A Sclessin, tout le monde a gâché beaucoup de pellicule depuis le début de la saison. Le film européen tourné face au Celta Vigo (0-1) n'a pas récolté le succès espéré. Les acteurs liégeois ne connaissaient pas assez bien leur texte, manquaient de répartie, n'allaient pas au bout de leurs idées dans la ligne médiane, étaient trop peu nombreux en pointe avec le seul Milan Jovanovic dans le rôle de finisseur. Les comédiens espagnols ne demandaient pas mieux de multiplier leur présence et de souligner leur aisance sur la scène rouge.
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A Sclessin, tout le monde a gâché beaucoup de pellicule depuis le début de la saison. Le film européen tourné face au Celta Vigo (0-1) n'a pas récolté le succès espéré. Les acteurs liégeois ne connaissaient pas assez bien leur texte, manquaient de répartie, n'allaient pas au bout de leurs idées dans la ligne médiane, étaient trop peu nombreux en pointe avec le seul Milan Jovanovic dans le rôle de finisseur. Les comédiens espagnols ne demandaient pas mieux de multiplier leur présence et de souligner leur aisance sur la scène rouge. Le scénario du match retour n'est pas encore écrit mais Michel Preud'homme devra multiplier les zooms, les travellings et autres plans larges afin de déchirer l'écran. Pour y arriver, le nouveau cinéaste wallon comptera beaucoup sur l'imposant Oguchi Onyewu. Incapable de prononcer correctement son nom, Johan Boskamp l'avait surnommé John Wayne, le plus célèbre acteur de westerns avant l'apparition de Kevin Costner... A 24 ans, cette belle plante (1m92, 90 kg) vit une aventure que l'acteur cow-boy n'aurait pas détestée. C'est l'Histoire d'O qui, comme celle du célèbre roman de Dominique Aury, n'était pas destinée au succès. En 1954, Gallimard refusa de publier cette £uvre osée, défiant la morale de l'époque. Un petit éditeur en imprima quelques milliers d'exemplaires. Un coup de génie car, en 50 ans, plus de 900.000 lecteurs ont dévoré ce bouquin et le 7e art s'en est emparé. Metz a été le Gallimard de la carrière d'Oguchi Onyewu avant que la Louvière et le Standard ne l'éditent en D1. Manchester United, le Real Madrid et Anderlecht aimeraient qu'il prolonge son histoire chez eux... Oguchi Onyewu : A mon avis, il faut tempérer cette impression. Le Celta Vigo n'est pas pour rien un représentant de la Liga en Coupe d'Europe de l'UEFA. Cette formation est forcément bien rodée, très douée techniquement. Nous lui avons opposé nos armes : un concept tactique, une occupation de terrain, de l'engagement, une organisation. Notre gardien de but, Olivier Renard, n'a pas eu un gros travail car le filet défensif a été bien tiré, il me semble. Il n'y a eu qu'une imperfection et Vigo en a profité pour marquer le seul but de ce match aller. En défense, cela a été mais la ligne médiane a souffert, c'est un fait. Le Celta dispose dans ce secteur de joueurs très doués, adorant faire tourner la balle en attendant que l'adversaire commette la plus petite erreur. Un nul blanc aurait été plus logique. Le score est négatif en soi mais j'y ai aussi vu la confirmation d'un réveil. Je ne m'étais pas du tout appuyé sur le succès au Lierse avant de rencontrer Vigo car il n'y a évidemment pas photo entre les deux équipes. Non, il y avait d'abord ces signes à l'entraînement où on devine une mise en place de l'effectif, un travail soigné, etc. Le temps aussi a fait son £uvre. Je ne dis pas que tout sera parfait au retour, en Espagne, mais on ne sait jamais : il ne faudra pas avoir peur et nous devrons oser attaquer, miser sur l'offensive. A Bucarest, au troisième tour préliminaire de la Ligue des Champions, nous avons fait hésiter le Steaua. Le Standard a eu les Roumains au bout du fusil. Avec un peu de chance, nous passions le cap. En Ligue des Champions, le Steaua a cartonné au Dynamo Kiev : 1-4. A Bucarest, la messe aurait pu être différente. Cela a tenu à peu de choses finalement. Il faut oublier... Je suis sidéré par tout ce qu'on peut raconter. Au repos, à Bucarest, il y a eu une petite discussion. Le coach a