S tijn Vreven, 30 ans, était pour d'aucuns le héros du FC Utrecht, pour d'autres une crapule avec des crampons. Il franchit une étape supplémentaire en passant à Kaiserslautern et a oublié le nombre de joueurs qui ont refusé de lui serrer la main. En effet, le discours des connaisseurs a changé à son égard. Soudainement, il était devenu un exemple.
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S tijn Vreven, 30 ans, était pour d'aucuns le héros du FC Utrecht, pour d'autres une crapule avec des crampons. Il franchit une étape supplémentaire en passant à Kaiserslautern et a oublié le nombre de joueurs qui ont refusé de lui serrer la main. En effet, le discours des connaisseurs a changé à son égard. Soudainement, il était devenu un exemple. Lorsque Utrecht fut mal embarqué dans des problèmes financiers, le manager du club lui demanda s'il ne voulait pas aller à Feyenoord au cas où l'arrière droit Brett Emerton quitterait Rotterdam. Bien sûr que Vreven le voulait, mais Emerton est resté et le Belge quitte Utrecht par la grande porte, direction l'Allemagne. Stijn Vreven : Pas le pays en lui-même. Sans le foot, je n'aurais pas voulu y vivre un jour de plus. La mentalité est très ouverte, ça bien, mais on te considère comme un ami après une seule rencontre. Alors que moi, je téléphone toujours avant de me rendre chez quelqu'un ! Un jour, à la TV, ils ont dit où j'habitais : incroyable, j'ai laissé rentrer les 20 premiers visiteurs mais pas le reste ! La culture culinaire, si j'ose dire, ne me plaisait pas trop non plus. Le midi, ils mangent des tartines et du lait. Ils ne comprennent pas qu'en Belgique on puisse rester à table pendant quatre heures. Chaque fois que nous faisions le trajet vers Utrecht, nous ramenions plein de victuailles. Les gens ont dû croire qu'on partait pour le Kazakhstan... Mais sportivement, Utrecht fut une réussite. Un club du subtop et ce que nous en avons tiré ensemble était fantastique. Quand je suis arrivé, cela faisait dix ans que le club n'avait plus joué l'Europe. En quatre saisons, nous avons été trois fois européens, et avons atteint deux finales de Coupe, dont une gagnée. A chaque fois, j'étais parmi les trois joueurs les plus méritants et en plus je suis devenu international. D'un autre côté, les problèmes financiers ont eu l'effet d'une bombe. En tant que joueurs, nous n'avons rien vu venir. L'aspect positif, pour moi, c'est que cette énorme dette de 50 millions d'euros me permet de quitter Utrecht. J'avais encore un contrat pour deux ans. Jamais. Jusqu'à aujourd'hui, tout a toujours été réglo, sauf pour les fonds de pension pour lesquels les clubs bénéficient d'un délai d'un an. Un jour, la direction nous a convoqués pour nous annoncer que le club était au bord de la faillite. Je trouvais déjà bizarre que nous avions eu cinq présidents en cinq ans. Ils partaient tous pour des raisons personnelles, parce qu'ils ne supportaient pas le stress. Personne n'a avoué avoir fait des erreurs. Ils prétendent tous ne pas avoir été au courant des dettes. Je ne comprends pas. Nous avons gardé le club à flots grâce aux prestations, en donnant le meilleur de nous-mêmes les supporters restaient calmes. Une semaine après l'annonce, nous avons battu l'Ajax. Seulement à cause de l'entraîneur qui y est en fonction, Eric Gerets. Je n'avais jamais pensé susciter l'intérêt d'une équipe de Bundesliga. Peut-être les médias et les experts du foot ont joué un rôle, eux qui prétendent que je suis fait pour l'Angleterre. L'intérêt des clubs outre-Manche a toujours existé : Derby County, Southampton et Portsmouth. Cela avait déjà commencé à La Gantoise, où un transfert à Nottingham Forest avait capoté pour d'obscures raisons de management. Il y a quelques mois, mon manager me dit : -Eric Gerets au téléphone. Lorsque Gerets m'a affirmé qu'il retrouvait en moi certains aspects de