Le jour où le Gulf Stream n'atteindra plus les rives de notre continent, l'Europe entrera dans une période de glaciation. Roland Duchâtelet tient un peu le même discours que les climatologues qui craignent que ce tapis roulant, vaincu par le réchauffement de la planète et l'arrivée massive d'eau douce dans les océans, n'ait plus la force de véhiculer ses courants chauds jusqu'à nous.
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Le jour où le Gulf Stream n'atteindra plus les rives de notre continent, l'Europe entrera dans une période de glaciation. Roland Duchâtelet tient un peu le même discours que les climatologues qui craignent que ce tapis roulant, vaincu par le réchauffement de la planète et l'arrivée massive d'eau douce dans les océans, n'ait plus la force de véhiculer ses courants chauds jusqu'à nous. L'homme fort de Saint-Trond redoute que le manque d'éthique, d'une part, mais surtout les grandes mafias internationales des pronostics, d'autre part, n'entraînent tout le football professionnel vers le fond. Son club a été cité plus d'une fois dans la tempête chinoise qui ne cesse de souffler sur la D1. A 59 ans, Roland Duchâtelet ne passe pas inaperçu. C'est une des plus belles fortunes de Belgique. En moins de 20 ans, cet ingénieur civil qui travailla dans de nombreuses sociétés a bâti un empire industriel dans l'électronique, les semi-conducteurs, et le domaine de l'internet entre autres. Chiffre d'affaires : un demi-milliard d'euros par an, plus de 4.000 employés dont 400 en Belgique. Il préside aussi le parti politique Vivant, développe des tas d'idées originales afin de préserver notre système social, a sauvé Saint-Trond de la noyade, etc. Sa voix tranche dans l'affaire des paris frauduleux et elle a notamment déclenché la colère de Filippo Gaone qui lui demande de regarder dans son assiette. Après le succès étriqué du Club Bruges face au Cercle, lors du derby de la Venise du Nord, conclu par un but discutable de Bosko Balaban, Roland Duchâtelet affirma récemment : " Les grands clubs sont sans cesse favorisés. Cette saison, le champion de Belgique en titre a déjà hérité d'un cadeau total de sept points en trois matches. Il est grand temps que les arbitres soient aidés par la vidéo. Si le football n'évolue pas dans ce sens, je devrai me demander ce que cela cache vraiment ". Et le président de Saint-Trond s'en était pris précédemment aux simulateurs qui empoisonnent les matches. Roland Duchâtelet : Je ne condamne pas l'existence des paris sportifs. Ils créent une certaine ambiance, cela fait partie du folklore, de l'atmosphère générale. C'est gai d'étudier un match, de tenir compte des forces et des faiblesses de chaque équipe avant de faire une estimation quant à la conclusion de la rencontre. Le développement d'internet a donné une dimension de plus en plus énorme à cette activité. Le potentiel clientèle pour chaque match proposé, où qu'il se situe, peut désormais atteindre la dimension mondiale. Le risque d'assister à des problèmes est désormais plus important. Y a-t-il des problèmes ? Je ne le sais pas. Suite à mes investigations, j'ai affirmé clairement que des matches ont attiré des mises anormalement élevées. Il m'a semblé utile de demander l'avis de spécialistes de ce domaine qui ont confirmé mes propos, soulignant l'importance des paris pris sur Saint-Trond-La Louvière et d'autres matches de D1 belge. Je n'ai rien dit de plus. On peut en tirer la conclusion, comme certains, qu'il y a beaucoup de matches truqués mais ce n'est pas nécessairement là qu'il faut en arriver. Je m'informe et je constate que, de temps en temps, ici ou ailleurs, des matches attirent des mises colossales. Mes remarques s'arrêtent là et je n'ai jamais affirmé qu'il y aurait eu des magouilles à Saint-Trond ou autre part. Je n'accuse aucun club, il