Le Carolo revient sur son année noire et a enterré ses illusions internationales.
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Le Carolo revient sur son année noire et a enterré ses illusions internationales. Majid Oulmers (27 ans) : " Je me suis très peu exprimé dans les médias depuis que Charleroi a décidé d'attaquer la FIFA en justice. Mais ce n'est même pas un choix. On m'a peu sollicité, c'est ça la raison. Je n'ai aucun problème, je ne fuis pas la presse. Pourquoi devrais-je me cacher ? Je n'ai rien fait de mal, quand même. Je ne suis qu'une victime. Mais je comprends que je ne suis en même temps qu'un acteur secondaire de cette affaire. D'accord, tout est parti de ma blessure avec l'équipe nationale marocaine, mais aujourd'hui, le débat est ailleurs. C'est le Sporting qui s'estime le plus lésé dans l'histoire. Et finalement, c'est peut-être mieux pour moi qu'on ne me demande pas trop souvent mon avis. Cela me permet au moins de me concentrer sur le jeu, les entraînements, les matches". " Ma seule priorité est là : retrouver mon meilleur niveau et une place de titulaire dans mon club. Tout ce qui se passe en marge de mon accident, je l'apprends via les journaux. Je jette un £il distrait sur les développements, ça ne m'obsède pas ". " Je n'ai jamais essayé de chiffrer ce que cette blessure m'a déjà coûté. Mais ça représente une belle somme. Entre ma blessure et la fin de la saison dernière, le Sporting a pris 41 points sans moi. C'est énorme, ça représente un paquet de primes. Pendant que mes coéquipiers accumulaient ces primes, je devais me contenter de mon salaire fixe. A cette perte, il faut ajouter d'importants frais médicaux. L'assurance du club a pris une partie des factures à sa charge, mais je dois aussi intervenir parce qu'il est stipulé noir sur blanc dans mon contrat que je ne suis pas couvert en cas de blessure subie en dehors des entraînements ou des matches du Sporting. Donc, je dois payer moi-même des frais de kiné, d'ostéopathe, etc. Je n'avais pas réfléchi à ce problème quand j'ai rejoint la sélection marocaine. C'était la première fois qu'on m'appelait, j'étais tout excité, j'étais loin de penser aux assurances. Le club a d'abord tenté de me dissuader en me disant qu'un match amical contre une équipe africaine, c'était toujours un risque. J'ai pesé le pour et le contre puis j'ai décidé de partir. Ce Maroc-Burkina signifiait mes grands débuts internationaux, ça devait être un jour historique pour moi. Je pensais aussi qu'en refusant la sélection, je risquais de ne plus jamais être convoqué. Aujourd'hui, je me dis que j'ai de toute façon peu de chances de rejouer un jour en équipe marocaine. Tout indique que ce match contre le Burkina Faso restera un one-shot. C'est facile à comprendre. La FIFA met probablement la pression sur la Fédération marocaine pour qu'on ne me sélectionne plus. Je suis devenu un cas à problèmes. En plus, les relations entre le Sporting et la fédé marocaine ne sont plus très bonnes depuis que le club avait réclamé des dommages suite à ma blessure. Le Maroc garde aussi l'espoir d'organiser un jour la Coupe du Monde : c'est une autre raison pour ne plus me faire jouer. Bref, je suis grillé là-bas. Même si je reviens à mon meilleur niveau, on se passera de moi. C'est triste mais je me plie à des raisonnements pareils parce que je n'ai pas le choix. Ce qui me fait encore plus mal, c'est que personne de la fédé ne s'est donné la peine de prendre de mes nouvelles depuis mon opération. La presse marocaine m'appelle parfois, j'ai aussi des contacts avec Badou Zaki, le coach fédéral de l'époque qui a été viré entre-temps, mais ça s'arrête là. Si j'avais en face de moi quelqu'un de la Fédération, je lui dirais seulement : -Montrez-moi au moins que vous ne m'avez pas oublié, c'est quand même en défendant les couleurs du Maroc que je me suis blessé gravement. Si c'était à refaire, c'est clair que je ne rejouerais jamais un match pareil sans être correctement assuré ". " Je reviens petit à petit dans le coup, je me sens de mieux en mieux. Je ne suis pas encore au niveau que j'avais il y a un an, juste avant ma blessure, mais je m'en rapproche de semaine en semaine. Le médecin du Sporting m'a prévenu que je garderais éternellement des séquelles, des douleurs, surtout en hiver et pendant les périodes de surcharge de travail. Raymond Mommens, qui a été victime d'une blessure comparable, me dit qu'il en souffre toujours aujourd'hui. C'est apparemment normal parce que ma cheville a été fort charcutée pendant l'opération. Elle est toujours un peu raide et j'ai une gêne au tendon d'Achille qui n'a pas encore disparu depuis la reprise des entraînements en été. Mais j'ai bon espoir que cela s'atténue progressivement. Je comprends que Jacky Mathijssen fasse jouer des gars qui ne souffrent de rien. Alors je patiente, le plus souvent sur le banc. Je me sens parfois un peu frustré mais je le prends sur moi, je mords sur ma chique. On me parle parfois de Jean-Marc Bosman, on fait des comparaisons entre la situation qu'il a vécue et celle que je vis aujourd'hui. Mais les deux cas sont très différents. Bosman avait lui-même attaqué la FIFA de front alors que le Sporting n'a fait qu'utiliser ma blessure pour s'en prendre à la fédération mondiale. Bosman est devenu célèbre grâce à son arrêt ; moi, je veux être reconnu pour ce que je fais sur les terrains. On me dit parfois que, s'il y a un jour un arrêt Oulmers, ma renommée sera assurée. Cela ne m'interpelle pas du tout. Tout indique que cette affaire va durer des années. Je ne serai probablement plus en Belgique quand il y aura un verdict définitif. Une autre différence importante avec Bosman, c'est qu'il a été dédommagé après avoir gagné son procès. Moi, je ne suis pas concerné par l'aspect financier. Il n'y a rien de prévu à ce niveau-là avec le Sporting. C'est le club qui a lancé toutes les démarches, c'est lui qui doit toucher l'argent en cas de victoire. J'ai pu re-signer un nouveau contrat de trois ans au moment où j'étais blessé : le geste du club est là. Je n'ai plus jamais vu Lamine Traoré depuis qu'il m'a démoli la cheville. Il est à Anderlecht, je suis à Charleroi, chacun chez soi. Vous m'aviez proposé de le rencontrer pour une interview commune en début de saison mais j'avais refusé et je ne le regrette pas. Ce type n'a même jamais pris la peine de m'appeler pour savoir comment j'allais. Je n'ai rien à lui dire, point à la ligne ". PIERRE DANVOYE" TRAORÉ ? JE N'AI RIEN À LUI DIRE "