Ce 15 novembre, il y a exactement un mois que Roland Louf a repris sa fonction de directeur général de l'Excelsior Mouscron, dont il avait démissionné en septembre 2005. L'occasion de dresser un premier bilan d'un retour très controversé. On l'a confronté à des faits bien précis...
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Ce 15 novembre, il y a exactement un mois que Roland Louf a repris sa fonction de directeur général de l'Excelsior Mouscron, dont il avait démissionné en septembre 2005. L'occasion de dresser un premier bilan d'un retour très controversé. On l'a confronté à des faits bien précis... " Tout, en fait, est parti de là ", relate Louf. " Lorsque Michel Preud'homme a envisagé de redevenir l'entraîneur de l'équipe Première du Standard, il a été obligé de mettre fin à son mandat au Comité Exécutif. Un nouveau mandat francophone était donc en jeu pour les clubs de la Ligue Professionnelle. J'en ai informé l'Excelsior, car malgré ma démission comme directeur général, je représentais encore le club au comité de direction de la Ligue Pro. Mouscron avait le droit de présenter un candidat : Jacques Vandewalle, Alain Tirloit ou pourquoi pas Edward Van Daele lui-même. Ce dernier a songé à moi pour le poste. C'est dans cet objectif-là qu'on s'est revu, et dans la foulée, on a abordé la perspective de mon retour ". " J'ai toujours éprouvé un grand respect à l'égard d'Edward Van Daele. Tout comme j'ai toujours éprouvé un grand respect à l'égard de Jean- PierreDetremmerie, quoi qu'on puisse en penser. Le président m'a confié que le Conseil d'Administration avait déjà envisagé, à l'unanimité, l'idée de me faire revenir. Cela m'a surpris, mais il m'a demandé d'y réfléchir. Progressivement, l'idée a fait son chemin. Pendant ma période de réflexion, des déclarations ont déjà été faites. Certaines personnes ne voyaient pas mon retour d'un très bon £il. C'est le courage politique du président, face aux tentatives de l'opposition pour étouffer son initiative dans l'£uf, qui m'a convaincu. On ne fait jamais l'unanimité. Mais il y a certains signes qui ne trompent pas. J'ai travaillé cinq ans aux Francs Borains et ce club a essayé deux fois de me faire revenir. J'ai travaillé trois ans à La Louvière et ce club a essayé dix fois de me faire revenir. Et j'ai travaillé 16 mois à Mouscron et ce club... est parvenu à me faire revenir. Je ne dois donc pas avoir effectué du si mauvais boulot ". " C'est Jean-Pierre Detremmerie lui-même qui m'avait demandé, en juin 2005, de faire partie du triumvirat avec Edward Van Daele et FrancisD'Haese. Et aujourd'hui, c'est le même Conseil d'Administration, avec lui en moins, qui m'a demandé de revenir. On a eu, c'est vrai, quelques altercations verbales dans le passé, mais de là à exprimer un tel dégoût à mon égard ? Il a déclaré qu'il ne prendrait plus place dans la tribune d'honneur aussi longtemps que je serais là. Lorsqu'il a rendu ses abonnements, il a déclaré qu'il y en avait un pour LaurentDenis et un pour PaulPut. J'ai du mal à comprendre qu'un homme de son envergure puisse faire de telles déclarations dans les médias. Comment expliquer cette haine un peu... corse, dans le bastion de la Wallonie picarde ? A la limite, il se décrédibilise lui-même. Mais soit : on vit dans un pays démocratique et il est libre de s'exprimer. J'essaie de prendre ses déclarations de manière positive. A la limite, je suis flatté qu'il focalise autant sur ma personne. Je n'avais jamais osé imaginer que j'avais une telle importance à ses yeux ". " Ce que j'ai fait durant mon année sabbatique ? D'abord, un peu me ressourcer. Lorsqu'on pratique le métier qui est le mien, on a tendance à délaisser sa vie privée. J'ai pris du plaisir à découvrir d'autres choses que le football. Et lorsque, malgré tout, j'allais voir un match, c'était en France, aux Pays-Bas ou en Allemagne. Rarement en Belgique. J'ai parfois ri sous cape aussi, je dois l'avouer. J'ai trouvé amusant de constater que ceux qui m'avaient critiqué après mon départ ont été contredits par les faits. L'entraîneur que Detremmerie m'avait imposé en juin 2005 (ndla, Geert Broeckaert) a été limogé après trois mois, et celui qui lui a succédé a atteint la finale de la Coupe de Belgique (ndla, Gil Vandenbrouck) avec un groupe que j'avais, en grande partie, constitué. J'ai vécu tout cela d'assez loin, mais cela ne m'a pas empêché de savourer. Et surtout, ce qui nous est arrivé de plus beau, à mon épouse et à moi : pendant cette année d'abstinence footballistique, notre couple a vécu la réalisation de ce qui sera un futur enfant au mois de mars. Je serai donc papa... à 47 ans ". " Avant mon arrivée, il y a eu l'épisode des investisseurs anglais. J'ai vu le reportage réalisé par la BBC sur eux, mais comment trier le vrai du faux ? Toujours est-il que cette piste a avorté. Il y a eu, ensuite, l'alternative présentée par Detremmerie, avec les investisseurs kazakhs. Van Daele a été clair dès le début : il n'a pas voulu cautionner la vente du club, en renonçant à l'identité et au patrimoine, sans connaître la véritable origine des fonds. Cette piste-là a donc avorté, elle aussi. Et maintenant ? Il faudrait, idéalement, trouver 1,2 million d'euros avant la fin de l'année civile. Une campagne d'affichage va être lancée, pour essayer de sensibiliser les entreprises de la région, sous le slogan Faire de l'Excelsior, un