est faux de prétendre le contraire. Cela vaut la peine d'analyser les matches sur lesquels les paris furent infiniment plus élevés que d'habitude pour voir si tout était normal ou pas. Et, à mon avis, il ne s'est rien passé de répréhensible lors de Saint-Trond-La Louvière. Je me suis entretenu avec chaque joueur. Aucun propos n'indiquait quoi que ce soit d'anormal. Et c'est lors de cette conversation que chaque joueur a signé un document interdisant, dans leur chef, tout pari sur les matches de leur club. J'espère que non. Cela dépend un peu de la présentation et de l'analyse de tout cela dans les médias. A mon avis, le public approuve la révélation des problèmes. On ne peut pas ignorer la dangerosité de la situation et vivre comme si de rien n'était. Non, ce n'est pas normal. Il faut savoir d'où viennent ces mises, qui les a engagées, où, quand, comment et pourquoi. Si on ne procède pas de la sorte, il pourrait y avoir des probabilités de matches truqués. Il faut voir ce qui cloche, éliminer cette probabilité, le doute qui pourrait planer sur certaines rencontres. Si on y arrive, c'est bien car le football préservera ses valeurs et la qualité de ses matches. En cas de mise à jour de culpabilités, ce sera tout aussi positif pour le football. Mais, il faut le dire : tout cela doit aller le plus vite possible. Il n'est pas bon qu'un climat de psychose s'installe. Des noms de joueurs sont cités sans preuves et c'est catastrophique pour leur image et leur réputation. A ce jour, j'ai la certitude que mes joueurs sont innocents. Je ne veux pas semer le doute : pour moi, tous les clubs sont innocents jusqu'à preuve du contraire. A mon avis, c'est la bonne attitude à adopter... Cela part d'un postulat : il faut des finances saines. Je n'accuserai jamais personne sans preuve. Il n'est pas impossible que le Lierse ait entamé une réflexion suite à mes propos sur les gros paris. Certains avancent la thèse, qui n'est pas prouvée, selon laquelle le Chinois récupérerait ses mises via des gains sur des matches truqués. Non, ce n'est pas décourageant pour un homme d'affaires. Le football fera sa toilette, si nécessaire, et reste une activité sportive et sociale très intéressante. Je ne me laisse pas facilement décourager. Il faut résoudre le problème, point à la ligne. Nous sommes sur la bonne voie mais il ne convient surtout pas de s'arrêter. C'est parce qu'on réagit que le football actuel, très secoué, est quand même plus sain qu'il y a 20 ou 30 ans. J'ai tâté du ballon en équipe de jeunes au White Star. J'étais milieu de terrain. J'avais 12 ou 13 ans et j'habitais alors à Woluwé. J'aimais bien cette ambiance, la vie de groupe, la nature, le stade Fallon, les matches de jeunes, etc. A mon avis, le football, pour les jeunes, c'est mieux que le scoutisme. Mon père qui était à la gendarmerie, joua, lui, en équipe Première à l'Union Namur durant les années 30. Je me suis également adonné à l'athlétisme au White Star. A 15 ans, je me suis tourné vers le 110 m haies, le 400 m haies. J'ai arrêté à 30 ou 31ans. J'ai pris part à des championnats de Belgique. Si je n'étais pas des meilleurs, je n'étais pas mauvais non plus. Mes parents préféraient que je pratique ce sport moins dangereux. Mais j'ai toujours estimé que le football était une discipline sportive plus agréable à pratiquer. L'athlète est souvent seul. L'ambiance qui règne dans les stades de football est unique et conviviale. Au départ, je voulais afficher le nom de notre nouveau parti politique, Vivant, sur les maillots de Saint-Trond. L'Union Belge refusa cette idée trop... politique. J'ai alors songé à une association de sociétés, TV Lokaal.com. Le but était d'avoir la télé sur internet et TV Lokaal.com était, en quelque sorte, le prédécesseur de Belgacom TV. Nous diffusions ainsi des tas d'images et