L'été dernier, son avenir à Mouscron n'avait tenu qu'à un fil. A une conversation avec MarcBrys, qui venait de débarquer au Canonnier et qui avait été séduit par la mentalité du joueur tournaisien. A ce moment-là, BastienChantry avait déjà un peu la tête ailleurs. Il s'apprêtait à faire ses valises. " J'étais arrivé en fin de contrat à l'Excelsior et, malgré le fait que j'avais beaucoup joué avec ArielJacobs, les possibilités de renouvellement semblaient assez vagues ", reconnaît-il. " J'avais commencé à sonder le marché, y compris en D2. C'est alors que Brys a demandé à la direction de me proposer un nouveau contrat de deux ans. Il m'a fait jouer, parfois même à des positions inhabituelles, et s'étonnait que je ne parvienne pas à exprimer tout mon potentiel. Je reste persuadé que Brys était un bon entraîneur. Un coach très ambitieux, aussi. L'ambition est peut-être la principale chose qu'il m'a transmise. Lorsqu'il a été limogé, j'ai été choqué. J'étais à Roulers, où j'avais disputé un match de Réserve, lorsque la nouvelle s'est répandue. Comme beaucoup de mes partenaires, je n'en ai pas cru mes oreilles ".
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L'été dernier, son avenir à Mouscron n'avait tenu qu'à un fil. A une conversation avec MarcBrys, qui venait de débarquer au Canonnier et qui avait été séduit par la mentalité du joueur tournaisien. A ce moment-là, BastienChantry avait déjà un peu la tête ailleurs. Il s'apprêtait à faire ses valises. " J'étais arrivé en fin de contrat à l'Excelsior et, malgré le fait que j'avais beaucoup joué avec ArielJacobs, les possibilités de renouvellement semblaient assez vagues ", reconnaît-il. " J'avais commencé à sonder le marché, y compris en D2. C'est alors que Brys a demandé à la direction de me proposer un nouveau contrat de deux ans. Il m'a fait jouer, parfois même à des positions inhabituelles, et s'étonnait que je ne parvienne pas à exprimer tout mon potentiel. Je reste persuadé que Brys était un bon entraîneur. Un coach très ambitieux, aussi. L'ambition est peut-être la principale chose qu'il m'a transmise. Lorsqu'il a été limogé, j'ai été choqué. J'étais à Roulers, où j'avais disputé un match de Réserve, lorsque la nouvelle s'est répandue. Comme beaucoup de mes partenaires, je n'en ai pas cru mes oreilles ". Bastien avait joué un match de Réserve parce qu'il n'était pas encore un titulaire incontesté. En outre, il revenait de blessure. Jusqu'au début de l'année 2008, la chance lui a rarement souri : " Chaque fois que je m'apprêtais à fêter une titularisation ou que je pensais être lancé, il m'arrivait quelque chose. Je ne parvenais pas à accrocher le bon wagon. Des exemples ? Le premier match de championnat, cette saison : Brys m'avait titularisé au demi défensif contre La Gantoise mais l'équipe a sombré 1-4. Le week-end suivant, à Saint-Trond, MatthieuAssou- Ekotto a pris ma place et la machine s'est mise à tourner. Dans ce cas-là, il n'y a pas d'autre solution que d'attendre que la chance repasse. Je pensais qu'elle était repassée lors du match au FC Dender, qu'on a gagné 0-3. J'avais remplacé Jean- PhilippeCharlet à l'arrière droit après 20 minutes de jeu et cela s'était plutôt bien passé. Mais le mardi suivant, je me suis tordu la cheville lors d'un bête match amical à Waasland. Je suis revenu après plusieurs semaines, lors d'une rencontre au Cercle où tout le monde a couru derrière le ballon et où l'on s'est incliné 3-0 ". Mais les 12 coups de minuit, le 31 décembre 2007, allaient sonner le réveil de Dame Chance qui a enfin daigné sourire à Chantry alors qu'il s'apprêtait, une nouvelle fois, à faire ses valises. " Lorsqu'on est parti en stage à Valence, je ne voyais plus mon avenir à Mouscron ", concède-t-il. " J'ai surtout travaillé pour moi-même. Et, contre toute attente, j'ai tapé dans