"Je n'ai pas peur de dire qu'on m'a foutu dehors du Standard ", lance Guy Dardenne sans une once de haine dans la voix. Il a pris du recul sur cet épisode du printemps 1976, au moment où il ponctue sa troisième saison pro au sein du noyau rouche. L'attaquant se souvient par coeur du laïus du bouillonnant secrétaire général Roger Petit dans son bureau.
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"Je n'ai pas peur de dire qu'on m'a foutu dehors du Standard ", lance Guy Dardenne sans une once de haine dans la voix. Il a pris du recul sur cet épisode du printemps 1976, au moment où il ponctue sa troisième saison pro au sein du noyau rouche. L'attaquant se souvient par coeur du laïus du bouillonnant secrétaire général Roger Petit dans son bureau. " Il m'a dit : Tu n'as pas répondu aux attentes, on ne te veut plus. Mais je vais quand même te dire une chose : jamais un joueur qui a quitté le Standard n'a réussi par après. Deux ans plus tard, je revenais jouer à Sclessin avec le maillot des Diables Rouges. " Si les deux passages du Beaurinois au Standard (1973-76 et 84-86) n'ont pas été couronnés de grandes réussites sportives, l'explication se situe peut-être en troisième mi-temps. " J'aimais et j'aime toujours bien boire un verre après les matchs. À l'époque, comme des gens de Beauraing venaient me voir à Liège, je restais à la buvette avec eux jusqu'à minuit-1 h du matin. C'était mal perçu. Pourtant, mes coéquipiers faisaient pareil... mais 20 kilomètres plus loin ! " Heureusement, ce besoin de convivialité et de célébration a seulement effrayé Roger Petit. En 1981, quand Dardenne est transféré à Bruges, les dirigeants lui assurent qu'il n'aura pas de soucis chez eux, dans un contexte plus familial. Le côté festif de Guy Dardenne est une chose, mais son parcours sur les pelouses en est une autre. Après le top belge, il transite par La Louvière et Lokeren - grand lui aussi, à cette époque -, et ses prestations lui valent plusieurs sélections avec les Diables Rouges et une présence à l'EURO 1980. En Italie, Dardenne assiste aux matchs depuis les tribunes sauf en finale où il s'assied sur le banc et part même à l'échauffement. " Je garde un bon souvenir de ce voyage. Je me souviens d'un entraînement près de l'hôtel auquel deux bonnes centaines de supporters italiens ont assisté. Lors d'un petit match de prépa, j'étais opposé à Eric Gerets, qui mettait le pied comme en match, tout le contraire de moi, qui n'ai jamais été un fan de l'entraînement. Sur une phase, il m'attaque comme un fou, hop je lui fais un petit pont et le public applaudit. Alors il revient... et je lui refais un petit pont. Les gens criaient, Gerets bavait et je prenais mon pied. Ce n'était peut-être pas très malin, mais pour moi c'était ça aussi le football ( rires). " En Italie, Guy noue de bons contacts avec Michel Preud'homme, qu'il retrouve quelques années plus tard en bord de Meuse. Ils partent tous les jours ensemble à l'entraînement et gardent contact une fois que le portier transite par Malines puis Benfica. " Moi, l'étranger ne me disait trop rien. Pourtant, j'ai eu deux opportunités de partir. Après La Louvière, il y a eu Bastia - qui avait atteint la finale de la Coupe UEFA un an plus tôt - et un club californien qui m'offrait un contrat de six mois. Ma femme ne l'a pas trop senti et je pense qu'elle a eu raison. " Passé également par le RWDM et le RFC Sérésien, Guy Dardenne affirme avoir rarement été autant impressionné qu'en côtoyant à Lokeren Wlodzimierz " Wlodek " Lubanski, pourtant déclaré inapte pour le sport quand il était en Pologne. " Il avait une vision du jeu incroyable. Un jour, contre Hasselt, alors qu'on mène 8 ou 9-0, le Danois Preben Larsen déborde sur son flanc avant de shooter et de marquer d'un angle fermé. Lubanski est allé le trouver pour l'engueuler et lui dire qu'il avait mal joué. Selon lui, Larsen aurait dû faire la passe en retrait où moi j'étais tout seul ( rires). " Une fois retraité sportivement, Dardenne s'est tourné vers le coaching dans les divisions provinciales. Une seconde carrière de deux dizaines d'années notamment, passées à la tête du club de sa ville, Beauraing. " En tant que footballeur, j'étais doué. Comme coach, j'avais un peu l'impression que tout le monde l'était aussi, donc je me voyais mal faire des entraînements avec des contrôles de balle. Mais en séries provinciales, il faut passer par là et par la discussion pour mettre en confiance... ce pour quoi j'ai toujours eu un peu de mal. " En 2012, quelques semaines après avoir joué son dernier match en P3 à 57 ans, Dardenne clôt définitivement le chapitre du coaching. D'ici octobre, c'est tout simplement le cap de la retraite qu'il franchira. Il mettra ainsi fin à 25 années passées au sein de la Justice. " J'ai commencé à bosser à 40 ans quand ma femme m'a dit qu'il fallait faire bouillir la marmite ", sourit-il. " On m'a proposé du boulot à la Justice de Paix de Rochefort. Un an plus tard, j'ai déménagé à Namur où je travaille toujours à l'auditorat. J'y effectue un travail varié qui me plaît. Quand je serai pensionné, j'ai tout de même un peu peur de m'emmerder. Il va falloir que je me trouve une occupation, qui ne sera pas manuelle : je ne sais rien faire avec mes mains. " Roger Petit se serait-il trompé de membres ?