Chypre et donc l'Australie. " Il y a quelques mois, j'ai hésité à mettre le football pro de côté pour suivre une autre direction ", admet le natif de Mol. " Mais le foot m'a déjà permis de voir tant de choses dans le monde que j'ai eu envie de continuer à découvrir des gens, des cultures et des manières de vivre. " Établi sur la côte est de l'Australie depuis janvier dernier, Vleugels a eu droit à une raclée dès son premier match avec les Magpies (défaite 8-1 contre Peninsula). " Nous n'avons pas commencé le championnat comme nous l'espérions, mais on a rapidement senti une évolution et juste avant l'arrêt du championnat, je n'avais aucune crainte par rapport à nos futurs résultats. " La Fédération est actuellement à un tournant : soit elle reprend la compétition en juin et la termine en octobre, soit elle l'annule et attend la suivante... en janvier prochain.

JORDY VLEUGELS 23 ans ? Milieu de terrain Magpies Crusaders (D2 australienne), PG
JORDY VLEUGELS 23 ans ? Milieu de terrain Magpies Crusaders (D2 australienne) © PG

Pour l'heure, Jordy Vleugels vit seul dans sa maison puisque ses deux coéquipiers-colocs sont retournés chez eux au début du confinement. " C'est très calme, je m'habitue à la solitude ", lance celui qui n'a jamais envisagé de revenir chez lui. " Je crois qu'on est mieux ici que dans beaucoup de pays européens comme la Belgique, les Pays-Bas ou évidemment l'Italie et l'Espagne. " À Mackay, petite ville maritime de la taille de Bruges, l'Anversois doit surtout faire face à la pénurie d'oeufs et de pâtes. Il court tous les matins sur le plage, enchaîne avec des exercices sur un terrain situé à cinq minutes de chez lui puis se paie un deuxième jogging le soir. " Je passe le reste du temps à la maison. Si on est parti pour trois, quatre mois de confinement, je vais avoir du mal à retrouver mon meilleur niveau physique... mais je vais devenir très fort à la PlayStation ! "

SVEN VANDENBROECK

Début avril, la Tanzanie déplorait seulement vingt citoyens contaminés par le coronavirus. " Les cas se déclarent par-ci, par-là sans aucune logique, ça ne correspond pas à la courbe d'évolution qu'ont connue tous les autres pays ", estime toutefois Sven Vandenbroeck, l'entraîneur du Simba SC depuis décembre dernier. " D'après moi, il y a deux explications : premièrement, les gens n'ont pas l'argent pour aller chez le médecin, donc quand ils sont malades, ils restent chez eux. Deuxièmement, il est impossible de se faire une idée exacte du nombre de contaminés puisque le matériel médical a été envoyé par la Chine début avril seulement. " Une troisième hypothèse prétend que le gouvernement ne dit pas toute la vérité et cacherait les chiffres pour préserver son image et éviter d'instaurer la peur au sein de la population. L'attitude du président John Magufuli a en tout cas de quoi glacer le sang. Ce dernier estime que ce virus "satanique" ne peut pas survivre dans les lieux sacrés et encourage donc sa population à se rendre à l'église.

Pour être honnête, je ne remarque pas trop de différences dans ma vie depuis le début du confinement. " Jasper Van Der Heyden

Seules les écoles et les activités sportives de grande ampleur ont été mises en pause par le gouvernement. Les gens se promènent donc sur les plages et sont parfois une quarantaine à disputer une partie de foot dans la rue. " Ébola est encore dans toutes les têtes ", explique toutefois l'entraîneur de Simba. " Du coup, beaucoup refusent de croire ce que raconte le président et travaillent à domicile, évitent les places avec beaucoup de monde... Ils se confinent par eux-mêmes ! " L'ancien milieu de terrain du KV Malines ne donne plus entraînement depuis le 18 mars. Tous les jours, il convoque un joueur de son noyau au club pour filmer intégralement une séance que le reste de l'équipe doit reproduire. " La vidéo est plus efficace à suivre qu'un programme : tous les joueurs n'ont pas de chrono ou de montre... "

SVEN VANDENBROECK             40 ans ? Entraîneur Simba SC (D1 tanzanienne), PG
SVEN VANDENBROECK 40 ans ? Entraîneur Simba SC (D1 tanzanienne) © PG

