Michel Renquin (57 ans) est un des quatre Diables Rouges (avec Jean-Marie Pfaff, Eric Gerets et Jan Ceulemans) à avoir écrit les deux plus belles pages de notre foot : il était titulaire en finale de l'EURO 80 et en demi-finale de la Coupe du Monde 86. " Oui, j'en suis fier ", avoue cet Ardennais réinstallé à deux pas de Sclessin après 20 ans en Suisse. Le Standard est toujours le club de son coeur, même si sa troisième et dernière expérience là-bas, comme adjoint de Johan Boskamp, s'est terminée dans la douleur en 2006 (voir encadré).
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Michel Renquin (57 ans) est un des quatre Diables Rouges (avec Jean-Marie Pfaff, Eric Gerets et Jan Ceulemans) à avoir écrit les deux plus belles pages de notre foot : il était titulaire en finale de l'EURO 80 et en demi-finale de la Coupe du Monde 86. " Oui, j'en suis fier ", avoue cet Ardennais réinstallé à deux pas de Sclessin après 20 ans en Suisse. Le Standard est toujours le club de son coeur, même si sa troisième et dernière expérience là-bas, comme adjoint de Johan Boskamp, s'est terminée dans la douleur en 2006 (voir encadré). Tout à fait. C'est magnifique, ce qu'on voit. Les jeunes de maintenant font souvent des choses qu'on faisait moins de mon temps : sortir, boire, se bagarrer éventuellement. Mais les soirs où les Diables jouent, on en voit plein qui se griment comme si c'était le carnaval et font la fête au Heysel. Il y a aussi toutes ces familles dans le stade. On sent à fond qu'il y a un manque terrible, après plus de 10 ans sans tournoi. Cette ambiance me renvoie dans les années 80, à des matches-couperets contre le Portugal, l'Ecosse, la France, les Pays-Bas. Je constate une euphorie proche de celle de notre retour du Mexique. Nous avions joué une demi-finale de Mondial, on voit aujourd'hui une ferveur comparable alors que les Diables ne sont pas encore qualifiés. Qu'est-ce que ça donnera s'ils vont au Brésil ? Et s'ils commencent à gagner des matches là-bas ? Se croire plus beau ou plus fort qu'on ne l'est, tomber dans l'excès de confiance. Mais Marc Wilmots fait très bien son boulot par rapport à ça, il n'arrête pas de remettre les joueurs les pieds sur terre, il est toujours là pour les calmer. Il a le bon profil pour diriger cette génération, mais il fallait oser lui confier l'équipe. Maintenant, tout n'est pas gagné parce que la Croatie va être un os dur à ronger jusqu'au bout. Il faut continuer à faire attention à tout, il y a toujours du danger quelque part. Par exemple, j'ai vu deux ou trois trucs qui m'ont un peu énervé le soir du match à Bruxelles contre la Macédoine. Quand Dries Mertens s'interroge devant les journalistes, se demande pourquoi on l'a fait sortir alors qu'il a l'impression d'avoir fait une bonne première mi-temps, je ne suis déjà plus d'accord. Il ne faut pas que ça commence ! Eternellement, non. Mais ces joueurs-là sont obligés de rester calmes dans le contexte actuel. Obligés d'être des bons soldats de l'équipe belge. Après, ça deviendra peut-être plus compliqué. Pendant les éliminatoires, je ne prévois pas de problèmes. Wilmots ne va pas hésiter. Avec son bilan, il peut se permettre de dire : -Le premier qui bouge, dehors ! Pour les joueurs qui crachent le feu dans des grands championnats mais jouent très peu avec les Diables, c'est clair que c'est dur. Mais ils doivent passer par là. Et, attends, ils ont 20 ans ou à peine plus. Ce serait différent si la même situation durait et s'ils avaient 27 ou 28 ans. Ils savent de toute façon que s'ils font les malins, et si on se qualifie, Wilmots ne les prendra pas au Brésil. Wilmots me plaisait déjà quand il était tout jeune... Quand je suis revenu au Standard en 1986 après ma première expérience en Suisse, Milan Mandaric m'a demandé conseil pour