C'était le 20 avril 2008. Il y a déjà cinq ans. Un jour de fête à Liège. Ce jour-là, après 25 ans d'attente, face au rival ancestral anderlechtois, le Standard remportait son 9e titre. Alors qu'il restait encore trois journées, les Liégeois ponctuaient une campagne remarquable (ce titre tombait après 20 victoires et 11 partages - le Standard perdra son brevet d'invincibilité la semaine suivante, à Charleroi). Cette équipe avait une moyenne d'âge de 24 ans, un capitaine de 19 (Steven Defour)et une expérience quasi nulle. Mais quel talent ! Avec Defour, Axel Witsel, Marouane Fellaini, Milan Jovanovic ou Dieumerci Mbokani, le Standard avait une équipe qui n'avait pas coûté un balle mais qui regorgeait de technique et de vivacité. Pas étonnant donc de voir que la trajectoire de ces joueurs allait tous les mener à l'étranger. Les années se sont écoulées, les équipes ont changé, les fêtards ont dessaoulé et le club est rentré dans le rang.
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C'était le 20 avril 2008. Il y a déjà cinq ans. Un jour de fête à Liège. Ce jour-là, après 25 ans d'attente, face au rival ancestral anderlechtois, le Standard remportait son 9e titre. Alors qu'il restait encore trois journées, les Liégeois ponctuaient une campagne remarquable (ce titre tombait après 20 victoires et 11 partages - le Standard perdra son brevet d'invincibilité la semaine suivante, à Charleroi). Cette équipe avait une moyenne d'âge de 24 ans, un capitaine de 19 (Steven Defour)et une expérience quasi nulle. Mais quel talent ! Avec Defour, Axel Witsel, Marouane Fellaini, Milan Jovanovic ou Dieumerci Mbokani, le Standard avait une équipe qui n'avait pas coûté un balle mais qui regorgeait de technique et de vivacité. Pas étonnant donc de voir que la trajectoire de ces joueurs allait tous les mener à l'étranger. Les années se sont écoulées, les équipes ont changé, les fêtards ont dessaoulé et le club est rentré dans le rang. Mais que reste-t-il de ce succès cinq ans plus tard ? Rien. Reginal Goreux, parti cet hiver à Samara, était le dernier survivant encore présent dans le noyau. Tous les autres joueurs ont été vendus. Cela n'aurait posé aucun problème aux supporters si le succès était resté au rendez-vous. Mais cet exode a coïncidé avec un appauvrissement sportif. Pourtant, tout était réuni pour que le Standard demeure au sommet puisque les Rouches confirmaient leur suprématie un an plus tard. En 2009, l'édito du journal Le Soir, agrandi et accroché depuis lors dans la salle de presse du Standard, évoquait " Liège, la nouvelle capitale du football belge. " Le journal poursuivait en disant : " Après le titre qu'on n'espérait plus, voici le titre de la confirmation. Le titre de la maturité. Le titre de la prise de pouvoir. Qui peut douter, désormais, que le Standard soit devenu le club numéro un en Belgique ? (...) Le Standard va pouvoir creuser un écart important avec ses concurrents grâce à la participation directe à la Ligue des Champions. " Quatre ans plus tard, un lustre après le premier titre, le Standard n'a pas creusé d'écart et n'a pas profité de cet élan, tant populaire, sportif que financier (grâce aux 15 millions de la poule de Ligue des Champions) pour devenir la nouvelle place forte du football belge. Les Liégeois n'ont pas largué la concurrence. Pire, ils se sont fait distancer. En cinq ans, le Standard n'a pris que 302 points en championnat, loin derrière les 390 points d'Anderlecht (les Mauves ont donc glané 88 points de plus que les Rouches, l'équivalent d'un championnat entier ! !), mais derrière également les 317 points du Club de Bruges qui n'a rien gagné durant ces cinq ans ! Les chiffres sont plus éloquents si on prend les points gagnés depuis le dernier titre (2009), soit quatre ans. Sur ces quatre dernières saisons, le Standard n'a engrangé que 225 points et pointe seulement à la quatrième place, derrière Anderlecht (313), Bruges (258) et Genk (242) et ne devance Gand que de trois points. On peut même penser que si Gand avait réalisé une campagne normale lors de cette saison 2012-2013, le Standard fermerait