Alors qu'il reste théoriquement dix matches à disputer en Ligi Kuu Bara, Sven Vandenbroeck prépare déjà la saison prochaine. " Je regarde quels sont les joueurs dont nous avons besoin pour nous renforcer et je suis occupé à trouver un stage de présaison à l'étranger. Et puis je cours tous les jours une heure en soirée pour me tenir en forme. " Avec 17 points d'avance sur son plus proche poursuivant, le Simba SC devrait prématurément valider son billet pour la Ligue des Champions africaine. Sauf si le championnat reprend ses droits... ce dont le coach doute. " Les hôpitaux ne sont pas prêts, il n'y a pas suffisamment d'appareils d'assistance respiratoire, donc dès que la crise va prendre une dimension énorme à la fin du mois d'avril, ça va être une catastrophe. " Une prévision qui n'empêche pas certains décideurs d'envisager certaines solutions totalement aberrantes. " On parle de tester les 400 joueurs du championnat, de placer les "négatifs" dans vingt hôtels différents en quarantaine pour qu'ils puissent disputer les matches sans public. Cela ne se fera peut-être pas, mais je crains que le matériel médical reste uniquement destiné à une certaine sphère de la société et pas aux gens de la rue. "

JASPER VAN DER HEYDEN

Jasper Van Der Heyden vit actuellement à Kollafjørður, le village le plus long des Îles Féroé - sept kilomètres - et un des plus peuplés avec 800 habitants. Avant d'atterrir dans cette province autonome du Danemark formée par 18 îles, l'ailier brugeois a vécu quelques mois à Thróttur, en Islande. " J'ai eu quelques soucis relationnels avec mes coaches dans les équipes de jeunes du Lierse, ce qui a probablement limité mes possibilités de jouer en D1A ou D1B belge ", concède Jasper. " Il y a deux ans, mon père (Stephan, ancien Diable rouge, ndlr), qui est en quelque sorte mon agent, a reçu une offre de transfert en Islande. L'aventure m'a attiré et j'ai réalisé quelques belles choses là-bas, en inscrivant dix goals pour 18 assists en deux saisons. " En novembre dernier, arrivé en fin de contrat, Jasper prend la direction des Îles Féroé pour y rejoindre sa copine, originaire de Kollafjørður. Il commence alors à s'entraîner avec le AB Argir, un club habitué à faire le yoyo entre la D1 et la D2, et se voit rapidement offrir un contrat incluant la possibilité de partir gratuitement quand il le veut.

Les hôpitaux ne sont pas prêts, il n'y a pas suffisamment d'appareils d'assistance respiratoire, ça va être une catastrophe. " Sven Vandenbroeck

Début mars, Jasper s'apprête donc à découvrir un nouveau championnat lorsque le coronavirus met tout en stand-by. " Après une pause obligatoire, nous avons repris l'entraînement deux fois par semaine en petits groupes de quatre ", glisse l'ailier droit. " Quand je travaille seul, je vais surtout courir dans la nature. Il y a beaucoup de dénivelé, mais le vrai problème, c'est la météo : il peut très bien y avoir deux jours de ciel complètement bleu suivis de deux autres journées de neige constante. En temps normal, la grande majorité des entraînements se fait dans des conditions très difficiles... quand on la chance que le ballon ne parte pas dans tous les sens à cause du vent (sourire). " Jasper vient toutefois d'être freiné dans sa préparation physique en passant les deux premières semaines d'avril en quarantaine. Sa belle-mère coiffeuse s'était en effet occupée d'un client par la suite testé positif au coronavirus. Selon les chiffres officiels, 10% de la population féroïenne aurait subi un test de dépistage, ce qui place les Îles Féroé parmi les bons élèves européens. Une prouesse en partie due à un vétérinaire qui a adapté à l'humain son laboratoire initialement conçu pour tester l'infection virale du saumon.

