Demandez à n'importe quel joueur actuel qui est son modèle et il vous répondra les noms habituels : Zinédine Zidane, Diego Maradona, etc. Pourtant, l'histoire d'une des stars de la Premier League a plus de rapport avec le héros le plus idiot du cinéma qu'avec ces magiciens du ballon rond.
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Demandez à n'importe quel joueur actuel qui est son modèle et il vous répondra les noms habituels : Zinédine Zidane, Diego Maradona, etc. Pourtant, l'histoire d'une des stars de la Premier League a plus de rapport avec le héros le plus idiot du cinéma qu'avec ces magiciens du ballon rond. " Quand j'étais gamin, je courrais tout le temps. Pour aller à l'école, je courrais. Pour aller au magasin, je courrais. Ou que j'aille, je courrais ", se rappelle Marouane Fellaini. Forrest Gump peut en dire autant. Quand il n'est pas en train d'apprendre à danser à Elvis ou de dénoncer le scandale du Watergate, lui aussi ne se déplace qu'en courant. Si les nombreuses courses de Fellaini n'ont pas changé la face de la musique moderne ni de la politique, elles l'ont par contre fait passer des rues de Bruxelles à Old Trafford, le théâtre des rêves. " Tout ça m'a aidé à devenir footballeur pro : je me suis forgé une endurance. Un atout en tant que milieu de terrain ", garantit Big Mo. " Mon père me faisait courir jusqu'à l'école. Pas question de monter dans la voiture. Mais ce n'était pas un problème. A un bon rythme, ça me prenait à peine dix minutes. " Pendant ces trajets, il n'imaginait pas où tous ces kilomètres parcourus le mèneraient un jour : " C'était mon rêve de jouer pour Manchester United. " Un rêve devenu réalité le jour de la clôture du dernier mercato. Fraîchement nommé à la tête des Red Devils, David Moyes, son ancien coach à Everton décide de claquer un peu plus de 32 millions d'euros pour le faire passer de Goodison Park à Old Trafford. " J'attendais ça depuis longtemps, j'ai travaillé dur pour y arriver et je suis heureux de rejoindre ce grand club, ce fantastique club ", déclare alors Marouane. Enfiler le maillot des triple champions d'Europe est alléchant pour n'importe quel joueur mais ça l'était plus encore pour Fellaini qui a accepté une baisse de salaire pour que le deal soit finalisé. " Je connais le manager depuis quelques années maintenant et j'ai énormément de respect pour son travail. Quand j'ai eu l'opportunité de le rejoindre à nouveau, j'ai saisi ma chance ". Un lien qui va au-delà de la relation traditionnelle joueur-manager. Cette connexion s'est forgée en 2008 lorsqu'après avoir remporté le titre avec le Standard, le gamin nerveux de 20 ans qu'était Fellaini décide de faire le grand saut vers l'étranger. Tous les clubs du top le draguent, ManU et Sir Alex Ferguson inclus, mais il choisit Moyes et Everton. Les Toffes dépensent alors 17,5 millions d'euros - c'est toujours le record du club - mais sont vite remboursés : le Diable Rouge devient l'un des meilleurs milieux de terrain au monde durant ses cinq années passées le long de la Mersey. Moyes estime qu'il est " aussi bon que n'importe qui en Premier League ". Sous les ordres de l'Ecossais, il termine sa première saison avec neuf buts. A la fin de la campagne 2011-2012, il avait gagné plus de duels, de duels aériens et réussi plus de passes que tous ses coéquipiers. Le bélier d'1m94 détenait aussi le deuxième plus grand nombre de tacles de la ligue et avait récupéré 190 ballons, un chiffre qu'aucun de ses collègues n'est parvenu à atteindre. Des stats phénoménales qu'il améliore encore. En 2013-2014, il a trouvé le chemin du but à 12 reprises dont des goals contre Arsenal, Manchester City et son nouvel employeur. Moyes a été central dans son développement : " Il a eu une énorme influence sur moi ", insiste Felly qui va bientôt fêter ses 26 ans. " Quand je suis arrivé, je n'étais passé pro que deux ans plus tôt. C'était difficile de vivre dans un autre pays sans ma famille ou mes amis mais il m'a donné énormément de