La Premier League ne manque pas de contes de fées. C'est comme un dernier rempart de romantisme face à cette machine de guerre économique. L'année passée, l'air frais venait de Blackpool, des mandarines portées par un football offensif et éloigné du kick and rush local. Cette saison, l'équipe qui a pris la place de Blackpool au sein de l'élite anglaise, a également pillé l'étiquette de fraîcheur automnale. Swansea, premier club gallois de l'histoire de la Premier League et promis à une relégation expresse, séduit pourtant tout le monde. La formation entraînée par Brendan Rogers, fait plus que se défendre : elle occupe une excellente 10e place. Le tout en pratiquant un jeu construit et léché, grâce à un entrejeu composé de joueurs petits et techniques. Bref, des anachronismes du football anglais. ...

La Premier League ne manque pas de contes de fées. C'est comme un dernier rempart de romantisme face à cette machine de guerre économique. L'année passée, l'air frais venait de Blackpool, des mandarines portées par un football offensif et éloigné du kick and rush local. Cette saison, l'équipe qui a pris la place de Blackpool au sein de l'élite anglaise, a également pillé l'étiquette de fraîcheur automnale. Swansea, premier club gallois de l'histoire de la Premier League et promis à une relégation expresse, séduit pourtant tout le monde. La formation entraînée par Brendan Rogers, fait plus que se défendre : elle occupe une excellente 10e place. Le tout en pratiquant un jeu construit et léché, grâce à un entrejeu composé de joueurs petits et techniques. Bref, des anachronismes du football anglais. Et comme la Premier League se nourrit de statistiques, il n'en manquait plus qu'une pour couronner l'élan apporté par Swansea. Elle est venue, contre Bolton le 29 octobre, du médian Leon Britton. Ce jour-là, ce joueur de poche (1m65) réussit le match parfait. Pas une passe ratée. Britton devenait le premier joueur offensif à réussir 100 % de passes : 67 réussies sur 67 tentées. Du jamais vu dans l'histoire de la Premier League. Et depuis six ans, jamais un joueur n'était parvenu à un tel nombre de passes réussies ! Et ce qui est extra, c'est qu'il ne s'agissait pas vraiment d'un hasard. Contre West Bromwich Albion, quelques semaines plus tôt, Britton avait déjà atteint le ratio incroyable de 97 % de passes réussies. Et à Liverpool, dans l'enfer d'Anfield, il récidivait avec un pourcentage de 92,6 % (soit 63 passes sur 68). A 29 ans, Britton réussit donc une entrée remarquée dans l'histoire de la compétition anglaise. Parler d'éclosion tardive serait trahir son talent repéré très jeune. A 12 ans, Chelsea avait déjà un £il sur ce pur Londonien, mais c'est Arsenal qui gagna la bataille. C'est dans l'école des jeunes des Gunners qu'il peaufina son apprentissage. Jusqu'à l'arrivée d' Arsène Wenger qui, en 1996, décida de sacrifier quelques jeunes pousses anglaises sur l'autel de la mondialisation en faisant venir des jeunes prometteurs du monde entier. Poussé vers la sortie, Britton est récupéré par West Ham, formidable école de formation, à l'origine de l'éclosion des Rio Ferdinand, Frank Lampard, Joe Cole et autre Jermaine Defoe. Harry Redknapp, à l'époque manager des Hammers, déboursa 400.000 livres (600.000 euros), un record pour un joueur de 16 ans, mais Britton tarda à exploser, devant se contenter des matches de Réserves. " A 19 ans, j'ai senti que cela ne prenait pas la direction que je voulais ", explique-t-il, " Defoe avait le même âge que moi et commençait à jouer quelques matches pro. Moi pas. Je me suis dit alors que je voulais jouer. Avec l'équipe première le samedi après-midi. Pas dans une équipe Réserve, le mardi soir devant deux personnes et un chien. " Il sollicita alors un prêt mais aucune équipe des trois premières divisions n'était intéressée par un gamin de 19 ans qui n'avait pas disputé un seul match pro. Finalement, son manager arriva à convaincre un pensionnaire de League Two (4e division) de lui faire confiance. Nous sommes en 2002 et l'équipe se nomme Swansea où il signa son premier match pro, un après-midi hivernal de 2002, à Exeter City. " Je savais que Swansea se trouvait au Pays de Galles mais je ne savais pas où exactement. Je m'en foutais. Ce que je voulais, c'était jouer. "Avec les Swans il va tout connaître, passant de divisions en divisions, grandissant avec le club. " Au début, on commençait la journée en ne sachant pas où on allait s'entraîner. Le bus qui nous conduisait pour les matches en déplacement était un bus scolaire. On n'avait pas de déjeuners avant l'entraînement, pas de diner après, pas d'eau pendant. On devait nettoyer nos équipements. " Six mois après son arrivée, il fêtait déjà sa première promotion (et un premier titre de joueur de la saison) et depuis lors, mis à part un crochet à Sheffield United en 2009-2010 qu'il qualifia lui-même d'erreur, il fut fidèle à Swansea. Gallois d'adoption au point d'épouser une fille du pays ! Aujourd'hui, après plus de 300 apparitions sous le maillot des Swans, la Premier League découvre son talent, sa vista et un incroyable sens de la passe. PAR STÉPHANE VANDE VELDE - PHOTO: IMAGEGLOBE Le seul joueur offensif à avoir réussi 100 % de passes dans un match de Premier League.