Beaucoup de monde, samedi midi, pour prendre l'Eurostar à la gare de Bruxelles-Midi. Dans un coin, appuyé sur un trolley à l'abri des regards, Marc Wilmots discute tranquillement le coup avec Fred Waseige. Notre chroniqueur et le sélectionneur national vont voir le même match : Chelsea - Manchester City. Vital Borkelmans, l'adjoint de Wilmots, est là aussi. Deux paires d'yeux voient plus de choses qu'une seule et, avec trois Diables Rouges sur le terrain, ce n'est pas du luxe. " Demain, nous allons voir Arsenal - Aston Villa ", dit Borkelmans à notre confrère de Sporting Telenet Filip Joos avant de faire l'éloge du joli parc qui jouxte leur hôtel où, comme à son habitude, il ira courir le dimanche matin avant d'aller voir jouer Christian Benteke.
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Beaucoup de monde, samedi midi, pour prendre l'Eurostar à la gare de Bruxelles-Midi. Dans un coin, appuyé sur un trolley à l'abri des regards, Marc Wilmots discute tranquillement le coup avec Fred Waseige. Notre chroniqueur et le sélectionneur national vont voir le même match : Chelsea - Manchester City. Vital Borkelmans, l'adjoint de Wilmots, est là aussi. Deux paires d'yeux voient plus de choses qu'une seule et, avec trois Diables Rouges sur le terrain, ce n'est pas du luxe. " Demain, nous allons voir Arsenal - Aston Villa ", dit Borkelmans à notre confrère de Sporting Telenet Filip Joos avant de faire l'éloge du joli parc qui jouxte leur hôtel où, comme à son habitude, il ira courir le dimanche matin avant d'aller voir jouer Christian Benteke. Arrivés à St Pancras, nos chemins se séparent. Les coaches disparaissent dans la cohue et nous nous enfonçons dans les couloirs du métro. Des groupes de fans de Chelsea et de Manchester City chantent à tue-tête et se charrient gentiment dans une excellente ambiance. Le premier Belge que nous rencontrons à notre arrivée à Stamford Bridge, c'est le car des joueurs : Van Hool. Les deux équipes arrivent pratiquement en même temps à l'entrée du tunnel tandis que, derrière les grilles, les fans se pressent en espérant capter un sourire de leurs héros. En Angleterre, on n'approche pas les joueurs. Vu le casque impressionnant qu'il porte sur les oreilles, on doute d'ailleurs que Vincent Kompany entende leurs cris. Eden Hazard, lui, est déjà à l'intérieur tandis que Thibaut Courtois, toujours aussi imperturbable, descend de l'autre autocar sous les acclamations des fans. Dans la selle de presse, on aperçoit ci et là un personnage connu, comme Tore Andre Flo, ex-joueur de Chelsea, qui travaille pour la télévision norvégienne. Si on savait déjà que, question qualité de jeu et ambiance, la Premier League était au-dessus du lot, on s'aperçoit que, sur le plan culinaire aussi, la Belgique a des leçons à prendre. Ici, pas de montagne de pistolets dans la salle de presse mais un véritable repas étoilé à faire pâlir les traiteurs des loges de Jupiler Pro League. Repu, nous nous promettons d'être tendre envers ce pauvre José Mourinho. Au cours des jours précédant le match au sommet, le coach de Chelsea, visiblement irrité, a parlé de complot contre son club parce que Diego Costa avait été suspendu pour trois matches suite à une faute commise en Coupe de la Ligue face à Liverpool et non signalée par l'arbitre. Nonante minutes plus tard, on comprendra pourquoi la suspension de son attaquant embêtait tellement Mourinho. Il est près de 17 h 30, l'éclairage des tribunes s'estompe. Sur l'air de Parklife, un classique de Blur, les vingt-deux gladiateurs pénètrent dans cette arène féérique. Dès le coup de sifflet initial, City prend l'initiative. On joue depuis une minute à peine et Sergio Agüero teste déjà les poings de Courtois. Quelques instants plus tard, Kompany passe Hazard dans un duel endiablé. A la demi-heure, une perte de balle du même Kompany au profit de Loïc Rémy permet à Chelsea de se créer sa première occasion. Peu avant le repos, c'est encore Kompany qui décide de ne pas tendre la jambe sur une jolie passe de Hazard, Rémy en profitant pour placer facilement son équipe au commandement. Une avance flattée et de courte durée car, dans les dernières secondes, Courtois manque son intervention sur un centre et