Felipe et Daiana Soares

Igor de Camargo a invité pour quelques jours un couple d'amis à Porto Feliz : Felipe et Daiana Soares. Felipe (21 ans) est dans le noyau du Standard depuis janvier dernier. Avant cela, ce back gauche appartenait au club champion du monde en titre : l'Internacional Porto Alegre, toute grosse pointure du championnat brésilien. " C'est Dominique D'Onofrio qui est venu me visionner. Il a quitté le Brésil avec trois défenseurs de l'Internacional : Xavier Burgel, Marcos Camozzato et moi. Je n'ai pas beaucoup joué depuis mon arrivée en Belgique mais c'était prévu : le deuxième tour devait servir à mon acclimatation. Je n'ai joué que contre Mouscron et en amical face à la Juventus. Maintenant, les choses sérieuses commencent pour moi à Liège : je veux entrer dans l'équipe ".
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Igor de Camargo a invité pour quelques jours un couple d'amis à Porto Feliz : Felipe et Daiana Soares. Felipe (21 ans) est dans le noyau du Standard depuis janvier dernier. Avant cela, ce back gauche appartenait au club champion du monde en titre : l'Internacional Porto Alegre, toute grosse pointure du championnat brésilien. " C'est Dominique D'Onofrio qui est venu me visionner. Il a quitté le Brésil avec trois défenseurs de l'Internacional : Xavier Burgel, Marcos Camozzato et moi. Je n'ai pas beaucoup joué depuis mon arrivée en Belgique mais c'était prévu : le deuxième tour devait servir à mon acclimatation. Je n'ai joué que contre Mouscron et en amical face à la Juventus. Maintenant, les choses sérieuses commencent pour moi à Liège : je veux entrer dans l'équipe ". De gauche à droite : sa fiancée Giovana, Igor, sa mère Matilde, sa s£ur Hayle, son père Nivaldo. Deux fois par an, Igor de Camargo (avec un petit d, contrairement à la manière dont on l'écrit régulièrement en Belgique) se replonge dans l'ambiance familiale à Porto Feliz, ville de 50.000 habitants dans l'Etat de Sao Paulo. Cet été, c'est spécial, la première fois qu'il revoit la famille depuis le décès de son grand-père paternel, en mai, juste avant le match de championnat contre Bruges. Il a mal vécu la disparition de ce " deuxième père " qui vivait dans la maison d'à côté et a envisagé de faire l'impasse contre le Club. Sa fiancée l'a raisonné, lui a demandé de jouer et de marquer pour le papy. On a toujours en mémoire son geste vers le ciel après son but dans ce match. C'est ici qu'Igor de Camargo a appris à jouer. Le terrain est situé au bout de sa rue. A l'époque, le club qui y jouait s'appelait Bonsucceso. " Il a entre-temps disparu. Il est toujours répertorié à la fédé mais n'est plus actif parce que plus personne ne veut l'entretenir financièrement ". Après Bonsucceso, Igor est parti à Estrella, pas très loin de Porto Feliz : " C'était la cinquième division de l'Etat de Sao Paulo mais nous étions pros ! Le président d'Estrella avait des relations en Europe, c'est lui qui m'a mis en contact avec un agent italien qui avait des ramifications en Belgique. J'ai passé des tests à Sittard, à Maasmechelen, au Patro Eisden et à Genk. C'est Genk qui m'a engagé ".Porto Feliz signifie " Porte joyeuse ". Tous les coins de la ville ne sont toutefois pas idylliques. La légende de Porto Feliz est celle des chercheurs d'or qui partaient à la recherche de pépites à bord d'énormes embarcations. Aujourd'hui, les plantations de canne à sucre représentent la première activité économique de la région. La culture du café et la métallurgie sont aussi fort développées, et le géant pharmaceutique Bayer y possède une usine. Igor de Camargo a grandi dans cette rue. " Contrairement à ce qui se passe dans les grandes villes du Brésil, il y a ici toutes les classes sociales ", dit Igor. " Des très riches, des très pauvres mais aussi des gens qui vivent normalement ".Le premier terrain d'Igor de Camargo n'a plus été roulé