MOUSCRON
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MOUSCRONStéphane Pauwels : " J'y suis arrivé en même temps que Georges Leekens, l'Excel était encore en D2. J'ai vécu la montée, l'arrivée mouvementée des Mpenza, le départ en trombe lors de la toute première saison du club en D1, le débauchage de Leekens par la Fédération, l'installation de Hugo Broos, les débuts européens, bref toute la construction de l'Excel. Et même s'il a fini par m'écarter, je garde un énorme respect à l'égard de Jean-Pierre Detremmerie ". LILLE" J'y ai passé les quatre plus belles années de ma vie. Là-bas aussi, j'ai vécu la montée de D2 en D1. J'ai commencé comme directeur commercial, puis je suis devenu coordinateur sportif : j'étais censé régler tous les petits problèmes quotidiens des joueurs. J'étais aussi attaché de presse : tout un programme avec un coach comme Vahid Halilhodzic qui ne savait pas encadrer les journalistes. J'étais le tampon de service. Lille a vite fait son trou en D1, est arrivé en demi-finales de la Coupe de l'UEFA en étant passé par l'Intertoto, a joué la Ligue des Champions contre l'Olympiacos, La Corogne et Manchester United ". ALGÉRIE" Une expérience extraordinaire sur le plan humain. J'y ai cultivé un grand respect du monde arabe, de ses coutumes. Et j'y ai emmagasiné des images terribles. J'étais là-bas lors du tremblement de terre de 2003. J'ai vu des morts, des morts, des morts... Je suis allé soutenir un employé de la Fédération qui enterrait sa femme et ses gosses. J'étais en larmes. C'est lui qui m'a consolé. Je le revois encore me taper sur l'épaule : -Arrête de chialer, Stef, c'est rien, c'est le mektoub. Des coups durs, il y en aura encore. Le mektoub, le destin ! Ces gars-là ont une force de caractère extraordinaire, une philosophie de la vie qu'on a du mal à comprendre chez nous. J'ai fait le tour de l'Afrique avec l'équipe algérienne. J'ai assisté à des scènes qui me font encore pleurer aujourd'hui. En Angola, des bébés étaient enfouis dans des sacs de jute, seul le haut de leur corps dépassait, et ils étaient accrochés à des arbres. Avec un message sur le sac : A vendre. Je pleurais en voyant ça mais les internationaux algériens ne me comprenaient pas. Pour eux, c'était comme ça, la vie en Angola, ils n'étaient pas surpris, ce n'était pas la première fois qu'ils voyaient des trucs pareils. Et on voyait de temps en temps un mort sur un trottoir, sans que personne ne s'en inquiète. Je suis allé en Afrique du Sud : il aurait fallu être fou pour oser sortir de l'hôtel, tellement le risque d'agression était élevé. Au Tchad et en Ouganda, c'était encore autre chose. Georges Leekens n'a pas tenu : il est rentré en Belgique après six mois. Je suis resté et je revenais ici deux jours toutes les six semaines. En rentrant à la maison après avoir vu les scènes d'horreur avec les gosses à vendre en Angola, j'ai serré ma fille pendant plus d'une heure. Finalement, j'ai compris que l'Algérie était un pays où on vivait bien par rapport à de nombreux autres coins d'Afrique. Au niveau de la sécurité, ce n'est pas trop mal. On a un jour tiré dans ma façade parce qu'un chouchou du championnat n'avait pas été repris en sélection, mais bon... Quand je suis arrivé en Algérie, il n'y avait plus d'équipe. Le président m'a donné carte blanche : -Débrouille-toi. J'ai pris ma voiture et j'ai commencé à sillonner la France. J'ai recruté dans des clubs de D2, où il y avait beaucoup de joueurs avec la double nationalité franco-algérienne. Nous nous sommes qualifiés pour la CAN avec des gars qui ne s'étaient encore jamais vus quelques mois plus tôt. Et nous avons atteint les quarts de finale ". LA LOUVIÈRE" Si je dois retenir une image, c'est la troisième place du classement en décembre avec une équipe de copains et un budget ridicule. En décembre 2004, Sport/Foot Magazine a signalé que La Louvière était le club qui avait le mieux transféré. Pour le reste... Deux mois plus tard, j'étais un pestiféré du foot belge. Mon retour en Belgique m'a détruit, a cassé mon image à cause de ce qu'on m'a fait à la RAAL. Mais bon, il fallait mettre en place un système mafieux et je dérangeais parce qu'ils ont compris que je ne marcherais pas dans la combine. Je préfère retenir ma collaboration avec des gars qui en valaient la peine : Albert Cartier, les gamins du noyau ( Quantin Durieux, Ronny Baynon, Benoît Daniel). Ainsi qu' ArnaudLaly, le préparateur physique. Un drôle de mec... Un peu mystique, on ne l'entendait jamais, mais c'est le top. Et Michel Piersoul : la grande classe comme préparateur des gardiens et des qualités humaines exceptionnelles. Le lendemain de mon C4, alors que j'étais dans le trou, il m'a appelé pour m'encourager. J'en ai pleuré. Ça ne m'étonne vraiment pas que RenéVandereycken pense à lui pour travailler en équipe nationale. Finalement, on avait un staff technique comme j'en avais toujours rêvé : uni et travailleur. Et un vestiaire extraordinaire. Malheureusement, ça merdait au niveau de la direction. Ce n'est pas Filippo Gaone que je vise en premier lieu. Ce n'est pas lui qui a perturbé le plus le club : c'est un proche collaborateur qui l'a rendu fou ". MONS" Une erreur, sans doute. J'ai tendu moi-même le bâton pour me faire battre. Si je n'étais pas allé pour un mois dans ce club, je n'aurais pas été cité dans le cadre du fameux match Mons-La Louvière. Mais je m'étais engagé par frustration : je ne supportais pas de ne plus exister, je voulais montrer que j'étais toujours vivant. Mons a quand même failli réussir l'exploit de se maintenir. J'y ai découvert un club très sympa avec des gens intéressants, comme Michel Wintacq. Et un joueur extraordinaire : Alessandro Cordaro. J'en mets ma main au feu : s'il n'a pas de gros pépins physiques, il va devenir un des plus grands du football belge. Ce sera le nouveau Wilfried Van Moer. Il a le talent, l'intelligence dans le jeu, l'élégance, le caractère : il ne lui manque rien. A 19 ans, il tirait un groupe malade. La saison dernière, il a joué un match de fou en Coupe à Mouscron : il a mis Steve Dugardein dans une poche et Patrice Noukeu dans l'autre ! Ce petit gamin m'a complètement illuminé ". METZ" Je n'oublierai jamais que ce club m'a tendu la main quand je devais donner à manger à ma femme et à ma fille. Mon travail de scout y était apprécié, mais je comprends bien que le club ne puisse plus entretenir deux recruteurs maintenant qu'il se retrouve en D2 ".