La nouvelle saison commencera sans un tout grand nom du foot belge : Guy Thys. Votre avis sur l'homme ?

Georges Heylens : Nous avons perdu un grand gentleman, un homme qui savait rester lui-même en toutes circonstances. Je l'ai régulièrement côtoyé et je ne l'ai jamais entendu élever la voix ou critiquer qui que ce soit. J'ai notamment vécu un mois dans son sillage à la Coupe du Monde 86 au Mexique, où j'étais consultant. Il m'a frappé par l'attention discrète qu'il portait à chaque joueur. Il savait prendre ses hommes dans un coin au bon moment quand il devait leur tenir un discours important. Avant le dernier match de poule, contre le Paraguay, tout le monde en Belgique était convaincu que les Diables pouvaient déjà préparer leur valise, on parlait d'une équipe totalement démotivée. Guy Thys, lui, était extraordinairement serein. Il a toujours é...

Georges Heylens : Nous avons perdu un grand gentleman, un homme qui savait rester lui-même en toutes circonstances. Je l'ai régulièrement côtoyé et je ne l'ai jamais entendu élever la voix ou critiquer qui que ce soit. J'ai notamment vécu un mois dans son sillage à la Coupe du Monde 86 au Mexique, où j'étais consultant. Il m'a frappé par l'attention discrète qu'il portait à chaque joueur. Il savait prendre ses hommes dans un coin au bon moment quand il devait leur tenir un discours important. Avant le dernier match de poule, contre le Paraguay, tout le monde en Belgique était convaincu que les Diables pouvaient déjà préparer leur valise, on parlait d'une équipe totalement démotivée. Guy Thys, lui, était extraordinairement serein. Il a toujours été d'un optimisme naturel. C'était un philosophe. Il n'a laissé que de bons souvenirs partout où il est passé. Très important aussi : il passait très bien dans les deux communautés. Combien d'entraîneurs nationaux y sont encore parvenus après lui ? Pratiquement aucun. Ses successeurs n'ont pas compris qu'il fallait travailler étroitement avec la presse pour créer et entretenir une bonne relation. Dans un passé récent, il y en a qui ne toléraient aucune critique et cherchaient systématiquement l'affrontement. Thys, lui, avait saisi qu'un entraîneur national devait accepter les commentaires négatifs à partir du moment où il acceptait les éloges quand tout allait bien. Les hommages qu'on lui a rendus depuis l'annonce de son décès prouvent à suffisance qu'il était apprécié par tout le pays. On lui a consacré plus d'articles qu'à un ministre qui s'éteint : c'est justifié. J'ai vu des Louviérois bien en jambes en première mi-temps. Ils ont laissé peu d'initiatives aux champions et le 0-1 après trois quarts d'heure était mérité. Bruges s'est montré plus dangereux en seconde période mais il lui a quand même fallu un coup franc pour égaliser. Je verrais bien La Louvière devenir une des bonnes surprises du championnat. Mais sans pouvoir viser le Top 5 évidemment, parce que son banc est trop limité par rapport à celui des favoris traditionnels. Le Sporting a assuré le strict minimum par rapport à ce qu'on était en droit d'attendre de lui. En face, ce n'était pas lourd du tout. A mille lieues des bons clubs roumains qu'on a connus autrefois. Je n'ai jamais senti le Rapid capable de battre Anderlecht. Si l'équipe de Rednic est aussi médiocre lors du match retour de ce mercredi, ce sera une balade de santé pour les Mauves. Le Sporting a-t-il eu assez de tests sérieux lors de la campagne de préparation ? C'est bien d'affronter des clubs de Promotion pour faire plaisir à leurs dirigeants, mais comparez le programme d'avant-saison de Bruges avec celui d'Anderlecht. Les Flandriens ont pris des claques, mais ils savent au moins où ils en sont. Ce n'est pas nécessairement le cas d'Anderlecht. Le coach doit aussi prendre garde à ne pas éliminer trop systématiquement les vieux serviteurs du club. C'est un jeu dangereux parce qu'il viendra forcément un jour où il aura besoin d'eux. Je ne pense pas seulement à Zetterberg. Avez-vous vu la tête d'Ilic au moment où il quittait le vestiaire à Bucarest ? Sa moue en disait plus que n'importe quel discours. Mettre les anciens progressivement sur le côté, c'est devenu une constante au Sporting. Prenez Gilles De Bilde : qu'on ne me dise pas que c'est un paria. Si c'est le cas, pourquoi l'a-t-on fait revenir ? Les dirigeants n'ont aucune excuse : ils le connaissaient très bien. En valeur pure, sans aucun doute. Les effectifs se valent. Mais, pour qu'on assiste à une lutte digne de ce nom, il faudra que les Mauves soient présents dès les premiers matches de compétition, qu'ils n'attendent plus le mois de janvier pour enfin se réveiller. Pierre Danvoye