confiance. " Alors qu'il lutte pour s'adapter à la vie outre-Manche, il rayonne sur les terrains, remportant le titre de jeune joueur de la saison d'Everton lors de sa première campagne. Une fois de plus, son goût du travail produit ses résultats. Plutôt que de tomber dans les pièges habituels des jeunes et riches footballeurs, il se concentre sur sa progression personnelle, avec Moyes comme père de substitution pour le maintenir sur les rails quand il le faut. " La vie est différente ici mais le coach me permettait de rater l'un ou l'autre entraînement pour voir ma famille quand j'en ressentais le besoin ", révèle Fellaini. " C'était vraiment important pour moi. J'ai énormément appris grâce à lui que ce soit au niveau tactique, physique ou technique. Je lui en suis très reconnaissant, il m'a tout donné. " Mais Moyes n'est pas toujours aussi indulgent. Il sait aussi donner des coups de pied au cul. " C'est un homme honnête, un grand coach mais croyez-moi, il peut aussi être dur. Si vous voulez gagner des prix, créer une bonne équipe, il faut parfois être dur avec les joueurs ", reconnaît Felli. " Je me souviens quand j'ai été suspendu après le match contre Stoke (Fellaini a eu trois matches de suspension en décembre dernier après avoir donné un coup de boule à Ryan Shawcross), il a donné congé à tout le monde, tous les joueurs, le staff, sauf moi. J'ai dû faire une séance d'entraînement seul. Il n'y avait que lui et moi. Il m'en a fait baver. On a tout travaillé : course, shoots, passes. Et c'était intense, j'étais mort après ça mais content qu'il s'occupe de moi. " Cette volonté d'aller au-delà des difficultés a façonné Fellaini en tant qu'homme et en tant que joueur. " Ici, j'ai appris sur la vie, je suis devenu plus mature et indépendant. Mon rêve était de jouer au football et la Premier League est le meilleur championnat au monde donc quand j'ai eu l'opportunité d'y aller, je devais le faire. C'est plus facile maintenant. Je suis ici depuis cinq ans et je me concentre sur le football : bien me reposer, récupérer et me préparer pour le match suivant. " Son style de jeu est un croisement entre les valeurs traditionnelles du foot anglais et le foot athlétique moderne. Comme s'il avait été forgé dans les feux d'une aciérie de Liège et perfectionné dans un laboratoire de sciences du sport du 21e siècle. En bref, il était fait pour la Premier League même s'il a dans un premier temps été surpris par la rudesse du combat physique britannique. " J'aime le côté physique du foot. Quand j'étais en Belgique, tout le monde disait que le foot anglais était fait pour moi mais quand je suis arrivé je me suis rendu compte que c'était très très physique et j'ai dû m'adapter ", reconnaît-il. Une fois habitué à la brutalité maison, il en est tombé amoureux. " C'est le meilleur championnat. Ça joue très vite et il y a énormément de bons joueurs et de bonnes équipes. Tout le monde aime le foot dans ce pays. Les supporters sont géniaux, les jeunes et les vieux se mélangent. " Mais son amour pour le championnat anglais ne s'étend pas aux arbitres. A force de mettre tout son poids dans la bataille, il récolte 10 cartons jaunes lors de ses 17 premières rencontres. S'il progresse en n'écopant plus que de trois avertissements lors des seize matches suivants, il reste en tête de ce classement particulier. La saison dernière, il a encore été averti à dix reprises. Va-t-il lever le pied ? Aucune chance. Il insiste sur le fait qu'il est victime d'une réputation imméritée. " Je joue simplement mon jeu. Je ne m'occupe pas des cartes jaunes. J'évolue en Angleterre depuis cinq ans et je n'ai pris que deux cartes rouges. Ce n'est pas énorme pour un joueur physique comme moi. Je joue milieu défensif, je veux le ballon. Peut-être que les arbitres ne comprennent pas ça mais je les respecte. Ça fait partie du jeu. " Si plusieurs commentateurs et supporters d'United se sont interrogés sur son transfert, beaucoup se réjouissent de sa venue et de son côté guerrier, disparu