des renforts. Je lui ai cité Wilmots et je les ai mis en contact, mais il a préféré rester à Saint-Trond. Aujourd'hui, il sait contenter même les remplaçants. Quelque part, c'est normal. On a 16 points sur 18, qu'est-ce que tu veux qu'ils réclament ? Ils ont juste le droit de dire qu'ils sont heureux d'être là... Celui qui se rebellerait un peu aurait tout le monde sur le dos : les titulaires, l'entraîneur, le public, la presse. Ça changera peut-être dès qu'on perdra un match. C'est à ce moment-là qu'on verra si tous les Diables sont vraiment bons dans la tête. Je ne suis pas sûr que ça continuera à rouler. Est-ce que tout le monde aurait la force mentale nécessaire pour réagir ? De mon temps, nous avions un atout énorme : la peur d'être ridicules. Nous savions que nous étions moins doués que la plupart de nos adversaires mais nous pensions tout le temps aux conséquences d'une gifle : que va dire mon boulanger quand je vais rentrer en Belgique, comment va réagir mon copain d'enfance ? Quand tu penses à tout ça, tu décuples tes forces. Tout ça s'est perdu pendant quelques années, après la Coupe du Monde 2002. On avait l'impression que les internationaux revenaient de temps en temps pour prendre quelques jours de vacances en famille. C'étaient beaucoup de joueurs qui n'avaient pas envie de se faire mal. Aujourd'hui, ils sont bons parce qu'ils sont bons... Ils sont efficaces parce qu'ils sont doués. C'est d'abord leur talent qui les fait avancer. On verra aux prochains coups durs s'ils ont autre chose en magasin que leurs qualités footballistiques immenses. Je n'en suis toujours pas persuadé. Voilà ! Il y a la différence de talent et, ce qui en découle, une grande différence au niveau du jeu. Aujourd'hui, les Belges sont dans le camp adverse pendant 65 ou 70 % du temps, contre presque tout le monde. C'est une équipe dominante. Je vois très peu de pays européens qui sont meilleurs que nous. Il y a éventuellement l'Allemagne et l'Espagne, c'est tout. Les autres n'ont pas mieux. Ni la France, ni l'Italie, ni l'Angleterre, ni les Pays-Bas,... A mon époque, c'était complètement différent, ça se jouait pendant une heure dans notre moitié de terrain, ça travaillait énormément, il y avait une très grande discipline collective et nous sortions quand nous avions la possibilité. Nous étions souvent une équipe dominée. Et nous n'avions pas d'Eden Hazard, personne n'avait un profil comme le sien. Point de vue positionnement, il est entre Enzo Scifo et Jan Ceulemans, et il a toutes les qualités que ces deux-là avaient, ça veut tout dire : la technique, la vista et le sens de la dernière passe de Scifo ; la finition de Ceulemans. Hazard est naturellement bon, tu dirais qu'il n'a rien appris, que tout est 100 % naturel chez lui. On lui a enseigné autrefois les quelques trucs basiques que n'importe quel entraîneur peut apprendre, puis il s'est débrouillé. Personne n'a fait Lionel Messi non plus, il s'est fait lui-même. Ce sont des footballeurs naturellement extraordinaires. C'était vraiment dommage, cette polémique. Les journaux ont tartiné là-dessus, mais ce n'était même pas ce que les gens avaient envie de lire. Ils voulaient voir Hazard jouer. Ça ne serait jamais allé aussi loin, j'en suis certain. Ils auraient vite eu une bonne discussion qui aurait mis fin au conflit. Wilmots a aussi l'avantage d'être plus proche des joueurs parce qu'il y a moins de générations d'écart. La relation est différente. Il comprend mieux les jeunes, et ce sont des gars qu'il faut comprendre... Qui n'a pas fait de conneries ? Le mieux, c'est d'éviter qu'elles sortent dans le public. On n'aurait jamais dû être au courant des écarts de Michy Batshuayi et Ibrahima Cissé chez les Espoirs. J'ai eu un cas semblable quand j'entraînais les -21 suisses. Deux joueurs