JASPER VAN DER HEYDEN             24 ans  ? Ailier droit AB Argir (D1 féroïenne), PG
JASPER VAN DER HEYDEN 24 ans ? Ailier droit AB Argir (D1 féroïenne) © PG

" Pour être honnête, je ne remarque pas trop de différences dans ma vie depuis le début du confinement ", confesse Jasper Van Der Heyden. " Il n'y a pas grand monde qui vit aux Féroé (61 000 personnes, ndlr) donc quand je vais à l'épicerie, il n'y a pas plus ou moins de gens qu'avant. " Selon les déclarations du Premier ministre Bárður á Steig Nielsen, le pays sortira du confinement le 20 avril prochain, ce qui pourrait signifier le retour de la Premier League féroïenne... L'ailier belge sera-t-il de la partie ? Rien n'est moins sûr. " J'ai appris récemment que ma demande de permis de résidence et de travail avait été refusée parce que je l'ai envoyée huit jours trop tard... Théoriquement, je devrais quitter le pays immédiatement et introduire une nouvelle demande, mais le gouvernement a accepté que je reste vu la situation. " À l'issue du confinement, Jasper devra attendre quatre nouvelles semaines pour régler sa situation administrative. De quoi favoriser un nouvel envol de ce footballeur-aventurier, qui rêve d'Asie ?

NAOUFAL BOUMINA

Naoufal revient tout juste d'un petit jogging. " J'ai la chance d'avoir un terrain juste en face de chez moi. Je m'entraîne souvent seul : je cours et je fais mes 15-15 (exercice fractionné "très court", ndlr). Parfois, je rejoins un coéquipier pour faire des séances en duo. À part ça, je ne peux rien faire d'autre que jongler avec mon petit ballon sur les murs de ma maison. Du coup, je suis à fond sur les séries : j'ai avalé la cinquième saison de " Casa de Papel " en quelques jours et là je me suis lancé sur " Ballers " (la série suit le quotidien d'anciens et actuels joueurs de football américain à Miami, ndlr). " À l'origine, Naoufal Boumina s'était mis d'accord avec les dirigeants de son club du KF Vushtrria pour vivre le confinement en famille en Belgique. " Malheureusement, mon vol a été annulé et je n'ai pas eu de nouvelles de l'ambassade pour être rapatrié, donc je reste ici. " Ici, c'est à Vucitrn, une petite ville située à vingt minutes de la capitale Pristina.

Le soir, on dirait que le monde est éteint. " Naoufal Boumina

Le coronavirus n'est pas le seul problème auquel le Kosovo doit faire face actuellement. Peu après le début de la crise sanitaire, le Premier ministre Alban Kurti et le président Hashim Thaçi se sont opposés sur les mesures à prendre pour lutter contre le virus. Dans la foulée, un partenaire de la coalition a déposé une motion de censure qui a provoqué la chute du gouvernement 51 jours après sa formation. De quoi décontenancer d'autant plus une population uniquement autorisée à sortir de chez elle entre 6 h et 17 h. " Après cette heure-là, tous les magasins sont fermés et il est totalement interdit d'aller en rue, donc si tu n'as pas prévu à manger, t'es foutu ", précise Naoufal Boumina. " Heureusement, les gens respectent les consignes à la lettre : le soir, on dirait que le monde est éteint. "

NAOUFAL BOUMINA             26 ans ? Ailier gauche KF Vushtrria (D1 kosovare), PG
NAOUFAL BOUMINA 26 ans ? Ailier gauche KF Vushtrria (D1 kosovare) © PG

Le championnat kosovar est momentanément suspendu jusqu'au mois de mai, mais l'ailier carolo espère pouvoir reprendre le collier dans la foulée. " Je suis venu ici pour avoir des matches dans les jambes, donc je préférerais pouvoir recommencer pour me montrer et partir plus haut. " Avant de débarquer chez l'actuel onzième (sur douze) de Superliga, Boumina a transité par l'équipe C de l'Atlético de Madrid, le Maroc, la Roumanie et a passé des tests en Finlande, en Irlande et en Afrique du Sud. Il conduisait un Uber et comptait arrêter le foot quand il a reçu l'offre du KF Vushtrria. Inutile de dire qu'il prend cette opportunité comme une chance unique de se relancer.

