Au trois quarts de la compète, Lille mène la danse en France. Les Lillois supportent leur Lille, et un supporter heureux ne doute jamais. Ainsi lisait-on dans La Voix du Nord après la victoire belge en Autriche : " Imaginez un coach aux idées bodybuildées dans le vestiaire du Barça, qui viendrait dire à LionelMessi avant un quart de finale de Ligue des Champions : - Bon, Lio, tu débutes sur le banc. C'est un peu ce que vit Eden Hazard, le joyau de la couronne belge, qui a vu sa sélection gagner sans lui. La merveille du LOSC redevient simple porteur d'eau quand il retrouve le plat pays qui est le sien... Comment cela est-il possible ?"
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Au trois quarts de la compète, Lille mène la danse en France. Les Lillois supportent leur Lille, et un supporter heureux ne doute jamais. Ainsi lisait-on dans La Voix du Nord après la victoire belge en Autriche : " Imaginez un coach aux idées bodybuildées dans le vestiaire du Barça, qui viendrait dire à LionelMessi avant un quart de finale de Ligue des Champions : - Bon, Lio, tu débutes sur le banc. C'est un peu ce que vit Eden Hazard, le joyau de la couronne belge, qui a vu sa sélection gagner sans lui. La merveille du LOSC redevient simple porteur d'eau quand il retrouve le plat pays qui est le sien... Comment cela est-il possible ?" Là, on arrête, y a au moins trois bêtises dans ces trois phrases. Primo, Georges Leekens n'est pas un coach bodybuildé. C'est un mec d'expérience qui sait que, pour forger un résultat, on ne doit pas aligner que des gars qui déchaînent l'enthousiasme : même que dans le foot contemporain, la recette pour gagner est plutôt trois enthousiasmants + sept bosseurs sobres que l'inverse. Mieux valait gagner en Autriche sans Hazard qu'y perdre avec lui, eût-il même été le plus brillant : l'entraîneur qui gagne a toujours raison. La seule maladresse de LongCouteau fut de justifier l'éviction d'Eden au profit de Nacer Chadli par un besoin de taille et de physique face aux Autrichiens... laissant supposer qu'il aurait ensuite absolument besoin du Lillois pour perforer le bastion azerbaïdjanais ! Deuzio, Hazard n'est pas à Lille le pendant de Messi au Barça. Rien que sans ballon, l'Argentin bouffe plus de mètres en emmerdant les défenseurs. Mais avec ballon, l'efficacité de Messi est infiniment supérieure, les chiffres sont impitoyables : 27 buts et 15 passes décisives en championnat d'Espagne pour l'un, 6 buts et 7 passes décisives pour l'autre. Du point de vue du réalisme, Messi mène le trio d'attaque catalan, parvenant à buter d'avantage que Pedro ou David Villa. Hazard, s'il en est la merveille, n'est pas le réaliste du trio d'attaque lillois : Moussa Sow n'a qu'un assist mais il a planté 19 buts, Gervinho affiche 12 buts et 8 passes décisives. Hazard est un jeune joueur fantastique à regarder quand, sur 20 ou 30m, il parvient à perforer dans de petits espaces, via des enchaînements d'une vitesse incroyable. Mais ça passe ou ça casse : et il peut y avoir du déchet quand la vista se restreint, lorsqu'Eden est à fond la caisse. Chadli ne sait pas perforer comme ça mais... quand ça ne passe pas, ça casse moins ! Nacer défie en un contre un, plutôt à l'arrêt au départ, buste droit : soit il efface l'adversaire, soit il réalise qu'il ne l'effacera pas, et préfère céder le ballon ou le balancer au point de péno. C'est moins spectaculaire, ce n'est pas moins utile. Tertio, Hazard n'est pas le joyau de la couronne. Question foot, la couronne (branlante) d' Albert II compte six ou sept jeunes bijoux offensifs devant encore tous confirmer au top. Eden est l'un d'eux, et tous ne seront pas élus le jour où nous brilleront au firmament du Mondial : au Lillois de bosser car, quand on s'appelle Eden et Hazard, on ne peut pas ignorer que le paradis est aléatoire ! Eden est titulaire dans un fort bon club, mais qui n'est pas grand club au point de l'instituer Diable-Rouge-les-doigts-dans-le-nez. Il est né en janvier 1991, c'est-à-dire deux grosses années après Chadli (qui était sûrement moins lucide à 20 ans) et trois grosses années après Messi (dont les stats n'ont vraiment explosé qu'en 2009). C'est encore un môme... qui vient même d'en faire un, laissons le mûrir et pouponner, faut pas tout demander à la fois ! Mais le dilemme d'Eden est tout entier dans la remarque paradoxale de Marc Wilmots : " Il faut peut-être qu'il s'amuse moins, même si c'est ce qui fait sa force. " Quant à un clash Scifo-bis entre Leekens et la presse francophone, il est peu probable. Hazard semble savoir écraser, il n'a pas non plus l'aura qu'avait en 1998 Enzo. Et Leekens n'est plus dans le même contexte, quand Wilmots était son titulaire wallon perdu parmi les Flamands. Communautairement, le noyau actuel est équilibré : et quand on se passe de Hazard, c'est pour aligner les francophones Chadli, Axel Witsel, Jona Legear, Kevin Mirallas... sans compter ceux de la défense ! Les dents de l'amer ne grincent plus autant. PAR BERNARD JEUNEJEANAvec Eden, ça passe ou ça casse : il peut y avoir du déchet quand la vista se restreint...