d'informations sur la vie de la région et du club, entre autres. Le monde des médias change vite et ce n'est qu'un début. Les journaux vont disparaître. Il n'y aura bientôt plus de place que pour les magazines qui ont le temps d'approfondir des thèmes et de publier des enquêtes de fond. Pour les infos quotidiennes, ne nécessitant pas un recul, il y a l'internet. Les sites d'information réagissent tout de suite, les nouvelles ne doivent pas être imprimées la nuit, distribuées le matin, etc. Il suffit d'ouvrir son écran d'ordinateur pour être informé 24 heures sur 24. Si les journaux étaient à inventer de nos jours, ils ne verraient plus le jour. L'internet est plus performant que le papier et on peut y ajouter de la vidéo. A Saint-Trond, il n'y a pas eu assez de visites sur le site de TV Lokaal.com pour pouvoir continuer. C'est un domaine en plein développement et nous avons aussi investi dans le site d'informations sportives Sports.be et Advalvas.be. Quand Saint-Trond m'a proposé la présidence, je n'ai pas osé dire non. J'ai posé beaucoup de conditions dans le but de les décourager. Tout a été accepté. Mon problème est de n'avoir que peu de temps. Si je m'engageais, je ne pouvais pas, par contre, me permettre d'avoir de longues réunions au club. Je devais pouvoir le contrôler sans y aller sans cesse. Je consulte les gens, dont l'ancien président. Mon intention était de placer Marc Wilmots dans le conseil d'administration. Il a préféré être entraîneur. J'ai toujours considéré, et je ne change pas d'avis, que c'est un bon coach, mais la position au classement général incita le club à changer son fusil d'épaule. J'avais été contacté par le Germinal Beerschot avant que ce ne soit le cas de Saint-Trond. C'était une situation difficile. Je ne pouvais pas être présent sur les deux tableaux Dès lors, mon fils et ma fille ont investi un demi million d'euros au Germinal Beerschot et ma société a consacré un million d'euros à Saint-Trond. J'étais actionnaire de Mister Bookmaker de façon indirecte via TV Lokaal.com et cela s'inscrivait parfaitement dans notre intérêt pour internet. Les paris sur les matches, une activité où la Loterie Nationale aimerait se relancer, c'est une façon honorable de faire des affaires. Ce qui ne l'est pas du tout, c'est d'acheter les matches. Nous avons revendu nos parts car on nous proposait un bon prix. Je ne crois pas que les supporters puissent s'identifier à une équipe ou à des joueurs qui trichent. En m'élevant contre la supercherie, je ne fais que suivre une directive de l'UEFA qui demande de respecter un code éthique. Ce n'est pas une idée de Roland Duchâtelet mais bien une obligation de l'UEFA que je suis. Quand un joueur simule ou usurpe une victoire, cela ne va pas. On ne respecte pas l'esprit sportif. En Angleterre, par exemple, Chelsea n'a pas besoin de tricher pour gagner. Le public anglais ne veut pas de cela. Je ne vois pas pourquoi il n'en serait pas de même en Belgique. Il est intolérable de constater que des équipes puissent gagner suite à des erreurs d'arbitrage. C'est pour cela que les arbitres doivent être aidés, quand il le faut, par la vidéo. Cela ne servirait à rien, au contraire. Les pays qui ont procédé à un écrémage de leur D1 n'ont pas du tout renforcé leur football. Les nations qui envoient beaucoup de clubs en Coupe d'Europe, ne jouent pas, chez eux, dans une mini-D1. C'est le cas de la Hollande qui n'a pas allégé sa D1. L'Ecosse, l'Autriche, la Suisse et d'autres bien : sans grand succès. Une répétition des mêmes affiches lasserait le public et même en cas de recettes télévisées supplémentaires, l'écart financier avec les grands pays resterait considérable. Les petits clubs assument un rôle important en Belgique (révélation du talent, des jeunes, etc.) et on ne peut pas l'ignorer. PIERRE BILIC