la marche du top-5. Si on compare les classements du Standard avant ces titres (3e, 3e, 2e et 3e) et ceux après les deux sacres (8e, 2e, 5e et actuellement 5e), la régression est clairement visible. Le club n'a pas su gérer son succès et n'a pas construit sur celui-ci pour avancer et devenir incontournable. Même la deuxième place de 2011 s'apparente à un petit accident puisque le Standard avait terminé 6e de la phase classique, ne devançant Malines que d'un point pour accrocher les PO1, et n'avait dû son statut de vice-champion qu'à des play-offs menés tambour battant. Depuis 2009, le Standard lutte jusqu'au bout de la phase classique pour intégrer le top-6, parfois n'y parvenant même pas (comme en 2010). Contrairement au Standard, Anderlecht et Bruges ont toujours fait partie des PO1 ; Gand en a fait partie trois saisons d'affilée (avant d'échouer pour la première fois cette saison). En cinq ans, le Standard a non seulement perdu son leadership mais a aussi régressé de plusieurs places dans la hiérarchie. " Dans votre analyse, il me semble que vous oubliez le fait que le titre a permis d'enchaîner plusieurs saisons européennes de qualité, aboutissant à un quart et un huitième de finale en Europa League ! ", nuance cependant l'ancien directeur général du Standard, Pierre François. C'est vrai mais la puissance sportive d'une équipe se jauge en premier lieu sur le championnat domestique. Sous l'égide surtout de Laszlo Bölöni, certains avaient également évoqué le basculement de l'ADN des deux clubs principaux, Anderlecht et le Standard. Les Rouches, connus de tous temps pour leur engagement, étaient devenus de fins techniciens (avec Witsel, Defour, Jovanovic, Mbokani) alors que les Mauves avaient remis leur sort entre les mains d'éléments plus physiques comme Jelle Van Damme ou Marcin Wasilewski. " Il faut nuancer cette vision-là ", affirme Marc Degryse. " Si le Standard disposait d'un beau potentiel technique, il jouait toujours la carte de l'engagement avec le pressing constant de Defour et Witsel ainsi que la présence physique de Mbokani et De Camargo devant, de Momo Sarr, Ogushi Onyewu ou Dante derrière. A ce niveau-là, le Standard de Rednic correspond au Standard champion. Au niveau pressing, Yoni Buyens et William Vainqueur n'ont rien à envier au duo Witsel-Defour. Quant à la défense actuelle, elle joue également beaucoup sur le combat physique. Il n'y a que sur le plan technique que le Standard de 2008-2009 était supérieur à l'équipe actuelle. On ne peut donc pas dire que le jeu ou l'esprit des deux titres ont été abandonnés. Le Standard de Michel Preud'homme était basé sur le pressing et sur un jeu direct, il ne faut pas l'oublier !" Les successeurs de Preud'homme et Bölöni ont chacun tenté de se baser sur ce qui avait fait le succès de 2008 et 2009. Dominique D'Onofrio a repris cette volonté de jeu vertical, poussant cela parfois jusqu'à la caricature. José Riga a basé son approche sur la technique (ce qui avait amené les succès précédents) sans pour autant disposer du noyau adéquat, alors que Ron Jans a voulu un football offensif oubliant l'organisation, élément central chez Preud'homme et Bölöni. Ce qui a certainement manqué au Standard pour rester au sommet, c'est un équilibre au niveau de l'équipe. Trop de joueurs sont partis, trop sont arrivés et cela a semblé se faire dans l'improvisation la plus complète. En grande partie à cause de la reprise du club. Mais même Lucien D'Onofrio, qui sent le foot comme personne, n'a pas anticipé le déclin sportif de sa formation. A moins qu'il l'ait jugé inéluctable. En cinq ans, le Standard a effectué 68 transferts entrants, soit une moyenne de 13 joueurs par saison (plus d'une équipe ! ! ! !). Dans ces conditions, comment tabler sur une continuité et une régularité ? En comparaison, sur le même laps de temps, le Club de Bruges, considéré comme un modèle d'irrégularité depuis le départ de Trond Sollied, n'en a transféré que 48 ; Genk 41 et Anderlecht 40, soit 28 joueurs de moins. Rien que ces chiffres prouvent que la régularité prime. Le club qui a le moins transféré (Anderlecht) est également celui qui a décroché le plus de titres de champion sur cette période. Derrière les chiffres pointe un autre constat. Avant les deux titres, le Standard a toujours privilégié une politique de transferts basée sur des coups de poker, soit des anciennes gloires en fin de carrière, soit des jeunes inconnus. Une politique résolument d'outsider. Après les deux titres, vu que le budget n'a cessé d'augmenter, on était en droit d'attendre des Liégeois une politique plus agressive, chassant plus que de coutume sur les plates-bandes d'Anderlecht ou de Bruges. Rien de tout cela. Le Standard a continué, dans un premier temps, à mener cette politique d'outsider. Avec un changement notable : fini les vieilles gloires. L'arrivée de Roland Duchâtelet n'a pas donné d'envergure à cette politique de transferts. Il n'a pas le carnet d'adresses de Lucien D'Onofrio (d'où la fin des vieilles gloires) et donne l'impression de dépenser trop pour des joueurs qui ne sont pas confirmés. Une seule constance : le tout à la jeunesse. L'inauguration de l'Académie Robert Louis-Dreyfus a eu lieu en mai 2007. Un an plus tard, le Standard était champion avec une des équipes les plus jeunes de tous les temps. Ce bijou de centre de formation n'y est pourtant pas pour grand-chose. Ce n'est pas en un an qu'il a pu fournir des talents façonnés dans ses murs. De l'équipe championne, seuls Witsel et Goreux (alors remplaçant) sortaient de l'Académie. Fellaini aussi mais il n'était arrivé en bord de Meuse qu'un an auparavant. Le succès liégeois a souvent été résumé à ses jeunes. Lucien D'Onofriofut le premier à vendre ce mirage, lui qui, durant près de dix ans, avait toujours préféré miser sur un nombre incalculable de mercenaires étrangers que sur son école de jeunes. En construisant l'Académie, D'Onofrio avait certes montré qu'à côté de sa politique d'import-export, il ne négligeait plus les jeunes du cru. La construction de l'Académie et le titre de 2008 ont influencé beaucoup d'équipes belges, de Genk à Anderlecht en passant par Zulte Waregem, qui ont vu dans la jeunesse des possibilités de belles transactions financières. Le Standard lui-même n'a jamais cessé d'affirmer que l'Académie était au centre de sa politique. Six ans après son inauguration, cinq ans après " le titre de la jeunesse ", et malgré le discours de l'ancienne et de la nouvelle direction, les jeunes ne sont pourtant pas légion à avoir percé. En cinq ans donc, trois joueurs sont devenus titulaires indiscutables : Mehdi Carcela, Eliaquim Mangala et dernièrement Michy Batshuayi. D'autres ont été formés au Standard mais jugés trop court, comme Arnor Angeli qui s'épanouit désormais du côté de Mons. Quant à Dino Arslanagic, il n'a fait que trois apparitions comme titulaire. Depuis 2011, Roland Duchâtelet ne cesse de dire qu'il veut profiter de son centre de formation mais pourquoi alors continue-t-il à acheter autant de jeunes joueurs à l'étranger ? On sait très bien qu'une équipe qui tourne n'est jamais composée à 100 % de jeunes. Il semble dès lors impossible que le Standard fasse des résultats avec un onze reprenant les jeunes transferts (comme Imoh Ezequiel ou Yuji Ono) et ceux de l'Académie. Il faudra choisir et rien ne montre que l'Académie sera privilégiée. Trois jeunes titulaires en cinq ans, cela ne fait certes pas une politique de formation mais cela ne dénote pas par rapport à la concurrence. Anderlecht en a sorti trois également (Romelu Lukaku, Dennis Praet, Massimo Bruno) ; Genk trois aussi (Thibaut Courtois, Kevin De Bruyne, Anthony Limbombe) et Bruges en a sorti davantage mais bien peu se sont épanouis sous les couleurs Blauw en Zwart. Une question donc se pose : la formation liégeoise s'est-elle améliorée ou détériorée en cinq ans ? " Si on regarde les structures, on voit que chaque année apportait une amélioration ", explique l'ancien entraîneur des Espoirs, José Jeunechamps, aujourd'hui adjoint d'Albert Cartier à Metz. " Que ce soit au niveau du suivi ou de l'accompagnement. Entre mon arrivée et mon départ, j'ai vu arriver des préparateurs physiques, un coach