Hervé Koffi est excité comme un gamin. En ce mercredi de mi-septembre, le Burkinabé nous ouvre les portes qui donnent accès au terrain du Stade du Pays de Charleroi. Un immense jardin qui mène naturellement à la T4 carolo. L'homme y monte les marches quatre à quatre, prend la pose et se rêve déjà en héros de ces tribunes qu'on annonce pleines pour la première fois depuis une éternité pour la réception de l'ogre brugeois en championnat. Pas plus conquis par l'ambiance glaciale du Canonnier l'an dernier que par le fiasco sportif hurlu, Hervé Koffi ne s'était pas imaginé en reprendre pour deuxième saison belge. Le Burkinabé rêvait donc naturellement tout haut d'un retour en Ligue 1, mais voulait surtout retrouver un projet crédible et à la hauteur de ses ambitions. Alors, comme tant d'autres avant lui, Hervé Koffi s'est laissé convaincre par les mots doux de Mehdi Bayat et le projet carolo qu'on nous vendrait comme révolutionnaire. Un axe jeune et ambitieux qui détonnerait presque avec ce gardien à l'ancienne, actuellement plus à l'aise quand il s'agit de jouer au félin sur sa ligne qu'au moment de s'improviser en premier relanceur dans le football d'Edward Still.
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Hervé Koffi est excité comme un gamin. En ce mercredi de mi-septembre, le Burkinabé nous ouvre les portes qui donnent accès au terrain du Stade du Pays de Charleroi. Un immense jardin qui mène naturellement à la T4 carolo. L'homme y monte les marches quatre à quatre, prend la pose et se rêve déjà en héros de ces tribunes qu'on annonce pleines pour la première fois depuis une éternité pour la réception de l'ogre brugeois en championnat. Pas plus conquis par l'ambiance glaciale du Canonnier l'an dernier que par le fiasco sportif hurlu, Hervé Koffi ne s'était pas imaginé en reprendre pour deuxième saison belge. Le Burkinabé rêvait donc naturellement tout haut d'un retour en Ligue 1, mais voulait surtout retrouver un projet crédible et à la hauteur de ses ambitions. Alors, comme tant d'autres avant lui, Hervé Koffi s'est laissé convaincre par les mots doux de Mehdi Bayat et le projet carolo qu'on nous vendrait comme révolutionnaire. Un axe jeune et ambitieux qui détonnerait presque avec ce gardien à l'ancienne, actuellement plus à l'aise quand il s'agit de jouer au félin sur sa ligne qu'au moment de s'improviser en premier relanceur dans le football d'Edward Still. Hervé, tout d'abord est ce que derrière ce bon début de saison ne se cache pas aussi un sentiment de revanche par rapport à la fin de ton aventure lilloise ? HERVÉ KOFFI : Évidemment. Je n'en ai jamais parlé avant, mais aujourd'hui, je vais être clair. Clairement, la manière dont les choses se sont terminées avec Lille me donne envie de leur prouver à quel point ils se sont trompés sur moi. Pour comprendre le sentiment qui m'habite, il faut savoir qu'avant que je parte à Mouscron, il était convenu avec Luis Campos (ancien directeur du recrutement du club lillois, ndlr) et Gérard López ( ex-président du LOSC, ndlr) qu'à la fin de mon prêt, s'il était convaincant et que Mike Maignan partait comme prévu, je revienne à Lille comme numéro 1. J'avais même resigné fin juillet 2020 un nouveau contrat jusqu'en 2024. Sauf que dans la foulée, j'ai très vite compris qu'avec les problèmes extra-sportifs et les départs annoncés de Campos et López, rien ne se passerait comme prévu. Ce qui explique que quand, à la fin du mois de septembre 2020, après mes six bons premiers matches avec Mouscron, le club de Dijon est arrivé à Lille avec une offre concrète, j'ai voulu partir. J'aurais pu quitter Mouscron pour Dijon, j'étais même super motivé à l'idée de revenir en Ligue 1, mais malheureusement le LOSC n'a