DANIËL KRUTZEN

Daniël avait sept ans quand il a été recruté par le Racing Genk parmi des centaines d'autres gamins venus montrer leurs talents lors d'une journée de détection. Il y restera treize ans, avant que la direction ne lui indique la porte de sortie. Le défenseur hésite alors entre deux voies : soit il se trouve un petit contrat pro au sein d'une équipe de D1B ou de D1 Amateurs, soit il combine le foot avec la poursuite de ses études de Business Administration aux États-Unis. Le natif de Lanaken opte pour la deuxième solution et déménage à l'université d'Albany, à 250 kilomètres au nord de New York. Sur les bancs de l'école, il étudie le marketing avec une mineure en économie. Sur les pelouses, il défend les couleurs de l'équipe universitaire de Great Danes. " Une fois diplômé, en décembre 2018, je n'ai pas pu être drafté en MLS parce que je sortais d'une moins bonne saison. C'est mon ancien coach assistant à Genk, Peter Reynders, qui m'a contacté pour me parler d'un projet qu'il mène au Canada, où il est également assistant au FC Forge. Je suis allé y passer un test d'un mois puis j'ai signé mon contrat. " Le jeune homme vit alors les débuts de la toute nouvelle Canadian Premier League, que son équipe finit par remporter.

Il y a une file constante de quinze, vingt minutes juste pour rentrer dans un magasin. " Daniël Krutzen

En ce début de printemps, Daniël est évidemment au chômage temporaire. " Le club nous a donné un programme individuel à suivre au quotidien, je pense pouvoir dire que je suis encore fit ", sourit-il. " C'est frustrant de ne pas pouvoir faire plus, mais j'ai conscience de la chance que j'ai d'être en bonne santé. " Le Limbourgeois vit avec deux coéquipiers, ce qui lui évite de " perdre la tête ", et profite de son temps libre pour découvrir des activités qu'il ne fait pas dans son quotidien habituel. " Je fais de mon mieux pour cuisiner sainement et même s'il y a une file constante de quinze, vingt minutes juste pour rentrer dans le magasin, j'essaie de préparer différents plats, toujours à base de légumes, riz et pâtes. " Sans compter que Daniël peut s'approvisionner dans le potager qu'il entretient depuis peu dans l'arrière-cour de sa maison. Décidément très entreprenant, le défenseur passe également pas mal de temps devant les tutos gratuits mis en ligne par une célèbre marque d'appareils photos. " La photo m'a toujours fasciné, donc ça me plaît de voir tout ce que les gens peuvent faire avec leur appareil. J'envisage d'acheter du matériel professionnel pour m'y mettre en tant qu'amateur. " Si le foot semble pratiquement secondaire dans la vie du Limbourgeois, il ne l'est pas : Daniël rêve encore de MLS.