mental, un diététicien, etc. Par contre, au niveau de la volonté de les faire jouer ou de la stratégie globale, peut-être qu'il n'y a pas eu de bonne évolution. Mais faire jouer des jeunes, cela signifie prendre des risques. Or, après les deux titres, le public et les actionnaires sont devenus plus exigeants. La pression s'est faite plus forte. Il y avait une attente de résultats. Dans ces conditions, on ne peut pas lancer trop de jeunes. Pourtant, le talent ne manque pas. Des garçons comme Paul-José Mpoku ou Ibrahima Cissé sont aujourd'hui prêts pour un rôle de titulaire. Je n'ai pas peur d'affirmer que Cissé, comme médian défensif, est extraordinaire. Après, il faut aussi tenir compte de plusieurs paramètres. Cissé est sans doute appelé à remplacer Vainqueurlorsque celui-ci partira. " Le premier titre avait permis au Standard de passer la barre de 20 millions de budget. Aujourd'hui le club principautaire dispose d'un budget de 30 millions. Soit une augmentation de 50 % en cinq ans ! " Durant ces cinq ans, le club a connu des résultats financiers exceptionnels ", explique Pierre François, " Et cela grâce à ce titre puisqu'on a pu bénéficier de l'argent généré par nos participations européennes mais également de la plus-value de nos joueurs. " C'est le seul domaine où le Standard n'a cessé de grandir. Le nombre d'abonnés a continué d'augmenter, le merchandising s'est développé et les sponsors ont afflué. Mais les principales recettes proviennent de la vente de joueurs. En homme d'entreprise compétent, Duchâtelet n'a pas dilapidé le trésor de guerre engrangé lors des années de vaches grasses. Certains lui reprochent d'ailleurs de ne pas assez investir dans l'équipe. Cette saison, le Standard a encore réalisé un bénéfice de 19 millions d'euros. Mais le président rétorquera que le club est toujours en déficit d'exploitation en fin de saison (4 millions d'euros) et que, dès lors, sans les transferts, le Standard n'est toujours pas une société rentable. " Je pense qu'on ne peut tirer un bilan classique dans la mesure où le club, pendant la période qui a suivi le titre, a connu une passation de pouvoir ", nuance Pierre François. " La mort de Robert Louis-Dreyfus a obligé le Standard à une mutation. La stabilité est certainement plus facile à obtenir quand les dirigeants ne changent pas. " Certes, le Standard a connu un chamboulement lors du départ de Lucien D'Onofrio. Le nouveau propriétaire, Roland Duchâtelet, a décidé d'imprimer sa griffe et, surtout, suite à l'ombre encombrante de son prédécesseur, de faire table rase de l'héritage sportif de Luciano. Cependant, croire que le déclin du Standard n'est dû qu'à un changement de propriétaire est un leurre. Certes, cela n'a pas facilité la recherche de la stabilité mais l'équipe championne en 2008 et 2009 avait déjà été liquidée par Lucien D'Onofrio. Et le déclin sportif s'était déjà fait sentir sous l'ère D'Onofrio. Lors de la saison 2009-2010, le Standard échouait aux portes des PO1, ne sauvant la face que grâce à une campagne européenne réussie. Quant à la saison suivante, les Liégeois ont été la risée de la Belgique jusqu'au mois de mars et le début des PO1 qu'ils ont entamés à la cinquième place, avant de connaître deux mois de folie. De plus, une reprise de club ne signifie généralement pas un recul dans la hiérarchie. Que du contraire : l'arrivée d'un repreneur va souvent de pair avec un vent de fraîcheur, un apport d'argent frais et une ambition gonflée. Non seulement, le Standard n'a pas su gérer l'euphorie des deux titres mais n'a pas réussi à mettre sur pied une vision à long terme, cinq ans plus tard. Résultat : le club liégeois ne vise désormais qu'une place sur le podium, ayant délaissé son statut de candidat naturel au titre, acquis pourtant après 25 ans de traversée du désert.PAR STÉPHANE VANDE VELDE Depuis 2008, le Standard a pris 302 points en championnat. Soit 88 de moins qu'Anderlecht. C'est l'équivalent d'un championnat complet ! En 5 ans, le Standard a effectué 68 transferts entrants, soit une moyenne de 13 par saison. C'est l'équivalent d'une équipe entière !