jamais voulu me laisser partir. Ça m'a mis un coup, mais le discours officiel à ce moment-là, c'était que le club croyait encore en moi. Le problème, c'est que dans la foulée, comme tout le monde l'avait senti, Luis Campos et Gérard López sont partis. Finalement, fin mars, j'ai été contacté par la nouvelle direction via le président Olivier Létang, pour me dire que je pouvais me trouver un nouveau club dès l'été. Je me souviens, c'était juste après un match avec le Burkina, j'étais en Ouganda pour les éliminatoires de la Coupe d'Afrique. Quelque part, je m'attendais à cette issue, mais quand même, ce soir-là, je peux vous dire que j'ai mal dormi. Tu as disputé deux rencontres amicales début juin avec le Burkina Faso alors que ton sort n'était pas encore scellé. Techniquement, à l'époque, tu étais encore un joueur du LOSC. Comment as-tu vécu ce début d'été ? KOFFI : C'était compliqué. Après ces deux rencontres amicales contre la Côte d'Ivoire et le Maroc, je suis rentré au Burkina. J'étais en famille, avec ma femme, mes amis, on était en vacances, mais au fond de moi, je ne le vivais pas très bien. Je ressentais une forme d'inquiétude par rapport à mon avenir. Chaque jour qui passait, c'était comme une chance de passée. Et à l'époque, je dois reconnaître que je ne me voyais pas revenir en Belgique. Je voulais vraiment retrouver un club en France. J'ai eu des touches à Brest, qui cherchait un gardien pour pallier l'absence de Gautier Larsonneur, qui allait partir avec l'équipe de France olympique, mais ça ne me garantissait pas à terme un poste de numéro 1. J'ai aussi eu la possibilité d'aller à Troyes, mais là aussi, c'était plus dans un rôle de numéro 1 bis. Finalement, un soir, sur Instagram, j'ai reçu un message d'Eric ( Deleu, ndlr), mon ancien entraîneur des gardiens à Mouscron. Il me disait de le rappeler très vite, que c'était urgent. En fait, il venait d'avoir un contact avec Cédric Berthelin de Charleroi, qui lui avait dit qu'il était intéressé par mon profil pour devenir le gardien numéro 1 de Charleroi pour cette saison. Initialement, je n'étais pas convaincu de vouloir rester une saison de plus en Belgique, mais là, quand j'ai entendu parler du projet autour du club, des ambitions, j'ai tout de suite accroché. En interne, il revient souvent l'idée selon laquelle tu ne serais que de passage ici. Mehdi Bayat a dit lors de ta présentation qu'il y a quelques années, jamais Charleroi n'aurait pu s'offrir des joueurs comme toi ou Adem Zorgane. Comprendre que votre valeur marchande est galopante et que vous pourriez ne pas faire de vieux os au club. Quel est ton plan de carrière à toi ? KOFFI : Je n'en ai plus depuis ce qu'il s'est passé à Lille. Moi, ce que je veux, plus que jamais, c'est jouer au foot. Dans ce sport, on sait que rien n'est impossible. Il y a quatre ans, j'ai été mis en ballottage avec un gars comme Mike Maignan. Aujourd'hui, il se retrouve à l'AC Milan. Peut-être que dans quelques mois, quelques années, il sera le numéro 1 de l'équipe de France. C'est tout ce que je lui souhaite parce que je sais que c'est un excellent gardien. Mais je sais ce que je vaux aussi. En 2017, pour ta première saison en Europe, tu as travaillé avec Marcelo Bielsa, puis Christophe Galtier, considéré aujourd'hui comme le meilleur entraîneur français en activité. Qu'est-ce que tu as appris de ces deux coaches ? KOFFI : C'était formidable pour moi de me retrouver là, mais en vrai, ça a été une saison galère sportivement, où il a fallu se battre jusqu'à la dernière journée pour le maintien. Après, en Afrique, je regardais les matches de l'OM de Bielsa avec de grands yeux, donc me retrouver à bosser avec lui au quotidien, c'était incroyable. La première fois que