MON ARGENT DE POCHE

" Quel est le problème des plages belges ? Il faut marcher un kilomètre dans le sable avant d'arriver à la mer ! (Rires) Quand il fait beau, j'aime aller à Knokke-Heist mais si j'avais le choix, j'irais au bord de la Méditerranée. On peut y pêcher mais aussi nager dans une belle eau bleue et chaude. Gamin, à Tunis, j'allais souvent à la plage. C'était à dix minutes en transports en commun. J'aimais jouer avec des copains sur le sable, souvent pieds nus. Ceux qui jouaient bien pieds nus étaient considérés comme forts. La plage était de toute façon le terrain des meilleurs : il fallait choisir les bons coéquipiers, d'autant que nous misions souvent notre argent de poche sur nos matches. Chacun mettait l'équivalent de 2,5 euros dans le pot. Ceux qui perdaient étaient furieux. Les vainqueurs uti...

" Quel est le problème des plages belges ? Il faut marcher un kilomètre dans le sable avant d'arriver à la mer ! (Rires) Quand il fait beau, j'aime aller à Knokke-Heist mais si j'avais le choix, j'irais au bord de la Méditerranée. On peut y pêcher mais aussi nager dans une belle eau bleue et chaude. Gamin, à Tunis, j'allais souvent à la plage. C'était à dix minutes en transports en commun. J'aimais jouer avec des copains sur le sable, souvent pieds nus. Ceux qui jouaient bien pieds nus étaient considérés comme forts. La plage était de toute façon le terrain des meilleurs : il fallait choisir les bons coéquipiers, d'autant que nous misions souvent notre argent de poche sur nos matches. Chacun mettait l'équivalent de 2,5 euros dans le pot. Ceux qui perdaient étaient furieux. Les vainqueurs utilisaient l'argent pour une bonne bouffe, façon de parler : un sandwich et un cola. J'ai eu une enfance magnifique, dénuée de soucis. La plus belle période de ma vie. Sidi Bou Said est le plus beau coin des environs de Tunis, avec ses maisons bleues et blanches, comme à Santorin en Grèce. Je conseille aussi Carthage, toujours dans la banlieue de Tunis. C'est une région stratégique, d'où on a une vue de 360 degrés. Hannibal y a vécu. Son armée d'éléphants a rendu la vie dure aux Romains. Nous en sommes toujours fiers maintenant. C'est d'ailleurs pour cela que nous appelons notre équipe nationale Les Aigles de Carthage. On peut toujours voir là-bas les restes des implantations romaines. Le désert occupe le sud du pays. On y trouve des scorpions et des dromadaires. Je n'y suis allé qu'une fois et le souvenir que j'en garde, c'est le froid inouï qui envahit le désert la nuit. On peut y admirer la voûte céleste car il n'y a pas de source de lumière artificielle. Et le calme... Ce que je préfère encore, c'est Djerba. J'y ai acheté une maison, tant j'adore cette île. D'abord parce qu'il n'y a pas de radars. (Rires) Ils sont superflus. Tout le monde roule tranquillement, sans stress et en plus, il n'y a pas beaucoup d'autos. La plupart des habitants ont un quad ou un buggy. A Djerba, on est au milieu de la nature. Je m'y sens merveilleusement libre. Les gens ont conservé leurs traditions : ils se baladent parfois en djellaba. Pour presque tous les Tunisiens, c'est Tarek Dhiab le meilleur, le capitaine qui a conduit notre équipe au Mondial 1978. Mais je place Hatem Trabelsi un cran plus haut. Il a gagné la Coupe d'Afrique et a vécu de belles saisons à l'Ajax. Il a également disputé les demi-finales de la Ligue des Champions. La révolution tunisienne de 2010 a eu du bon et du mauvais. Le peuple était las des promesses et du président Ben Ali. Sous sa direction, la Tunisie était pourtant stable. Il n'y avait pas de gros problèmes. C'est pour ça que je n'ai jamais pensé qu'une révolution était nécessaire mais beaucoup de Tunisiens voyaient que d'autres peuples avaient le droit de vote, que d'autres pays évoluaient et ils voulaient également une démocratie. Finalement, la révolution a tourné à la guerre. Un sale coup pour le pays. En 2014, suite aux problèmes économiques, nous avons changé de président pour la deuxième fois en quelques années. De nos jours, si vous demandez aux gens de choisir entre l'état actuel du pays et l'ancien, ils répondent que Ben Ali aurait dû rester. Il nous assurait la sécurité. Après lui, nous avons connu des hauts et des bas de ce point de vue. Je pense notamment à l'attentat sur la plage de Sousse. Naturellement, on ne peut pas affirmer que Ben Ali aurait pu empêcher des terroristes de pénétrer en Tunisie mais il est plus facile de se faufiler quelque part à la faveur de bagarres entre deux tendances que quand un pays fait bloc. Ben Ali était un dictateur mais le pays n'était pas divisé sous sa conduite. Désormais, certains sont à droite, d'autres à gauche et certains clament : " Ceux qui ne pensent pas comme nous ne sont pas tunisiens. " La liberté d'opinion n'est un bon principe que quand le peuple peut rester uni. " KRISTOF DE RYCK