l'£il d' EnzoScifo et des dirigeants. Même AmedeoCarboni, l'ancien directeur sportif de Valence devenu conseiller du président PhilippeDufermont, s'est intéressé à moi... " Bastien fut donc titularisé pour la reprise du championnat, mais une fois encore, l'équipe a tardé à trouver son rythme : " Après le match contre Malines, qui scellait une nouvelle défaite, Scifo s'est résolu à changer ses plans. Je savais que, pour le déplacement à Lokeren, l'entraîneur s'apprêtait à titulariser AlexandreTeklak à l'arrière droit et Berna au demi défensif. L'Espagnol s'est gravement blessé à l'entraînement, deux jours avant le match, Teklak a joué demi défensif et j'ai conservé ma place d'arrière droit dans cette rencontre déclic. Le malheur des uns fait le bonheur des autres. Et pour une fois, j'étais dans le camp des heureux ". Chantry était lancé et a confirmé par un but d'anthologie contre Bruges : " Le plus beau souvenir de ma carrière, avec la montée de Mons ". Un match qui a aussi provoqué un déclic dans la tête de Dufermont, qui s'est rendu compte que malgré tous les transferts du mercato, la première victoire des Hurlus en 2008 avait été signée par deux produits du Futurosport : IdirOuali, titularisé pour la première fois, avait ouvert la marque. " J'espère que, là aussi, on ouvrira les yeux ", affirme Bastien qui a rejoint le Futuro à 14 ans. " Idir pointe aujourd'hui le bout du nez. JérémyHuyghebaert, aussi, m'a impressionné contre le FC Dender. Il a dû monter au jeu de façon inopinée, suite à la blessure d' AsandaSishuba, et a joué comme s'il avait toujours été dans l'équipe. C'est cela que l'entraîneur demande. Jérémy doit encore acquérir une dimension physique supérieure, mais la réussite d'un jeune dépend aussi de son comportement. Il ne doit pas avoir peur d'afficher ses ambitions. Il faut penser à l'équipe mais aussi démontrer qu'on peut apporter quelque chose et pas uniquement dépanner. J'ai envie de servir de guide pour la relève ". Afin de vaincre les réticences qui, parfois, subsistent à l'égard des produits du cru : " Des jeunes, on en sort ici mais cela n'a jamais été évident, pour l'entraîneur principal, de les mettre sur le terrain et de leur dire : - Allez- y, j'aiconfianceenvous, ça vabiensepasser ! On avait toujours cette étiquette d'un jeune joueur qui a probablement du talent, mais... C'est ce mais qui était embêtant. Car du talent, j'en ai vu. Je me souviens de joueurs comme TitiCoulibaly ou KevinPecqueux qui avaient toutes les qualités pour réussir en D1 mais qui, mentalement, n'ont pas tenu. Moi, je n'ai jamais lâché mais je n'ai pas toujours eu que des copains à Mouscron. On ne m'a pas déroulé le tapis rouge. Plein de gens, dans le staff et même dans le groupe, n'ont pas cru en moi. Malgré le soutien de mes parents et de mes amis, on ne peut compter que sur soi-même pour s'en sortir et avancer. Aujourd'hui, j'ai passé un cap. J'ai conscience d'être un joueur qui a évolué lentement, mais il vaut peut-être mieux cela qu'être un météore. Désormais, je peux me permettre d'avoir des ambitions et de regarder encore plus loin ". Reste ce problème lancinant : Chantry souffre fréquemment de crampes : " J'en souffre depuis l'âge de 16 ou 17 ans. GeertBroeckaert m'a connu avec des crampes en Réserve. J'ai moi-même consulté des spécialistes, à mes frais, pour essayer de résoudre le problème. Mais les tests physiques que j'ai passés n'ont rien révélé d'anormal. J'ai découvert, un jour, que j'étais allergique au lait et au chocolat. Désormais, j'achète du soja à 2,39 euros chez Auchan. Mais, apparemment, ce n'était pas la solution miracle. C'est très frustrant, lorsqu'on se sent bien dans un match et qu'à un moment donné, les jambes te disent - Stop ! alors que la tête a encore envie de continuer. Depuis que je suis devenu titulaire, le club