donné son point de vue sur la première mi-temps. J'ai exprimé mon avis qui n'était pas le même que le sien. Mais cela s'est arrêté là. C'était fini. Ce n'était pas violent. Johan Boskamp ne m'a pas accroché au portemanteau : vous m'avez bien regardé ? A part mon père, je ne permettrais à personne de lever le petit doigt sur moi. Dans la presse, j'ai évidemment lu une phrase attribuée à Boskamp : - C'est Onyewu ou c'est moi. J'étais choqué de découvrir cela. J'ignorais que c'était si grave. Je ne comprenais pas et j'étais désolé d'être entraîné dans une polémique qui ne me concernait pas du tout. C'est pour cela que j'ai déclaré ensuite que Johan Boskamp avait deux visages. Je ne savais franchement pas qu'il y avait un problème entre nous. Face à face, cela se passait bien avec lui mais ses propos dans les médias m'ont déçu. Je n'étais même pas fâché, c'est tout dire. Mais, bon, je respecte son travail. Il lui a manqué une chose très précieuse : le temps. Quand je suis revenu au Standard après la Coupe du Monde, je ne connaissais presque plus personne. Je me sentais presque dans la peau d'un nouveau. Je comprends qu'un groupe ait besoin de patience pour faire connaissance. A côté de cela, il y a la loi des résultats. La courbe était négative. Le Standard était un chantier. Tout était à refaire. Cela va beaucoup mieux maintenant. A mon avis, le choix en faveur de Michel Preud'homme est une très bonne chose. Il connaît tout le monde, pratique plusieurs langues (français, néerlandais, anglais, portugais), communique bien et... Je garde de la joie et de la déception. Il y avait dans l'équipe nationale des Etats-Unis des joueurs évoluant dans de bons clubs européens mais cette richesse ne s'est pas reflétée dans nos résultats. Nous avons essuyé une lourde défaite face à la Tchéquie qui a fait mal. La différence entre les deux équipes n'était pas aussi nette. Les Etats-Unis méritaient de battre l'Italie. J'ai écopé d'un penalty contre le Ghana alors que je n'avais pas commis de faute. Globalement, malgré l'absence de résultats probants, je suis satisfait de ma Coupe du Monde. Je n'avais jamais vu une telle ambiance : c'était magnifique. Je découvrais le football à ce niveau-là et j'ai forcément beaucoup appris. J'en rêvais quand j'ai quitté les Etats-Unis pour l'Europe en 2002 et, là, c'était la réalité, un vécu formidable. Cela donne envie de revivre la même chose, donc de se donner encore plus pour son sport. J'ai progressé durant la Coupe du Monde. Car, au-delà des résultats, j'ai acquis de l'expérience. A 24 ans, j'ai désormais plus de bagages. Je me maîtrise mieux, je me situe plus efficacement, je cerne mes atouts et les domaines où je dois travailler. Durant une Coupe du Monde, on se mesure à des oppositions relevées mais on étudie aussi les équipes des autres groupes : ce sont des sources d'inspiration. Après cela, je n'ai pris que 14 jours de congé. Mais je ne m'en plains pas : le football est ainsi fait. J'étais tellement heureux d'être en Allemagne. Cela ne se boude pas. Et une Coupe du Monde offre forcément de nouvelles perspectives. Non, chacun parcourt son chemin. C'est Albert Cartier qui m'a fait venir à Metz. Je lui dois une fière chandelle car c'était la chance pour moi de mettre les pieds en Europe. Hélas, quand je suis arrivé en France, Metz venait de descendre en L2 et Albert Cartier avait cédé sa place à Jean Fernandez qui entraîne désormais Auxerre après être repassé par Marseille. Jean Fernandez comptait d'autant moins sur moi que j'ai mis six mois afin de régler des problèmes administratifs. En janvier 2003, j'étais enfin qualifié mais Jean Fernandez avait son équipe. Je me suis entraîné durant six mois sans jouer un match. Cet été-là, Metz m'a conseillé de dénicher un club pour acquérir du temps de jeu et La Louvière s'est manifestée... J'avais 20 ans et je voulais jouer. Le reste, je m'en foutais. Le stade n'était pas un palais mais c'était suffisant. Ariel Jacobs y avait mis au point un belle équipe avec Silvio Proto, Thierry Siquet, Peter Odemwingie, Michaël Klukowski, Manasseh