Le champion du monde 2001 et 2006 n'a guère brillé jusqu'à présent, même s'il reste troisième au classement UCI. Il est abonné aux accessits, les places les plus ingrates. Il n'a pas encore réalisé de coup d'éclat cette saison. Pourtant, son premier sacre lui avait donné des ailes : paré du maillot arc-en-ciel, il avait signé une saison remarquable. Agé de 35 ans, Erwin Vervecken a quelque peu perdu sa vitesse et la naissance de jumeaux a incité le spécialiste du cyclocross à redéfinir ses priorités : " Tout ce que je gagne je le considère désormais comme un bonus ".
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Le champion du monde 2001 et 2006 n'a guère brillé jusqu'à présent, même s'il reste troisième au classement UCI. Il est abonné aux accessits, les places les plus ingrates. Il n'a pas encore réalisé de coup d'éclat cette saison. Pourtant, son premier sacre lui avait donné des ailes : paré du maillot arc-en-ciel, il avait signé une saison remarquable. Agé de 35 ans, Erwin Vervecken a quelque peu perdu sa vitesse et la naissance de jumeaux a incité le spécialiste du cyclocross à redéfinir ses priorités : " Tout ce que je gagne je le considère désormais comme un bonus ". Cette sérénité, réelle ou feinte, constitue son arme fatale. Dimanche prochain, il défend son titre sur le parcours de Hooglede-Gits. Auteurs d'une brillante saison jusqu'à présent, Sven Nys et Bart Wellens sont les favoris mais Vervecken se garde d'infirmer les pronostics. Il préfère le rôle d'outsider, idéal pour accroître la pression qui pèse sur les épaules des adversaires : " J'adore cette période, son ambiance. Les quotidiens rapportent les propos de l'un, la réponse de l'autre... Pourtant, les spécialistes du cyclocross sont bien trop gentils entre eux, je trouve ". A l'hôtel où se réunit la délégation belge, il va observer, amusé, la pression accabler les favoris : " Il y a de l'électricité dans l'air. La tension est palpable. L'angoisse de mes concurrents me donne des ailes. Cependant, c'est en course que la guerre des nerfs penche en ma faveur. Est-ce l'afflux d'adrénaline qui me dope alors qu'il paralyse d'autres ? Le fait est là : si, dans un cross banal, je suis toujours dans la roue de Nys, il ne se tracasse pas. Au Mondial, c'est différent car il doit gagner à tout prix... Alors, il s'énerve. D'un strict point de vue sportif, le maillot de leader du classement UCI a plus de valeur... mais il n'a pas l'aura du maillot arc-en-ciel. Le jour J, Sven perd une partie de ses moyens alors que je me sublime : ce jour-là, nous nous valons donc souvent ". Si Vervecken gère bien la pression, c'est aussi parce qu'il ne mène pas l'existence d'un moine. Il n'a pas le fanatisme de la plupart des cyclistes : " Certains se dépensent sans compter et, lors des grands rendez-vous, ils ne parviennent pas à enclencher la vitesse supérieure. Il est d'ailleurs difficile de préparer un événement particulier si on se donne à fond dans toutes les courses dès septembre. C'est le problème du cyclocross, qui ne connaît aucune trêve. Si le Mondial se disputait en dix manches, comme en motocross, jamais je n'aurais été champion. Mon style de vie me permet aussi de durer. Je dispose d'un contrat jusqu'en 2009 mais je compte courir un an de plus, si je suis épargné par les graves blessures ". Le coureur ne veut pas être taxé de spécialiste des championnats. Indépendamment de nerfs en acier et d'une assurance sans bornes, Vervecken a un autre atout... qui lui fera peut-être défaut cette année si le climat reste aussi doux : il raffole du froid. Le gel paralyse les muscles de beaucoup de coureurs mais lui donne des ailes : " Heureusement que les championnats ne sont jamais organisés en octobre. J'espère que le mercure va quand même chuter mais surtout que le parcours ne sera pas alourdi par des précipitations excessives. Cela ferait le jeu de Sven Nys, qui est très puissant ". En janvier, ses adversaires plus travailleurs ont beaucoup de courses dans les jambes. Certains accusent le coup, ont un passage à vide. Vervecken se ménage avant de mettre les bouchées doubles en fin d'année, aux alentours des fêtes. Du 24 décembre au 14 janvier, il a pris part à douze courses. Ironique, il commente : " C'est pour la bonne cause, c'est-à-dire mes finances. Je dois rentabiliser mon titre... J'ai donc couru plus souvent que je n'en ai l'habitude. C'est pour cela que j'ai complètement loupé le Championnat de Belgique alors que le circuit et les conditions jouaient en ma faveur ". Ne vous y trompez pas : le cynisme affiché fait partie de la guerre des nerfs. Erwin Vervecken a orchestré toute sa saison en prévision du championnat du monde de Hooglede-Gits et s'il était fatigué au championnat national, il a eu le temps de recharger ses accus. Ses douze crosses lui ont donné le rythme dont il avait besoin. L'année dernière, d'ailleurs, il avait également disputé beaucoup de courses au même moment - avec le succès qu'on connaît : " C'est exact. Il est probable que ces kilomètres de compétition m'apportent un plus avant les championnats, à condition que mes accus se soient bien rechargés depuis... ". JEF VAN BAELEN