commence à chercher des solutions. Avec le préparateur physique BernardDecabooter, on a pris contact avec l'université de Louvain. Durant la semaine, je fais tout pour être le plus frais possible le jour du week-end : bain, sauna, hammam, étirements... A la mi-temps, on me fait beaucoup de massages également. J'espère qu'un jour, on trouvera le remède à ces maux qui tracassent autant l'entraîneur que moi. Car il est obligé de garder un joker en réserve, au cas où mes jambes me lâchent dans les dix dernières minutes ". C'est sans doute pour cela que la place d'arrière droit convient mieux à Bastien que celle de demi défensif : " Je ne me sens pas encore capable de courir 90 minutes comme le fait SteveDugardein. Dans mon couloir, je dois pistonner tout en ayant la possibilité de choisir mon moment. En milieu de terrain axial, on subit les événements : lorsque l'adversaire a décidé d'accélérer, ou même lorsqu'un coéquipier vous sollicite, on n'a pas le choix, il faut suivre. Comme arrière droit, je peux produire mon effort au moment je m'estime moi-même en état de le faire. Cela me permet de rester beaucoup plus lucide, à la fois pour les duels et pour la relance ". Bastien est issu d'une famille sportive assez connue dans le Hainaut occidental. RenéChantry, le frère de son grand-père paternel, joua au RC Tournai. MarcoChantry, le cousin de son père, a également porté le maillot du RC Tournai mais aussi de Bruges. Son père, GuyChantry, était un joueur de... handball. " Un très bon joueur de handball. Mais - et cela m'a peut-être un peu traumatisé à l'époque où je ne parvenais pas à exprimer mon potentiel - il était très fort à l'entraînement... et un peu moins performant en match. J'avais l'impression que je suivais la même voie. Jusqu'à ce que je me rende compte que la solution résidait dans un travail sur soi-même ". Tournaisien de naissance, Bastien est donc un ch'ti. " A l'US Tournai, où j'ai joué tout gamin, on m'appelait toujours biloute. Personnellement, j'ai rarement parlé le ch'ti car ma mère est institutrice et était très attentive au bon langage. Mais, en regardant le film, j'ai reconnu l'ambiance dans laquelle j'ai grandi et à laquelle je suis très attaché. Même s'il fait froid dehors, il fait toujours chaud à l'intérieur et dans le c£ur des gens. Lorsqu'un ami ou un parent est de passage dans la région, il ne téléphone pas : il sonne à la porte. C'est génial. La semaine dernière, des gamins du Futurosport m'ont posé la question : - Si des dirigeants d'unclubplusprestigieuxqueMouscronteproposaientmoinsd'argentpoursignerchezeux, queferais- tu ? J'ai répondu que je resterais à Mouscron. Pas pour l'argent mais parce que je m'y sens bien. J'ai besoin de cette ambiance, de cette présence. C'est difficile de quitter Mouscron. Même AlexisAllart, qui est Français et n'a passé que six mois au Canonnier, pleurait lorsqu'il est parti en janvier. Je sais qu' ArielJacobs téléphone encore régulièrement à certains membres du staff. Lui aussi a eu du mal à partir, malgré Anderlecht. Ce club est unique. Dans les gradins, ce n'est peut-être plus l'ambiance des années 90, mais il faut arrêter de dire que tout a changé. On a retrouvé une vraie solidarité dans l'équipe et c'est cela qui permet de faire des résultats. Tout le monde se sent bien, et dans ce contexte, il faut rendre hommage à GeoffrayToyes. Malgré son statut de réserviste, il continue de se donner à fond à l'entraînement et à encourager ses partenaires le jour du match. Un grand monsieur. Le talent, on l'a. Lorsque je vois les problèmes que connaissent les Diables Rouges au poste d'arrière gauche, je me demande pourquoi GonzagueVandooren n'a jamais été appelé. Chez nous, il est au-dessus du lot. On voit qu'il a passé des années dans des clubs du top comme le Standard ou Genk ". par daniel devos