Excel fort ". Et si ces pistes n'aboutissent pas ? Faudra-t-il, comme certains le laissent entendre, vendre à tout prix AdnanCustovic, KevinHatchi et... DaanVanGijseghem lors du mercato hivernal ? " S'il y a une possibilité réelle de matérialiser financièrement le départ d'un joueur, on étudiera l'offre. Mais aujourd'hui, ce n'est pas le cas. On aimerait, après deux années de gros efforts, pouvoir garder le groupe en place. Mais sera-ce possible ? " " Il y aura toujours une implication de la Ville, ne serait-ce que parce qu'il y a des installations communales qui sont là : Futurosport et autres. Mais on préférerait pouvoir gérer le club comme une entreprise, en rendant chacun responsable de son job, par rapport à ce qu'on lui paie ". " À ceux qui m'ont reproché d'avoir fait perdre au club son âme et son identité, je réponds : - Valait- ilmieuxperdrel'âmeetl'identité, ouperdreleclubtoutcourt ? On a sauvegardé le club, en mettant en place la seule et unique gestion sportive et financière possible. Il fallait se séparer des gros contrats, rentabiliser au mieux la vente des joueurs, essayer de passer au travers pendant deux ou trois saisons en réduisant la masse salariale, puis reconstruire petit à petit. Ce que certains ont eu tendance à considérer comme un échec constitue, à mes yeux, une... réussite. Regardez ce qui est arrivé aux au-tres clubs qui ont dû se séparer de leurs meilleurs joueurs : La Louvière est en D3, et si le Lierse est toujours en D1, il détient la lanterne rouge. Mouscron s'est maintenu et a failli être européen, via la Coupe de Belgique. J'ai acheté 12 joueurs, en juin 2005 ? D'abord, je n'ai pas acheté 12 joueurs, mais engagé 12 joueurs. Car, sur les 12 joueurs engagés, 10 étaient libres. Au total, j'ai dépense entre 55 et 60.000 euros. Je n'avais pas d'autre solution. Tout avait été bloqué jusqu'au 10 juin par Detremmerie, qui demandait d'attendre parce qu'on allait trouver des investisseurs et avoir un nouveau président. Je me suis donc retrouvé le 10 juin avec 12 joueurs sous la main, dont MarcinZewlakow qu'il fallait vendre et GrégoryLorenzi qui faisait pression pour partir. Aujourd'hui, lorsque je fais le bilan des 12 joueurs engagés, je constate que : PatriceLuzi, arrivé gratuitement, a rapporté de l'argent (même s'il a rapporté trop peu à mon goût) ; DavidGrondin est devenu un titulaire indiscutable ; MustaphaOussalah l'était également jusqu'à sa grave blessure encourue en janvier ; GeoffrayToyes est devenu le patron de la défense ; Kevin Hatchi est l'un de ceux qui représentent le mieux le capital-joueurs du club ; SébastienGrimaldi, longtemps blessé, est en train de prouver qu'il a le niveau ; Adnan Custovic a été le meilleur buteur du championnat pendant les huit premières journées ; KarimFellahi est davantage qu'un joker intéressant ; et SteveDugardein n'est plus à présenter. Parce que l'entraîneur en place s'est révélé incapable de trouver la bonne combinaison pour former une équipe avec tous ces nouveaux joueurs, on a mis en cause la qualité du recrutement. C'est quoi, cette blague ? " " Je n'ai jamais eu aucune aversion vis-à-vis du Futurosport. Simplement, je me dis : c'est vrai que Mouscron dispose d'un outil fantastique, encore faut-il le faire fonctionner et j'ai un souci. Entre le Futurosport et l'équipe Première, le club doit adopter une politique sportive cohérente, avec des gens qui travaillent ensemble et qui ont la même vision. Malheureusement, depuis trop d'années, cette chaîne sportive est minée par des conflits d'influence et des petites guerres de clans. Il faudra donc se poser des questions essentielles, par exemple : que fait-on au niveau de la post-formation, pour aider le gamin à franchir le cap des 18 ou 20 ans qui se révèle souvent infranchissable en Belgique ? Que fait-on au niveau de la détection des jeunes talents ? A quoi sert-il d'aller chercher en France des joueurs de 17 ou 18 ans, pour lesquels on devra payer une lourde indemnité de formation à leur club d'origine, le jour où on les mettra sous contrat professionnel ? Que veut-on par rapport au nombre d'équipes : relever le niveau ou faire essentiellement du social ? Actuellement, il y a une cinquantaine d'équipes. Elles ont coûté 600.000 euros par an, depuis dix ans. Combien ont-elles rapporté ? Le club a vendu JonathanBlondel pour une belle somme à Tottenham, mais à part cela ? Il faudra donc faire des choix de stratégie, mais aussi des choix au niveau des personnes, pour que tout le monde tire sur la même corde. Vous savez, depuis mon arrivée à Mouscron, j'ai vu jouer beaucoup de jeunes joueurs et je me suis intéressé à trois d'entre eux. Le premier joueur dont j'ai prolongé le contrat, à mon arrivée et sur les conseils de PhilippeSaint- Jean, ce fut PacoSanchez. Avant de partir, j'ai également prolongé le contrat de Daan Van Gijseghem, au terme d'âpres négociations avec son agent. Le troisième joueur auquel je me suis intéressé, c'est BastienChantry, dont j'ai également prolongé le contrat mais en lui conseillant d'aller jouer une saison en D2 pour s'aguerrir. Comme par hasard, ce sont les trois jeunes qui sont actuellement titulaires en équipe Première. Tous les autres issus du Futurosport, et dont on m'avait également vanté les mérites, jouent aujourd'hui en D3. Dans ce domaine-là aussi, j'ai l'impression que je ne me suis pas beaucoup trompé ". DANIEL DEVOS