DANIËL KRUTZEN             23 ans ? Défenseur central FC Forge (D1 canadienne), PG
DANIËL KRUTZEN 23 ans ? Défenseur central FC Forge (D1 canadienne) © PG
" Je ne pense pas que le club va me licencier. Je ressens un environnement très solidaire, donc j'ai bon espoir que tout se passe bien. " Au bout du fil, Jordy Vleugels ne semble pas anxieux. Pourtant, l'heure n'est pas à la fête dans l'univers du football australien. Courant mars, les clubs de Perth Glory, Brisbane Roars et Central Coast Mariners ont congédié l'intégralité de leur effectif et une grosse partie du personnel. La raison ? Une économie précaire fragilisée par le possible retrait de Fox Sports Australia (et de son apport de 32 millions d'euros en droits télés) suite à l'arrêt du championnat. Un impact qui ne devrait cependant pas concerner Jordy Vleugels, qui évolue au Magpies Crusaders, pensionnaire de NPL Queensland, une des... neuf D2 du pays. " L'Australie est tellement grande que si on devait affronter une équipe de la côte ouest, on en aurait plus ou moins pour sept heures de vol à chaque fois. La deuxième division est donc régionalisée. " Formé à Westerlo, puis à Willem II, Vleugels possède une carte de visite très exotique malgré ses 23 ans. Après avoir connu les joies d'une petite apparition en Eredivise à l'Amsterdam Arena, le milieu de terrain est passé par l'Ukraine, le Kazakhstan, Chypre et donc l'Australie. " Il y a quelques mois, j'ai hésité à mettre le football pro de côté pour suivre une autre direction ", admet le natif de Mol. " Mais le foot m'a déjà permis de voir tant de choses dans le monde que j'ai eu envie de continuer à découvrir des gens, des cultures et des manières de vivre. " Établi sur la côte est de l'Australie depuis janvier dernier, Vleugels a eu droit à une raclée dès son premier match avec les Magpies (défaite 8-1 contre Peninsula). " Nous n'avons pas commencé le championnat comme nous l'espérions, mais on a rapidement senti une évolution et juste avant l'arrêt du championnat, je n'avais aucune crainte par rapport à nos futurs résultats. " La Fédération est actuellement à un tournant : soit elle reprend la compétition en juin et la termine en octobre, soit elle l'annule et attend la suivante... en janvier prochain. Pour l'heure, Jordy Vleugels vit seul dans sa maison puisque ses deux coéquipiers-colocs sont retournés chez eux au début du confinement. " C'est très calme, je m'habitue à la solitude ", lance celui qui n'a jamais envisagé de revenir chez lui. " Je crois qu'on est mieux ici que dans beaucoup de pays européens comme la Belgique, les Pays-Bas ou évidemment l'Italie et l'Espagne. " À Mackay, petite ville maritime de la taille de Bruges, l'Anversois doit surtout faire face à la pénurie d'oeufs et de pâtes. Il court tous les matins sur le plage, enchaîne avec des exercices sur un terrain situé à cinq minutes de chez lui puis se paie un deuxième jogging le soir. " Je passe le reste du temps à la maison. Si on est parti pour trois, quatre mois de confinement, je vais avoir du mal à retrouver mon meilleur niveau physique... mais je vais devenir très fort à la PlayStation ! " Début avril, la Tanzanie déplorait seulement vingt citoyens contaminés par le coronavirus. " Les cas se déclarent par-ci, par-là sans aucune logique, ça ne correspond pas à la courbe d'évolution qu'ont connue tous les autres pays ", estime toutefois Sven Vandenbroeck, l'entraîneur du Simba SC depuis décembre dernier. " D'après moi, il y a deux explications : premièrement, les gens n'ont pas l'argent pour aller chez le médecin, donc quand ils sont malades, ils restent chez eux. Deuxièmement, il est impossible de se faire une idée exacte du nombre de contaminés puisque le matériel médical a été envoyé par la Chine début avril seulement. " Une troisième hypothèse prétend que le gouvernement ne dit pas toute la vérité et cacherait les chiffres pour préserver son image et éviter d'instaurer la peur au sein de la population. L'attitude du président John Magufuli a en tout cas de quoi glacer le sang. Ce dernier estime que ce virus "satanique" ne peut pas survivre dans les lieux sacrés et encourage donc sa population à se rendre à l'église. Seules les écoles et les activités sportives de grande ampleur ont été mises en pause par le gouvernement. Les gens se promènent donc sur les plages et sont parfois une quarantaine à disputer une partie de foot dans la rue. " Ébola est encore dans toutes les têtes ", explique toutefois l'entraîneur de Simba. " Du coup, beaucoup refusent de croire ce que raconte le président et travaillent à domicile, évitent les places avec beaucoup de monde... Ils se confinent par eux-mêmes ! " L'ancien milieu de terrain du KV Malines ne donne plus entraînement depuis le 18 mars. Tous les jours, il convoque un joueur de son noyau au club pour filmer intégralement une séance que le reste de l'équipe