au club depuis les départs de Paul Ince et Roy Keane. Style de jeu, croyances religieuses, coupe afro, Fellaini se moque de l'avis des critiques et trace sa route : " Certains adversaires essayent de me tirer les cheveux mais je ne compte pas me les couper pour autant. C'est mon style et j'aime ça. Les arbitres n'ont qu'à avoir ça à l'oeil. Je suis musulman et ma religion est importante pour moi. Heureusement, le manager s'est montré compréhensif pendant le ramadan. Il m'a donné des jours de congé mais quand il y avait une double séance ou un entraînement intense c'était difficile de suivre. " Si personne ne met en doute la mentalité de Fellaini, c'est plutôt son habileté technique et son rôle potentiel dans l'équipe qui posent question. Ou placer sa grande carcasse dans le schéma d'United ? Partout. Sa polyvalence en fait une solution parfaite pour le 4-2-3-1 des champions en titre. Ses qualités défensives ajoutent du poids et soulagent Michael Carrick et Tom Cleverley. Plus haut sur l'échiquier, il a les qualités pour jouer derrière l'avant de pointe. Et si la situation est vraiment désespérée, il peut dépanner dans l'axe de la défense au côté de Rio Ferdinand ou Nemanja Vidic. " Mon père était gardien donc j'ai essayé de jouer dans les cages. Ça me plaisait mais je voulais essayer autre chose. Chez les jeunes, j'ai joué devant, sur les ailes, dans l'entrejeu et quand j'ai commencé en Réserves au Standard j'étais aligné en défense centrale. C'était une bonne position pour moi comme je suis grand, bon de la tête et que je sais faire une bonne passe. Ce sera peut-être une solution dans le futur. " Mais pour l'heure, il n'a aucun doute sur le poste qui lui convient le mieux : " Milieu défensif. Ces dernières années, je jouais un peu plus haut et j'ai marqué pas mal de buts importants donc Moyes me laissait là. J'étais jeune et j'apprenais donc j'aimais ça. Disputer pleins de matches tant en position offensive que défensive m'a permis de progresser. Je connais les deux rôles, ce qui m'aide face à mes adversaires. " Ses détracteurs mettent en cause sa capacité à jouer dans une équipe qui a la possession du ballon et mettent en évidence ses stats de la saison dernière : 79,29 % de passes réussies alors que la moyenne du championnat est de 84,35 %. Des chiffres datent de sa période à Everton sous Moyes : une équipe qui développait un jeu bien plus direct que Manchester et utilisait les qualités aériennes de Big Mo pour malmener les défenses adverses. Mais durant les trois rencontres disputées en début de saison à Everton sous Roberto Martinez, un coach qui privilégie le jeu au sol, les stats de Fellaini sont supérieures à celles de Carrick et Cleverley. Il a tenté 196 passes contre 182 pour Cleverley et 174 pour Carrick. 89 % d'entre-elles ont atteint leur cible, soit 2 et 4 % de mieux que ses nouveaux coéquipiers. Il se montre également plus productif devant le but que ses deux partenaires : l'an dernier en 31 matches de Premier League, il marqué 11 fois, donné cinq assists et remporté 151 duels aériens. Carrick et Cleverley réunis ne totalisent que trois buts, six passes décisives et 21 duels de la tête remportés. United ne s'est peut-être pas offert un artiste de la trempe de Cesc Fabregas mais Fellaini débarque avec un autre type de pedigree. Un mec capable d'offrir une nouvelle dimension au jeu mancunien. Sa domination physique et aérienne lui permet de faire la différence dans chacun des deux rectangles. Une vertu que Moyes apprécie : " Marouane n'est pas quelqu'un contre qui vous avez envie de jouer. Il a des qualités que d'autres n'ont pas et je suis certain qu'il peut devenir un grand joueur à Manchester. Il peut aussi jouer au milieu en tant que 6 ou en tant que 8. En fait, il est à l'aise dans tous les rôles de l'entrejeu. "PAR BEN WELCH" Certains adversaires tentent de me tirer les cheveux. Les arbitres doivent regarder à ça " " Marouane n'est pas quelqu'un contre qui vous avez envie de jouer. " David Moyes