depuis longtemps... L'a-t-il déjà été ? Trous et bosses au programme. Tous les enfants qui y jouent le jour de notre visite sont pieds nus. Une tradition ici. " Moi, j'avais de l'argent pour m'acheter des vraies chaussures de foot mais je m'abstenais parce que je ne voulais pas choquer dans la masse. Je ne voulais pas montrer que mes parents avaient plus de moyens que beaucoup d'autres ". Aujourd'hui, Igor est la star du quartier. Il attire tous les regards quand il passe à pied ou au volant de sa voiture. La tradition sportive de Porto Feliz est presque nulle mais l'histoire du Standardman prouve aux gosses que rien n'est impossible.Nivaldo de Camargo (50 ans) était professeur de biologie à l'université mais a dû abréger subitement sa carrière, il y a deux ans : suite à une opération à l'épaule, il n'est plus capable d'écrire au tableau ! Il s'est reconverti dans la section administrative de l'unif. Comme son propre père, Nivaldo a joué au foot et fut à deux doigts de passer professionnel. " Quand Igor a eu l'occasion de quitter Genk pour le Brussels, il hésitait. Je lui ai conseillé de foncer car j'étais sûr qu'en faisant un pas en arrière, il pourrait ensuite en faire trois en avant. Son transfert au Standard, plus tard, a prouvé que c'était le bon choix. Où en serait-il maintenant s'il s'était obstiné à Genk, où on ne lui faisait pas trop confiance ?"Hayle de Camargo (19 ans), la s£ur d'Igor, se souvient qu'à la maison, toutes les conversations ont toujours tourné autour du foot. Le salon est bardé de posters et d'articles de presse du gamin : de Genk, du Brussels, du Standard. Sur la télé : la médaille de finaliste perdant de la dernière Coupe de Belgique ! La mère d'Igor tient la documentation à jour : elle en est déjà à deux énormes fardes d'articles et de photos. Ce sont ses livres de chevet. Hayle marche sur les traces de ses parents : elle étudie, elle a entamé les cours d'architecture dans une université située à quelques dizaines de kilomètres de Porto Feliz. Mais elle ne se déconnecte pas de la passion familiale : elle sort avec un footballeur !Giovana (23 ans) est la copine attitrée d'Igor depuis 5 ans. Ils ont entamé leur relation lors d'un retour du joueur au pays, pendant ses vacances d'été. Mais ils se connaissent depuis très longtemps : ils ont tous les deux grandi à Porto Feliz et se sont rencontrés pour la première fois... quand ils chantaient dans la même chorale. Elle vit en Belgique depuis 3 ans, elle suit des cours à Liège pour devenir esthéticienne. " Mes premiers jours en Belgique ont été horribles. Je devais atterrir à Amsterdam, l'avion s'est finalement posé à Rotterdam à cause de la neige et du brouillard. Je n'avais jamais vu cela. Et c'était la première fois que je prenais l'avion. Je ne savais pas m'exprimer, c'était affreux ".Matilde de Camargo (57 ans) n'a pas du tout le look que l'on attend d'une Brésilienne. Ses origines européennes expliquent sa couleur de peau. Elle a travaillé dans une fabrique de jeans avant de reprendre des études pour devenir professeur. Elle exerce aujourd'hui comme comptable. " Je ne rêvais pas d'une carrière de footballeur pour mon fils ", dit-elle. " Mais je lui ai laissé le choix. A 17 ans, il a arrêté définitivement ses études pour partir en Belgique. A l'école, ce n'était pas folichon avec une moyenne de 6 à 6,5 sur 10. Il détestait les cours. J'ai le c£ur serré chaque fois qu'Igor repart en Belgique. C'est le c£ur de la mère qui saigne. Nous compensons en dialoguant tous les jours via internet ".Cette église est l'une des plus vieilles du Brésil, un lieu de pèlerinage pour les touristes en balade dans la région de Porto Feliz. C'est le premier monument qu'Igor tient à nous montrer à notre arrivée dans sa ville. La ferveur des catholiques brésiliens (entre 70 et 80 % de la population) saute aux yeux à chaque coin de rue. On se signe pour