doit reproduire. " La vidéo est plus efficace à suivre qu'un programme : tous les joueurs n'ont pas de chrono ou de montre... " Alors qu'il reste théoriquement dix matches à disputer en Ligi Kuu Bara, Sven Vandenbroeck prépare déjà la saison prochaine. " Je regarde quels sont les joueurs dont nous avons besoin pour nous renforcer et je suis occupé à trouver un stage de présaison à l'étranger. Et puis je cours tous les jours une heure en soirée pour me tenir en forme. " Avec 17 points d'avance sur son plus proche poursuivant, le Simba SC devrait prématurément valider son billet pour la Ligue des Champions africaine. Sauf si le championnat reprend ses droits... ce dont le coach doute. " Les hôpitaux ne sont pas prêts, il n'y a pas suffisamment d'appareils d'assistance respiratoire, donc dès que la crise va prendre une dimension énorme à la fin du mois d'avril, ça va être une catastrophe. " Une prévision qui n'empêche pas certains décideurs d'envisager certaines solutions totalement aberrantes. " On parle de tester les 400 joueurs du championnat, de placer les "négatifs" dans vingt hôtels différents en quarantaine pour qu'ils puissent disputer les matches sans public. Cela ne se fera peut-être pas, mais je crains que le matériel médical reste uniquement destiné à une certaine sphère de la société et pas aux gens de la rue. " Jasper Van Der Heyden vit actuellement à Kollafjørður, le village le plus long des Îles Féroé - sept kilomètres - et un des plus peuplés avec 800 habitants. Avant d'atterrir dans cette province autonome du Danemark formée par 18 îles, l'ailier brugeois a vécu quelques mois à Thróttur, en Islande. " J'ai eu quelques soucis relationnels avec mes coaches dans les équipes de jeunes du Lierse, ce qui a probablement limité mes possibilités de jouer en D1A ou D1B belge ", concède Jasper. " Il y a deux ans, mon père (Stephan, ancien Diable rouge, ndlr), qui est en quelque sorte mon agent, a reçu une offre de transfert en Islande. L'aventure m'a attiré et j'ai réalisé quelques belles choses là-bas, en inscrivant dix goals pour 18 assists en deux saisons. " En novembre dernier, arrivé en fin de contrat, Jasper prend la direction des Îles Féroé pour y rejoindre sa copine, originaire de Kollafjørður. Il commence alors à s'entraîner avec le AB Argir, un club habitué à faire le yoyo entre la D1 et la D2, et se voit rapidement offrir un contrat incluant la possibilité de partir gratuitement quand il le veut. Début mars, Jasper s'apprête donc à découvrir un nouveau championnat lorsque le coronavirus met tout en stand-by. " Après une pause obligatoire, nous avons repris l'entraînement deux fois par semaine en petits groupes de quatre ", glisse l'ailier droit. " Quand je travaille seul, je vais surtout courir dans la nature. Il y a beaucoup de dénivelé, mais le vrai problème, c'est la météo : il peut très bien y avoir deux jours de ciel complètement bleu suivis de deux autres journées de neige constante. En temps normal, la grande majorité des entraînements se fait dans des conditions très difficiles... quand on la chance que le ballon ne parte pas dans tous les sens à cause du vent (sourire). " Jasper vient toutefois d'être freiné dans sa préparation physique en passant les deux premières semaines d'avril en quarantaine. Sa belle-mère coiffeuse s'était en effet occupée d'un client par la suite testé positif au coronavirus. Selon les chiffres officiels, 10% de la population féroïenne aurait subi un test de dépistage, ce qui place les Îles Féroé parmi les bons élèves européens. Une prouesse en partie due à un vétérinaire qui a adapté à l'humain son laboratoire initialement conçu pour tester l'infection virale du saumon. " Pour être honnête, je ne remarque pas trop de différences dans ma vie depuis le début du confinement ", confesse Jasper Van Der Heyden. " Il n'y a pas grand monde qui vit aux Féroé (61 000 personnes, ndlr) donc quand je vais à l'épicerie, il n'y a pas plus ou moins de gens qu'avant. " Selon les déclarations du Premier ministre Bárður á Steig Nielsen, le pays sortira du confinement le 20 avril prochain, ce qui pourrait signifier le retour de la Premier League féroïenne... L'ailier belge sera-t-il de la partie ? Rien n'est moins sûr. " J'ai appris récemment que ma demande de permis de résidence et de travail avait été refusée parce que je l'ai envoyée huit jours trop tard... Théoriquement, je devrais quitter le pays immédiatement et introduire une nouvelle demande, mais le gouvernement a accepté que je reste vu la situation. " À l'issue du confinement, Jasper devra attendre quatre nouvelles semaines pour régler sa situation administrative. De quoi favoriser un nouvel envol de ce footballeur-aventurier, qui rêve d'Asie ? Naoufal revient tout juste d'un petit jogging. " J'ai la chance d'avoir un terrain juste en face de chez moi. Je m'entraîne souvent seul : je cours et je