son jeu, je me sentis comme quelqu'un ayant gagné 25 fois au Lotto. Je n'avais jamais eu d'idole mais Gerets, je le respecte beaucoup. J'étais conquis dès cet instant. J'ai écouté poliment les autres propositions, notamment celle de Portsmouth où j'aurais abouti sans le coup de fil de Gerets. Mais s'il y a bien un entraîneur qui peut m'apprendre beaucoup, c'est lui. Pour moi ce sont des losers : comment rendre son adversaire direct plus motivé qu'en ne lui serrant pas la main ? Ma réaction était alors : il faudra me passer dessus avant de me dribbler. J'ai percé à jour des mythes. Des joueurs qui s'estimaient meilleurs que tout le monde mais qui n'arrivaient pas à me passer. Je n'avais pas de respect pour leur attitude. Sur le terrain, je suis sans pitié pendant 90 minutes, mais tout le monde peut venir prendre un café chez moi avant ou après. Celui qui ne se comporte pas de la sorte n'est pas un professionnel. Certains prenaient déjà peur dans le couloir des joueurs lorsque je les regardais. Chaque club hollandais joue avec un véritable ailier gauche. Ce sont parmi les meilleurs footballeurs mais aussi les plus fragiles mentalement. Si fragiles que j'avais déjà pris le dessus avant le match. Cela ne m'arrivera jamais. Si je ressens cela, tous les moyens sont permis. Je suis un gagnant, et lorsque je sens que je perds, j'en fais une guerre personnelle. Je ne vais pas révéler ici tous mes stratagèmes. Si un défenseur est mis dans le vent, il n'a qu'à s'en prendre à lui-même. J'ai également à mon avantage le fait d'être un back droit offensif. Tous les entraîneurs insistaient auprès de leur ailier gauche sur le fait de ne pas me laisser filer. Hélas pour eux, ces joueurs n'étaient pas souvent bons en défense et j'en ai dégoûté quelques-uns avec ce qui était parfois un coup de poker. Lorsque j'avançais vers le goal adverse, tous se repliaient, y compris Sikora, Robbens ou Van Persies. Ils m'ont tous rendu la vie facile, ce dont je les remercie. Je suis toujours resté moi-même. Et quatre mois après toutes ces critiques sur mon jeu dur, les gens ont subitement changé d'avis lorsqu'ils avaient entendu Cruijff et Gullit affirmer que j'étais plus qu'un battant sur le terrain. Vous savez, la presse vous encense ou vous détruit. Beaucoup de journalistes ignorent leur puissance. En Belgique aussi. Il suffit de voir ce qui s'est passé après Belgique-Bulgarie. Après le match en Pologne, j'avais eu un rapport positif. Contre la Bulgarie, je suis passé à côté de mon match mais, comme en Croatie, cela s'appliquait à toute l'équipe. Or, des joueurs qui n'étaient pas bons non plus, étaient à nouveau sélectionnés la fois suivante. J'ai alors pensé que je ne pouvais que progresser. Le lendemain, je lus les journaux et je me suis dit : -Si l'entraîneur n'est pas à 100 % derrière moi, c'est terminé en équipe nationale. Si Aimé Anthuenis m'avait connu ne fût-ce qu'un an en club, il aurait su ce qu'il pouvait attendre de moi. Mais il ne le savait pas. Pour moi, le monde du foot est hypocrite et rancunier, mais il y a assez de place pour les Vreven et les Sonck. Dans ce milieu, il est difficile de donner sa propre opinion, il faut tenir compte du groupe. Il vaut alors mieux se comporter comme un Timmy Simons, qui sait parfaitement ce qu'il peut et ne peut pas dire. J'admire les gens qui savent ainsi parler entre les lignes, mais Wesley et moi ne maîtrisons pas cet art. Chez nous, c'est noir ou blanc. Pour cette raison, j'ai apprécié de travailler sous Johan Boskamp, qui disait toujours ce qu'il pensait : le même tarif pour tout le monde. Je n'en ai aucune idée. J'ai 30 ans, et parfois j'ai l'impression d'en avoir 45 ! Je crains ne pas tenir jusqu'à 39 ans. Tant pis, chaque jour je donne le maximum. Mais que je puisse aller jouer en Bundesliga avec mes qualités modestes, cela je n'arrive pas encore à y croire.