Paris, vendredi après-midi. Le célèbre cimetière du Père-Lachaise. Quelques heures avant de reprendre le TGV vers Bruxelles, nous flânons dans les parages. Une charmante policière nous explique le chemin à suivre pour rejoindre l'entrée principale, où sont inhumées des célébrités telles que Chopin, Piaf, Oscar Wilde ou Jim Morrisson. Les rues sont sous surveillance mais presqu'un an après les attentats de Charlie Hebdo, les Parisiens s'y sont habitués. Des stewards aident des écoliers à traverser la rue et des guides pilotent les visiteurs à travers le dédale des sépultures, réparties en secteurs.
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Paris, vendredi après-midi. Le célèbre cimetière du Père-Lachaise. Quelques heures avant de reprendre le TGV vers Bruxelles, nous flânons dans les parages. Une charmante policière nous explique le chemin à suivre pour rejoindre l'entrée principale, où sont inhumées des célébrités telles que Chopin, Piaf, Oscar Wilde ou Jim Morrisson. Les rues sont sous surveillance mais presqu'un an après les attentats de Charlie Hebdo, les Parisiens s'y sont habitués. Des stewards aident des écoliers à traverser la rue et des guides pilotent les visiteurs à travers le dédale des sépultures, réparties en secteurs. Dans les brasseries, des gens lisent paisiblement leur journal en sirotant un café. Le week-end approche, il y a du football ce soir, un match de gala entre le champion du monde et ce que les Français espèrent être le futur champion d'Europe. Il y a des concerts. Nul ne peut imaginer qu'au même moment, non loin, là où on a retrouvé une de leurs voitures, des gens mettent la dernière main à leurs odieux projets. La sécurité est encore plus stricte à Paris Nord. Des agents inspectent les voyageurs par groupes de quatre. Ils sont également dans le train, bien que personne ne soit contrôlé dans notre wagon. Ça confère un sentiment de sécurité. Ô combien faux... Bruxelles, samedi soir. L'ambiance est tendue à l'entrée de Forest-National, à une heure du concert des Simple Minds. Des agents de police en gilet pare-balles, armés de mitrailleuses, protègent l'entrée. Un peu plus loin, les gens sont fouillés, pas tous. Sacs à dos et sacoches sont interdits. A l'intérieur, l'ambiance est décontractée, dans un public de quadragénaires et de quinquagénaires nostalgiques. La fête peut commencer. Mais désormais, les mesures de sécurité font partie des préliminaires des grandes manifestations susceptibles d'être les cibles de ceux qui veulent induire un sentiment de peur, par un seul message : vous n'êtes plus en sécurité nulle part. D'autres pays se sont accoutumés à ce sentiment depuis longtemps. Il y a quelques semaines, les détecteurs de métaux pour personnes et pour autos étaient déjà passés dans les moeurs à Istanbul, dans tous les endroits publics. En Israël, on est habitué depuis longtemps à passer par un portique avant même de monter dans un bus de ligne. On ne s'attendait pas à ce qu'un stade de football soit visé car le sport, et le football en particulier, est un des domaines publics où la ségrégation est vraiment révolue. Hormis quelques taches blanches sur la carte du monde, le football est une religion qui n'est pas associée à une culture dominante, contrairement à la culture occidentale, mal vue par une partie du monde. Même s'il est parfois encore victime de racisme primaire, le football rassemble les gens : dans les tribunes, sur le terrain, mais aussi dans les cafés bruxellois et parisiens. Pour comprendre cet universalisme, il suffit de jeter un oeil sur la composition d'équipe d'une équipe professionnelle. Il n'y a plus d'équipe n'alignant que des représentants d'une ou deux nations depuis que Chelsea, puis Gand, ont réalisé une première au début du siècle en n'alignant que des étrangers en championnat national. Les footballeurs ne sont plus jugés sur leur couleur ni leurs origines mais sur leurs qualités sportives. Dans la plupart des pays d'Europe occidentale, la sélection de l'équipe nationale s'opère sans critères ethniques. Même l'Italie, qui s'est interrogée jusqu'il y a peu sur l'opportunité de faire appel à des oriundi -des joueurs assimilés d'origine étrangère - en aligne désormais. L'Allemagne, la Suisse, l'Autriche, la Belgique, la Suède, toutes possèdent des équipes multiculturelles. En Belgique, des supporters autochtones supportent depuis longtemps des joueurs aux noms étrangers. Il n'y a pas si longtemps, notre rédaction a été assaillie de réactions négatives pour avoir vanté, dans des articles, le plus apporté par des joueurs d'origine étrangère. Leur remarque ? Ce n'est plus mon équipe. Pas pour des raisons communautaires mais à cause de la diversité ethnique de l'équipe. " Ce ne sont pas de vrais Belges, monsieur. " De ce point de vue, nous avons encore un fameux chemin à accomplir. Il y a nous, les bons, les vrais, et eux, les étrangers. Pour chaque homme parti en Syrie, on peut citer l'exemple d'autres, évidemment bien plus nombreux, qui ont opéré un choix différent et ne se sont pas détachés de la société dans laquelle ils ont grandi. Rien qu'en équipe nationale, on dénombre plusieurs joueurs d'origine étrangère qui ont embrassé le projet Belgique, sur le plan footballistique, comme en dehors. Quand Marouane Fellaini a opté pour la Belgique, ce n'était pas une décision sexy : l'équipe perdait plus souvent qu'elle ne gagnait, elle disputait ses matches à domicile devant 10.000 personnes en moyenne et elle végétait aux environs de la 70e place au classement FIFA. On peut penser ce qu'on veut du footballeur Fellaini mais il est tout sauf un opportuniste. En 2015, que ce soit en équipe nationale ou dans les clubs de D1 belges, la plupart des joueurs d'origines différentes vivent ensemble et sans problèmes. C'est une condition sine qua non pour construire l'avenir ensemble. Se côtoyer normalement, parler, c'est le premier pas à accomplir pour limiter le nombre de terroristes potentiels dans les stades, les salles de concert et leurs alentours. Pourquoi ce qui est possible sur un terrain de football ne le serait-il pas en dehors ? L'alternative n'est pas rose. Pour le dire crûment, c'est un choix entre un état de guerre permanente ou de paix. PAR GEERT FOUTRÉ ET PETER T'KINT - PHOTOS BELGAIMAGE