" Qui a dit : - Mes collègues me détestent. J'ai toujours traîné un troupeau d'envieux derrière moi. Au point que s'ils n'étaient pas là, il me manquerait quelque chose. José Mourinho ? Non, c'était HH, le légendaire Helenio Herrera, un coach génial (1910-1997) né à Buenos Aires et décédé à Venise. Rien que cet itinéraire est déjà digne d'un roman. L'Inter a été son laboratoire, sa grande équipe en tant que coach. Je rêvais de rencontrer l'I...

" Qui a dit : - Mes collègues me détestent. J'ai toujours traîné un troupeau d'envieux derrière moi. Au point que s'ils n'étaient pas là, il me manquerait quelque chose. José Mourinho ? Non, c'était HH, le légendaire Helenio Herrera, un coach génial (1910-1997) né à Buenos Aires et décédé à Venise. Rien que cet itinéraire est déjà digne d'un roman. L'Inter a été son laboratoire, sa grande équipe en tant que coach. Je rêvais de rencontrer l'Inter de HH. En 1970, Anderlecht a sorti ce club en demi-finale de la Coupe des Villes de Foires (0-1 à Bruxelles, 0-2 en Italie, deux buts de Pummy Bergholtz) et même si Herrera n'était plus à la man£uvre, l'Inter était encore totalement imprégné de la philosophie du Mage. Ses parents ont quitté l'Argentine pour se fixer au Maroc, puis en France où il joua notamment au Stade Français, à Charleville, à Roubaix, etc. Devenu entraîneur, il appliqua et perfectionna le verrou suisse. A l'Inter, le catenaccio est devenu un art gagnant avec à la clé, de 1960 à 1968, 3 titres, 2 C1, 2 Coupes Intercontinentales. L'Inter était la meilleure équipe au monde. HH, cette icône, ne laissait personne indifférent et la presse accusait parfois ce monstre du football de presser ses joueurs comme des citrons avant de les jeter à la poubelle. Vraiment ? Dans un livre de Raymond Arets qui le connaissait bien, on apprend que quand Luis Suarez est arrivé à I'Inter, en droite ligne du Barça et tout auréolé de la gloire de son titre de meilleur joueur européen 1960, HH l'avait prévenu : - Ici, c'est différent ! En Espagne, Suarez était une idole. Il ne jouait pas pour l'équipe : l'équipe jouait pour lui ; il n'allait pas au charbon : les autres y allaient pour lui. En deux ans, HH en fit le plus travailleur des milieux de terrain. Sur le terrain, avec l'Inter, Suarez était devenu un démon. Il se donnait avec une ardeur qui devait laisser rêveur les dirigeants de Barcelone. Quand le spectacle baissait d'un ton, il y allait de son slalom magique. Mais quand il était impérieux de préserver l'avantage acquis, il reculait et se battait comme un lion. Sous la férule de Herrera, Suarez le Précieux était devenu efficace. A Anderlecht, c'était différent et Pierre Sinibaldi n'a jamais demandé à Paul Van Himst de bosser comme Suarez. Paul n'aurait pas accepté. Dans le fond, n'est-ce pas un débat actuel ? Les coaches ont tous réussi à faire augmenter leur salaire en montrant mes fiches de paye à leur patron : ils devraient me remercier, disait aussi HH, ce Mourinho avant l'heure. " PIERRE BILIC