David Silva dévie l'envoi d'Agüero dans le but londonien vide. Les deux équipes sont de nouveau à égalité au marquoir mais le nombre de coups de coin en dit long : 1-6. La deuxième mi-temps compte pour des prunes. Chelsea qui, outre Costa, est aussi privé de Cesc Fabregas, blessé, refuse de sortir et ne lâche rien. City est la seule équipe à véritablement vouloir s'imposer mais, hormis une fois, elle n'arrive pas à mettre véritablement Courtois à l'ouvrage. Le match n'est pas vraiment ennuyeux mais il faut tout de même attendre la 76e minute pour voir un fait saillant. C'est en effet à ce moment que Manuel Pellegrini lance Frank Lampard dans la bataille. Ici, pas de tifo arborant une tête décapitée mais une standing ovation qui étouffe largement les quelques coups de sifflet. C'est la première fois depuis son départ que l'icône de Chelsea revient à Stamford Bridge. Sous le maillot d'un adversaire, donc. Et cela dix-sept ans jour pour jour après son premier match, fait remarquer Filip Joos. Plus tôt dans la saison, à Manchester, c'est lui qui avait égalisé contre ses anciennes couleurs. Un but qu'il avait refusé de célébrer de façon ostentatoire. Cet après-midi, ces images avaient défilé en boucle sur le seul écran TV de la salle de presse. Mais cette fois, Lampard n'a pas la solution. Dans le camp d'en face, Mourinho lance Didier Drogba, qui est de la même génération que Lampard. En vain. En fin de match, City fait le siège du rectangle londonien. Pellegrini se dit que c'est le moment de faire entrer Edin Dzeko mais il retire Agüero. " Cela montre qu'il pense qu'un nul n'est pas si catastrophique que ça ", dit Joos. Mourinho réagit en remplaçant Rémy par Gary Cahill. " Histoire de resserrer encore un peu plus les rangs ", assure Joos. " Mourinho n'a aucune vergogne. " Chelsea est dos au mur, la tension est à son comble. " Chelsea craque, City mériterait de l'emporter ", dit le commentateur de Sporting Telenet. Mais le score ne changera plus. Alors que tous les joueurs sont rentrés, Lampard effectue encore un tour d'honneur. Super Frankie Lampard, peut-on lire sur une banderole bien plus belle que celle de Steven Defour. Avec ce nul, c'est la première fois de la saison que Chelsea perd des points à domicile. Manchester City n'est d'ailleurs que la troisième équipe à avoir marqué à Stamford Bridge, après Swansea et Queens Park Rangers. Le genre de petites statistiques que Joos glisse habilement en cours de match. Mais la plus intéressante, c'est celle-ci : une équipe entraînée par Mourinho n'a jamais terminé plus bas que la place qu'elle occupait au premier janvier. Si cette tendance se confirme, le champion est donc déjà connu. Chelsea a franchi le Nouvel An en tête à égalité de points avec Manchester City après l'humiliation subie à Tottenham (5-3). Par la suite, les tenants du titre ont gaspillé. Avant de se rendre à Chelsea, ils se sont ainsi inclinés 0-2 face à Arsenal. Le match terminé, il faut patienter longtemps avant que les entraîneurs arrivent en salle de presse. Depuis que le Portugais a succédé à l'Argentin à la tête du Real Madrid, en 2010, Mourinho et Pellegrini sont loin d'être amis. Les journalistes présents tentent de jouer sur la corde de la haine pour arracher à Pellegrini une phrase savoureuse mais l'entraîneur garde la tête froide. " Nous avons tout fait pour gagner, de la première à la dernière minute. Nous avons eu suffisamment d'occasions pour ramener plus qu'un point face à une équipe qui a joué très bas. " On lui demande encore s'il s'attendait à ce que Chelsea recule à ce point. " Les deux équipes ont leur style. Aujourd'hui, on n'a pas vu un écart de cinq points entre les formations en présence ", répond Pellegrini, qui évite ostensiblement les questions qui fâchent. " Je ne suis pas là pour parler de Chelsea. Je ne dis donc pas que Chelsea a joué pour un point mais que nous avons joué pour les trois. " Et il s'en va. Nous ne verrons pas Mourinho. Le coach de Chelsea semble poursuivre son boycott de la presse et pose un lapin. Le lendemain matin, The Mail on Sunday ne s'en affligera pas. " Merci de la fermer, José ", titre le journal. Un titre qu'on peut prendre à la lettre. Le journal dominical ne se montre