" Tout le monde se souvient avec émotion du brillant Mondial 86 des Diables Rouges au Mexique. Il y a 25 ans, j'ai eu la chance en tant que consultant de suivre cette aventure de près. J'ai souvent logé à l'hôtel des Diables. Seize ans auparavant, en 1970, j'étais un des joueurs de Raymond Goethals lors du premier Mondial mexicain. Les différences entre les deux époques étaient énormes. Goethals avait son équipe, globalement plus douée que celle de 1986, mais elle s'est disloquée sur place, em...

" Tout le monde se souvient avec émotion du brillant Mondial 86 des Diables Rouges au Mexique. Il y a 25 ans, j'ai eu la chance en tant que consultant de suivre cette aventure de près. J'ai souvent logé à l'hôtel des Diables. Seize ans auparavant, en 1970, j'étais un des joueurs de Raymond Goethals lors du premier Mondial mexicain. Les différences entre les deux époques étaient énormes. Goethals avait son équipe, globalement plus douée que celle de 1986, mais elle s'est disloquée sur place, emportée par l'ennui et les tensions. Nous y avons passé cinq semaines en prison avec interdiction de piquer une tête dans la piscine. Les autres teams avaient droit à des barbecues, assistaient à des corridas, etc. Guy Thys a géré l'aventure mexicaine de façon très différente. L'Anversois adorait passer ses vacances à la Côte d'Azur et connaissait les bienfaits du soleil, le dolce farniente après une journée de travail. Je ne sais pas s'il aurait réalisé de meilleurs résultats que Goethals en 1970 mais l'ambiance aurait été plus sereine. Thys était un entraîneur moderne, en avance sur son temps, qui savait unir son groupe. Contrairement à Goethals, son équipe n'était pas façonnée quand il débarqua au Mexique et il prit la décision de renvoyer deux joueurs importants au pays : Erwin Vandenbergh (blessé) et surtout René Vandereycken, qui faisait le difficile et contestait les options tactiques. Guy n'était pas qu'un fumeur de havanes : il savait aussi trancher dans le lard. Son équipe s'est mise en place après ces décisions radicales. Bon-papa Guy était rusé et il avait l'art de susciter l'adhésion, de provoquer la discussion avec les joueurs qui optaient eux-mêmes pour la solution qu'il avait en tête. Quand je vois l'importance que les grands coaches actuels accordent à la psychologie de groupe, je me dis que Thys serait encore à la page en 2011. On oublie parfois qu'il fut un excellent attaquant (Beerschot, Daring de Bruxelles, Standard, CS Bruges, Lokeren, deux caps comme Diable Rouge) et que son père, Yvan, était une des stars du légendaire Beerschot des années 20 (quatre titres nationaux, 20 sélections internationales). Avant de devenir coach (joueur-entraîneur à Moustier, T1 au CS Bruges, à Lokeren, Wezel, Herentals, Beveren, Union Saint-Gilloise, Antwerp, équipe nationale), il exerça le métier de marchand de houille dans l'entreprise de son père. Un métier très utile car sur les terrains de foot, ce fin psychologue (1922-2003) savait aussi faire la différence entre un joueur brillant comme l'anthracite et un footballeur incapable d'aller au charbon. " PIERRE BILIC