je l'ai vu, il m'a parlé de la CAN que je venais de disputer avec le Burkina. Il m'a montré des vidéos. À l'entendre, j'ai compris qu'il avait regardé tous mes matches. Qu'un coach comme ça s'intéresse à un joueur comme moi, qui n'avait encore rien prouvé, ça m'a touché. Dans la foulée, il m'a aussi donné sa confiance en match. Lui avait vu quelque chose en moi. Malheureusement, je n'étais peut-être pas encore prêt, donc j'ai eu du mal à lui rendre cette confiance. Mais je suis heureux d'avoir travaillé avec lui. Galtier, c'était différent. Il est arrivé alors que le club était dans une situation d'urgence. Il devait nous sauver, je ne lui en veux pas. D'autant moins que la saison suivante, lors de mon prêt au Portugal, il a continué à me donner ses impressions sur mes matches. Lui aussi, c'est un passionné. Luis Campos, qui t'a fait venir à Lille en 2017, a dit de toi que tu étais " un gardien à l'ancienne ". C'est-à-dire très fort sur ta ligne, mais qui ne participe initialement pas énormément au jeu. Presque antinomique dans le football de possession que souhaite mettre en place Edward Still. Comment se déroule ton adaptation ? KOFFI : C'est un grand changement pour moi. Dès que je suis arrivé ici, Edward m'a parlé de son idéal de gardien. C'est à dire un gardien capable de construire le jeu, d'être le premier relanceur. Je sais que je dois travailler encore davantage pour me faire à cette philosophie parce qu'elle n'a jamais fait partie des priorités de mes coaches par le passé. Au Burkina, mon formateur s'appelait Ibrahima Diarra, un ancien international burkinabé dans les années 90. J'ai appris plein de choses avec lui, mais forcément, c'est une autre génération. Il n'avait pas la même approche que les jeunes en Europe. Pour vous dire, en Afrique, je n'ai quasiment jamais travaillé mon jeu au pied. Heureusement pour moi, jusqu'à mes seize ans, j'ai évolué dans le jeu, ce qui m'a permis de développer naturellement de bonnes qualités dans le jeu au pied. Qu'est-ce qui fait qu'à un moment tu te retrouves à enfiler une paire de gants ? KOFFI : J'étais arrivé au centre de formation de Ouagadougou depuis un an, mais je ne me sentais pas très à l'aise sur le terrain. À l'époque, j'évoluais comme latéral droit, parfois dans l'axe. Parfois comme attaquant aussi. À la fin de ma première saison, Zakaria Sanogo, un ami qui est entre-temps devenu international burkinabé et qui joue aujourd'hui en Arménie, est allé voir l'un de nos coaches pour lui dire qu'il ferait bien de me tester au but parce que c'est toujours à cette place-là que j'évoluais dans les matches qu'on faisait au quartier. Et Zakaria me trouvait meilleur là ! ( Il rit). Du coup, le coach m'a appelé dans sa chambre et m'a demandé si je voulais devenir gardien de but. Tu lui as répondu quoi ? KOFFI : Que j'allais demander à mon père ( Il se marre). Parce que c'est un ancien footballeur qui était aussi entraîneur à l'époque. Il m'a dit que c'était une bonne idée et qu'il allait m'aider à devenir un bon gardien. Du coup, j'ai basculé ( Il rit). C'était un choix compliqué parce que ça voulait aussi dire que j'allais rester au centre de formation qui était à quinze kilomètres de Ouagadougou, mais à cinq heures de bus de chez moi, à Bobo-Dioulasso. Ce qui fait que je ne voyais ma famille que trois à quatre jours tous les quatre à cinq mois... Finalement, un an plus tard, je suis parti au FC Rahimo, du nom de cet ancien international qui a joué aux Pays-Bas, Rahim Ouédraogo. Ce qui représentait un double avantage : c'est là que j'ai réellement commencé à avoir une formation sérieuse au poste de gardien et ça me rapprochait considérablement de chez moi. Qu'est-ce que tu travailles cette saison avec Edward