Ishiaku, Mâamar Mamouni, etc. Plus tard, Ariel Jacobs m'a avoué qu'il m'avait engagé en tant que doublure. Mais il m'a vite fait confiance et ce fut une belle période. La Louvière a réalisé un bon championnat et a fait bonne figure en Coupe de l'UEFA face à Benfica. Pour moi, c'était un bon lancement. Je suis retourné à Metz à la fin de la saison. J'avais été loué au Tivoli mais Metz préférait que je m'en aille. Le Standard s'est alors intéressé à moi. A Sclessin, Dominique D'Onofrio m'a tout de suite manifesté sa confiance et cela m'a fait un bien fou. J'ai appris à m'adapter aux circonstances, aux différents joueurs qui ont joué avec moi au centre de la défense. En Belgique, j'ai eu trois guides : Thierry Siquet, Ivica Dragutinovic et Jorge Costa. A La Louvière, Thierry Siquet me parlait sans cesse, me guidait et ce fut précieux. Drago partageait sa rage de vaincre avec les autres. C'était un patron et un leader qui en imposait. Il m'a beaucoup, beaucoup, beaucoup apporté. Jorge Costa avait du métier à revendre. Le placement et le jeu haut n'avaient aucun secret pour lui. Je ne suis pas le même joueur qu'il y a deux ans ou que la saison passée. Je progresse au fil de tous les championnats, tous les mois, toutes les semaines, même tous les jours. J'aurais aimé une confirmation par les résultats. Si nous avons échoué, c'est en raison de nos mauvais résultats face aux petites équipes. Sans ces gaspillages, nous aurions décroché le titre la saison passée. Il m'est arrivé plus de choses la saison passée que durant toute ma carrière : des problèmes de cartons rouges, l'attitude des supporters à Bruges, un spectateur qui m'a frappé à Roulers, etc. Le racisme est l'illustration de l'ignorance, du manque d'éducation. J'avais assisté avec ma copine et des amis à Bruges-Anderlecht. Cela m'intéressait d'autant plus que je pouvais suivre deux anciens équipiers de la Louvière : Michaël Klukowski et Manasseh Ishiaku. A la sortie du stade, un supporter brugeois m'a félicité pour ma saison mais d'autres m'ont ensuite insulté. C'était odieux. J'ai regagné ma voiture qui n'a pas tardée à être abîmée et couverte de crachats. J'ai voulu sortir de ma voiture. Mes copains et mon amie iranienne m'ont empêché de le faire. Les supporters brugeois étaient nombreux. Je n'ai pas eu peur mais j'étais fâché. Ce sont des attitudes décevantes. A Roulers, avant une rentrée en touche, j'ai été insulté avant qu'un spectateur portant une espèce de masque me frappe au visage. Je suis resté calme mais ce n'était pas facile. J'avais envie de franchir la barrière et de régler mes comptes avec ce lâche. Le pire, c'est l'arbitre qui avait tout vu mais m'a demandé de continuer comme s'il ne s'était rien passé. Le fautif a été retrouvé mais ce sont des situations inadmissibles. Pour des raisons personnelles. Je ne sais pas. Mais je suis là, au Standard. Je rêve de jouer un jour dans un grand championnat, c'est sûr. Où ? Angleterre ? Italie ? Allemagne ? Espagne ? Je l'ignore. La période des transferts est terminée jusqu'en janvier. Je suis à Sclessin pour le moment, pas ailleurs. Je ne dis rien, je ne parle pas du Real. Je n'en parle pas, il faut changer de sujet de conversation. Il connaît le haut niveau et ses exigences. Ce choix est logique et bizarre à la fois. Cet effectif n'a aucun secret pour lui et cela évite une période de découverte entre le coach et les joueurs qu'il a normalement contribué à choisir. C'était bizarre de le voir du jour au lendemain sur le terrain après l'avoir connu dans les bureaux. C'est une bonne chose pour le club. Je suis incapable de faire une comparaison avec les méthodes de travail de Boskamp car j'ai été blessé durant plusieurs semaines en début de saison. Preud'homme est malin et il nous apprend un nouveau truc à chaque entraînement. J'aime bien ça. Je m'en fous un peu du style. Le plus important est de gagner. Il mérite et suscite le respect des joueurs. C'est primordial. Il faut remonter la pente mais je ne songe pas à des objectifs précis. L'avenir, c'est le prochain match. PIERRE BILIC