ont fait une escapade. Je ne les ai pas renvoyés, parce que si je l'avais fait, les journalistes se seraient posé des questions, auraient enquêté comme ils l'ont fait sur les Espoirs du Standard. Mais ils n'ont pas joué le match. Ils n'étaient même pas dans ma sélection. Je les ai expédiés en tribune et j'ai invoqué un prétexte bidon après la rencontre. Ce n'est pas allé plus loin. Et ils sont devenus deux très bons joueurs... Johann Vogel a joué au PSV, Patrick Müller est passé par Lyon et Monaco. Déjà, derrière eux, il y a Thibaut Courtois. Il est fabuleux, il est clairement dans la lignée de Christian Piot, Jean-Marie Pfaff et Michel Preud'homme. Aussi fort qu'eux, si pas plus. A son âge, les autres ne jouaient pas dans un club du niveau de l'Atletico Madrid. Pour ce qui est des backs, c'est vrai que ça a été un de nos gros problèmes pendant longtemps. Mais ceux qui jouent là maintenant sont pris dans le tourbillon de l'euphorie, de l'organisation, de l'efficacité et des résultats. Quand l'équipe monte d'un cran, en général, tout le monde grimpe d'un palier. En plus, ce sont de très bons footballeurs. S'ils avaient devant eux des joueurs moins forts offensivement, ils auraient plus de problèmes parce que nous serions plus dominés et ça se retournerait contre eux. Mais plus c'est efficace devant, moins les défenseurs latéraux sont mis en difficulté. En arrivant, je suis un pur latéral droit, oui. Mais qu'est-ce que je découvre ? J'ai Eric Gerets devant moi. Je fais quoi ? Si je veux jouer à cette place-là, je n'ai qu'une solution : changer immédiatement de club ! Très vite, Waseige me dit... que je suis gaucher mais que je ne le sais pas. Il me fait remarquer que je mange comme un gaucher. Alors, je commence à travailler mon pied gauche, en tapant le ballon contre un mur. Je me rends rapidement compte que j'ai des sensations de gaucher. Six mois plus tard, pied droit ou pied gauche, ça ne faisait plus de différence pour moi, sauf au niveau de la puissance, que je n'ai jamais eue du côté gauche. C'est fou parce que je n'ai reçu aucune formation ! Aucune ! Jusqu'à 17 ans et mon arrivée au Standard, je ne m'étais pour ainsi dire jamais entraîné. Je jouais le week-end avec mon petit club, mais j'étais au pensionnat et je ne savais donc rien faire en semaine. Mes seuls entraînements se limitaient à la sélection nationale. J'arrive au Standard un lundi sans savoir ce qu'est un entraînement, et je joue en équipe Première le dimanche ! Et il a fallu cet EURO pour que je me découvre vraiment. Il y a plein de choses qui sont sorties pendant ce tournoi, j'ai pris une confiance incroyable, je suis subitement devenu un joueur assez technique alors qu'on m'avait longtemps considéré comme un sanglier des Ardennes. Mais je n'ai jamais abandonné ce qui avait fait ma force : le mental. On disait que j'étais un joueur physique : pas du tout ! Je rentrais dedans mais j'avais par exemple un mauvais coefficient de récupération. Mes lacunes physiques m'ont empêché de percer à Anderlecht. J'y débarque en 1982, c'est Tomislav Ivic qui entraîne. Il joue avec trois défenseurs centraux et deux joueurs de couloir. Il me dit sans arrêt : -Up and down, center, shoot, to theleft, to the right. Ce n'était pas pour moi. C'est Gerets qu'ils auraient dû acheter ! J'étais loin d'avoir son physique, son explosivité, sa vitesse. Moi, je devais calculer toutes mes trajectoires, faire travailler mon cerveau pour recouper les courses et gérer mes efforts. A la fin d'un match, mentalement, j'étais mort. ?PAR PIERRE DANVOYE - PHOTOS : IMAGEGLOBE / HAMERS" Il y a des choses qui m'ont énervé après les victoires contre la Macédoine. Notamment la réaction de Mertens. Il ne faut pas que ça commence. " " Le véritable esprit des Diables, on le verra après une défaite. "