Still et Cédric Berthelin, ton entraîneur des gardiens à Charleroi, que tu ne travaillais pas par le passé ? KOFFI : L'exemple le plus concret que je puisse vous donner, c'est que l'an dernier, je ne participais pas aux petits jeux de possession à l'entraînement. Ici, le coach m'oblige - me donne l'occasion, pardon (sic) - de participer à ces exercices avec les joueurs de champ. En vrai, c'est intéressant parce qu'au-delà du fait que ça me fait progresser en tant que gardien, ça m'intègre aussi beaucoup plus à l'équipe. On parlait de Christophe Galtier et Marcelo Bielsa. Quelle est la patte Edward Still ? KOFFI : Il a réussi à créer un esprit d'équipe incroyable. Lors du match que l'on gagne à Gand ( 2-3, le dimanche 12 septembre, ndlr), on a joué 45 minutes à dix, mais ça ne s'est pas vu. On s'est déchirés les uns pour les autres, c'était beau. À la fin du match, tout le monde est venu me féliciter parce que j'avais effectué beaucoup d'arrêts, mais en vrai, c'était surtout le mérite du coach. Moi, finalement, je n'avais eu que quelques sorties aériennes importantes à faire. Pas franchement des arrêts trop difficiles à bien y regarder. C'est la preuve qu'on avait bien défendu en équipe. Globalement, je dirai qu'Edward a cette faculté à nous mettre en confiance, à créer un esprit de famille. Moi, il m'appelle " le boss ". Ce sont des petits trucs, mais quand tu es bien dans le vestiaire, tu es bien sur le terrain. L'an dernier, à la même époque, Charleroi était en tête du championnat avec 18 points sur 18. Tu sens que le groupe est désormais vacciné contre tout emballement prématuré ? KOFFI : Les vidéos le prouvent : on avance dans le bon sens. On bouge ensemble, on attaque ensemble, on défend ensemble. On sent qu'il y a quelque chose qui se passe. Je ne dis pas qu'on va être champions, je dis juste qu'il y a un état d'esprit positif. Je n'étais pas là l'an dernier, je ne sais pas ce qu'il s'est passé. Mais là, on est sur le bon chemin. On a de bons kinés, de bons préparateurs, un bon staff. Je vais vous dire un truc, je regarde toujours mes matches quand je rentre chez moi. Le match contre Gand, dans l'intensité, et c'est le mérite des deux équipes, c'était du niveau Ligue des Champions. Ton style ne se rapproche pas franchement des grands gardiens que produit le football actuel. Quels étaient tes modèles plus jeunes ? KOFFI : Quand j'étais petit, c'était Steve Mandanda. Mais là, avec l'évolution des choses, je vois que le poste change beaucoup. J'aime beaucoup regarder les autres gardiens, analyser leur jeu. J'ai bien aimé l'évolution d'un Manuel Neuer, mais je suis surtout très heureux de voir qu'Édouard Mendy soit devenu le meilleur gardien de Premier League avec Chelsea. Parce que moi, quand je suis passé gardien de but, il n'y avait pas d'autres gardiens noirs dans de grands clubs. Il n'y avait pas de Mike Maignan à l'AC Milan, d'Édouard Mendy à Chelsea ou d'André Onana à l'Ajax. Je n'avais pas de point de repère, de moyen de m'identifier à des gens qui me ressemblent. Je ne dis pas qu'il n'y avait pas du tout de gardien noir, mais il y en avait peu. Quand je suis passé gardien à seize ans, je regardais évidemment les matches de Mandanda, mais derrière, de qui aurais-je pu m'inspirer ? Il y avait bien Carlos Kameni à l'Espanyol Barcelone, Kossi Agassa à Reims ou Raïs M'Bolhi avec l'Algérie, mais c'était à peu près tout... Aujourd'hui, nous sommes de plus en plus nombreux. Je suis heureux de voir que moi aussi, à mon échelle actuelle, je peux ouvrir la route pour la génération suivante. Ça me fait plaisir. Je me dis que les mentalités évoluent. Et qu'il y a de jeunes Burkinabés qui me regardent jouer et qui se disent que désormais, c'est possible.