pas tendre non plus envers la prestation de Chelsea face à City. " José a mis le bus devant son but ", écrit-il, paraphrasant ainsi Mourinho qui avait un jour utilisé cette expression à l'égard de Jacques Santini qui était venu arracher un 0-0 à Stamford Bridge avec Tottenham. Chelsea n'a tiré que trois fois au but. A en croire les statistiques, il y a onze ans que cela n'était plus arrivé. " On a assisté à une épreuve de force entre deux blocs ", dit Joos après avoir envoyé un message à Jan Boskamp, son copain de l'émission Extra Time, présent au stade également. " Le genre de match plus amusant à vivre au stade que devant son téléviseur. Au stade, on a une vue plus large et cela permet d'apprécier ce que Chelsea a fait, sans être émerveillé pour autant. Jouer aussi défensivement chez soi, ça reste détestable. Mais on peut tout de même apprécier le fait qu'une équipe laisse aussi peu d'occasions à son adversaire. " Pour Joos, l'absence de Costa a surtout permis de voir l'importance qu'il a prise dans cette équipe de Chelsea. Il estime que Rémy n'est pas assez fort et que Drogba est trop vieux. " Costa vaut de l'or pour Mourinho. Et pour Hazard aussi, d'ailleurs. Car il crée plus d'espaces que Rémy. En tout cas, ce match prouve que la lutte pour le titre reste ouverte. Ce Chelsea-là peut très bien être battu chez lui par Arsenal ou Liverpool. " Sans livrer un grand match, les trois Belges ont joué un rôle prépondérant dans le résultat, samedi. " Sur le but, Courtois a commis une petite erreur à laquelle il ne nous a pas habitués ", dit Joos. " Hormis cela, il a effectué quelques belles interventions, surtout lorsqu'il s'est déployé devant Agüero, qui a tiré à côté. Aujourd'hui, on n'a pas vu le meilleur gardien du monde mais la veille, Manuel Neuer ne l'était pas non plus : il en a pris quatre ! " Kompany était incertain avant ce match. Les matches qu'il a disputés depuis son retour de blessure n'ont pas été couronnés de succès. " Il a très bien commencé puis il y a eu cette glissade sur le flanc devant Rémy et le but ", dit Joos. " Il aurait dû se jeter sur le ballon sur ce centre de Hazard, même s'il risquait de marquer contre son camp. Personne ne le lui aurait reproché car Rémy ne pouvait pas rater. " Pour Joos, c'est la confirmation d'une évolution dans le chef du capitaine des Diables Rouges. " Il devient de plus en plus un défenseur physique. Ce n'est plus le jeune joueur qui anticipait à Anderlecht. J'ai été frappé par le fait que, contrairement à Martin Demichelis, il ne s'est pratiquement pas occupé de la relance. Pas parce qu'il était pris mais parce qu'il court encore après sa meilleure forme. Il se retient. Il faut dire qu'il y avait déjà pas mal de monde et peu d'espace devant lui. " Conclusion ? " Un match correct, sans plus. " Reste l'homme de l'assist sur le but londonien. " Je pense que Wilmots et Borkelmans seront très satisfaits de la prestation de Hazard ", sourit Joos. " A la 80e minute, il est encore allé rechercher Bacary Sagna qu'on venait justement de faire entrer pour le tenir. Son assist - du gauche, ce qui n'est pas évident pour lui - justifie son salaire dans ce genre de match, surtout pour une équipe comme Chelsea. Quant à sa deuxième mi-temps, elle résume le dilemme Hazard : est-ce sa faute si on ne l'a plus vu ou celle de l'équipe qui n'arrivait plus à sortir ? Moi, je l'aurais fait jouer en dix, dans l'axe, histoire de permettre à l'équipe de respirer. Mais Mourinho ne l'a pas fait. J'en suis encore davantage convaincu après ce match : Hazard doit partir. Il est certain qu'il a beaucoup appris au contact de Mourinho : ce qu'il a fait samedi, il ne le faisait pas avant que le Portugais ne débarque à Chelsea. Son volume de jeu défensif a fortement augmenté mais moi, je veux le voir jouer offensivement dans une équipe qui attaque plus que Chelsea. Ceci dit, je pense que Wilmots se frotte les mains : il sait désormais qu'en quart de finale de l'Euro, il pourra demander à Hazard de courir derrière Sagna. " PAR JAN HAUSPIE, À LONDRES " Jouer aussi défensivement chez soi, ça reste détestable. Mais on peut tout de même apprécier le fait qu'une équipe laisse aussi peu d'occasions à son adversaire. " Filip Joos