fais mes 15-15 (exercice fractionné "très court", ndlr). Parfois, je rejoins un coéquipier pour faire des séances en duo. À part ça, je ne peux rien faire d'autre que jongler avec mon petit ballon sur les murs de ma maison. Du coup, je suis à fond sur les séries : j'ai avalé la cinquième saison de " Casa de Papel " en quelques jours et là je me suis lancé sur " Ballers " (la série suit le quotidien d'anciens et actuels joueurs de football américain à Miami, ndlr). " À l'origine, Naoufal Boumina s'était mis d'accord avec les dirigeants de son club du KF Vushtrria pour vivre le confinement en famille en Belgique. " Malheureusement, mon vol a été annulé et je n'ai pas eu de nouvelles de l'ambassade pour être rapatrié, donc je reste ici. " Ici, c'est à Vucitrn, une petite ville située à vingt minutes de la capitale Pristina. Le coronavirus n'est pas le seul problème auquel le Kosovo doit faire face actuellement. Peu après le début de la crise sanitaire, le Premier ministre Alban Kurti et le président Hashim Thaçi se sont opposés sur les mesures à prendre pour lutter contre le virus. Dans la foulée, un partenaire de la coalition a déposé une motion de censure qui a provoqué la chute du gouvernement 51 jours après sa formation. De quoi décontenancer d'autant plus une population uniquement autorisée à sortir de chez elle entre 6 h et 17 h. " Après cette heure-là, tous les magasins sont fermés et il est totalement interdit d'aller en rue, donc si tu n'as pas prévu à manger, t'es foutu ", précise Naoufal Boumina. " Heureusement, les gens respectent les consignes à la lettre : le soir, on dirait que le monde est éteint. " Le championnat kosovar est momentanément suspendu jusqu'au mois de mai, mais l'ailier carolo espère pouvoir reprendre le collier dans la foulée. " Je suis venu ici pour avoir des matches dans les jambes, donc je préférerais pouvoir recommencer pour me montrer et partir plus haut. " Avant de débarquer chez l'actuel onzième (sur douze) de Superliga, Boumina a transité par l'équipe C de l'Atlético de Madrid, le Maroc, la Roumanie et a passé des tests en Finlande, en Irlande et en Afrique du Sud. Il conduisait un Uber et comptait arrêter le foot quand il a reçu l'offre du KF Vushtrria. Inutile de dire qu'il prend cette opportunité comme une chance unique de se relancer. Daniël avait sept ans quand il a été recruté par le Racing Genk parmi des centaines d'autres gamins venus montrer leurs talents lors d'une journée de détection. Il y restera treize ans, avant que la direction ne lui indique la porte de sortie. Le défenseur hésite alors entre deux voies : soit il se trouve un petit contrat pro au sein d'une équipe de D1B ou de D1 Amateurs, soit il combine le foot avec la poursuite de ses études de Business Administration aux États-Unis. Le natif de Lanaken opte pour la deuxième solution et déménage à l'université d'Albany, à 250 kilomètres au nord de New York. Sur les bancs de l'école, il étudie le marketing avec une mineure en économie. Sur les pelouses, il défend les couleurs de l'équipe universitaire de Great Danes. " Une fois diplômé, en décembre 2018, je n'ai pas pu être drafté en MLS parce que je sortais d'une moins bonne saison. C'est mon ancien coach assistant à Genk, Peter Reynders, qui m'a contacté pour me parler d'un projet qu'il mène au Canada, où il est également assistant au FC Forge. Je suis allé y passer un test d'un mois puis j'ai signé mon contrat. " Le jeune homme vit alors les débuts de la toute nouvelle Canadian Premier League, que son équipe finit par remporter. En ce début de printemps, Daniël est évidemment au chômage temporaire. " Le club nous a donné un programme individuel à suivre au quotidien, je pense pouvoir dire que je suis encore fit ", sourit-il. " C'est frustrant de ne pas pouvoir faire plus, mais j'ai conscience de la chance que j'ai d'être en bonne santé. " Le Limbourgeois vit avec deux coéquipiers, ce qui lui évite de " perdre la tête ", et profite de son temps libre pour découvrir des activités qu'il ne fait pas dans son quotidien habituel. " Je fais de mon mieux pour cuisiner sainement et même s'il y a une file constante de quinze, vingt minutes juste pour rentrer dans le magasin, j'essaie de préparer différents plats, toujours à base de légumes, riz et pâtes. " Sans compter que Daniël peut s'approvisionner dans le potager qu'il entretient depuis peu dans l'arrière-cour de sa maison. Décidément très entreprenant, le défenseur passe également pas mal de temps devant les tutos gratuits mis en ligne par une célèbre marque d'appareils photos. " La photo m'a toujours fasciné, donc ça me plaît de voir tout ce que les gens peuvent faire avec leur appareil. J'envisage d'acheter du matériel professionnel pour m'y mettre en tant qu'amateur. " Si le foot semble pratiquement secondaire dans la vie du Limbourgeois, il ne l'est pas : Daniël rêve encore de MLS.