un oui, pour un non. Les boutiques regorgent d'articles à caractère religieux. Les bougies, les chapelets, les crèches et les petites chapelles sont partout. La famille de Camargo n'y échappe pas. Le long de la rivière qu'empruntaient autrefois les chercheurs d'or, on trouve une réplique presque parfaite de la grotte de Lourdes. Un autre lieu culte pour les touristes.Cette maison, tout au bout d'une rue au tarmac décomposé, est celle où Igor viendra s'installer après sa carrière en Europe. Il l'a rachetée il y a quelques années, elle était alors à l'état de ruine. Il y travaille lors de chaque retour au Brésil. " Le jardin était une forêt vierge, j'ai déjà abattu un paquet d'arbres, j'ai aménagé un petit terrain de foot et une piscine. C'est mon paradis. Elle n'est pas encore habitable mais j'y organise une petite fête dès que l'occasion se présente ". Entre la petite chapelle, un hamac, un énorme bananier, un oranger et un manguier, c'est plutôt reposant ! Quelques molosses, soignés par le père d'Igor quand il est en Belgique, gardent la propriété.Igor et Giovana au bord de la piscine de leur propriété. Bientôt, le Standardman ne sera plus un Brésilien pur jus. Sa naturalisation est en cours, la procédure est presque terminée, il n'attend plus que son passeport. " Il a toujours rêvé de jouer en équipe du Brésil, mais si son avenir passe par l'équipe belge, ce sera très valorisant aussi ". Ce samedi, c'est jour de fête chez Igor ! Il a organisé un grand barbecue et on a l'impression que c'est sa journée portes ouvertes. La famille, les amis : ça défile de midi à 15 heures dans une bruyante ambiance de samba. Sa mère esquisse un pas de danse au bord de la piscine, les hommes discutent foot et vident des Parque das Monçoes, le parc des chercheurs d'or. C'est ici qu'Igor a travaillé à son retour, après sa fracture de la cheville en mars 2006 - dans le match de Coupe contre La Gantoise. " J'ai eu une idée un peu folle : proposer au Standard d'emmener un kiné du club ici. Ils ne devaient payer que l'avion, je m'occupais du reste, du logement et des repas. Ils ont accepté, je suis venu avec le kiné pendant une petite vingtaine de jours. Je travaillais sous le soleil, au milieu de ma famille et de mes amis. Course à pied, vélo, natation, musculation : j'ai bossé comme un malade et ça a payé. En transpirant dans mon environnement, j'étais motivé et affamé comme jamais ".Cleber Martins est un pote de longue date d'Igor de Camargo. Ils ont été ensemble à l'école de 7 à 12 ans, ils ont fait partie de la même équipe de foot et Cleber est occupé à concevoir le site Internet d'Igor. " L'école ne l'intéressait vraiment pas ", raconte Martins. " Je ne comptais pas les fois où il brossait pour aller jouer sur le terrain au bout de sa rue. Il jouait presque systématiquement avec l'équipe de la catégorie d'âge supérieure. Souvent, les adversaires de la même tranche d'âge ne voulaient pas qu'il joue, on le suspectait d'être plus vieux que l'âge admis parce qu'il était plus grand que tout le monde. Mais dès qu'il jouait avec nous, on écrasait tout sur notre passage ".l Igor de Camargo a interrompu ses vacances à Porto Feliz pour aller disputer un match de bienfaisance à Belo Horizonte, à environ 600 km plus au nord. Cette rencontre était mise sur pied par Adriano, de Mons. Il y avait du beau monde : Maxwell (Inter Milan), Caçapa (Lyon), Lincoln (Schalke), Alfonso Alves (Heerenveen). Autre passe-temps : la musique avec les potes. Pendant notre séjour, il a un rendez-vous pour aller jouer un match sur le terrain d'une maison de campagne appartenant à un copain. Avant de chausser ses studs, il pousse la chansonnette. " S'il avait échoué dans le foot, il aurait fait carrière dans la musique, comme compositeur ou comme interprète ", dit son père. " Banjo, batterie et guitare n'ont pas de secrets pour lui ". par pierre danvoye