Vous êtes vraiment attaché à Verlaine!

Gilbert Bodart (39 ans): Je suis un homme de la campagne. J'aime l'atmosphère familiale de mon village natal. Je passais toujours devant cette maison pour aller à l'école. Je me disais: -C'est super, les gens doivent être tranquilles, là. J'ai acheté une maison deux kilomètres plus loin mais en allant au Standard, je passais devant. Un jour, j'ai vu une pancarte : à vendre. Je n'ai pas hésité.
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Gilbert Bodart (39 ans): Je suis un homme de la campagne. J'aime l'atmosphère familiale de mon village natal. Je passais toujours devant cette maison pour aller à l'école. Je me disais: -C'est super, les gens doivent être tranquilles, là. J'ai acheté une maison deux kilomètres plus loin mais en allant au Standard, je passais devant. Un jour, j'ai vu une pancarte : à vendre. Je n'ai pas hésité. Quand j'en ai le temps. Tondre la pelouse au tracteur me prend six heures... Je dois aussi ramasser les branches tombées à cause de la violence du vent. Les enfants peuvent jouer en paix dans ce jardin, et même y rouler en vélo.Qu'y a-t-il de plus important que la vie et l'éducation des enfants? Je ne voudrais pas que mes enfants soient confiés à une autre personne. C'est une question de réalisme. Pour Chloé (huit ans) et Tom (cinq ans), une mère pareille, c'est le paradis, surtout avec un père invisible. Je suis très fier qu'il ne leur manque rien. Lorsqu'ils rentrent de l'école, Joanna les aide à faire les devoirs. Elle parle même mieux italien que moi car elle a suivi des cours avec la petite. Le soir, ils trouvent un repas chaud.Le matin, en déjeunant, je passe la presse en revue. Tous ces vols, ces car-jackings, ces histoires de pédophilie m'interpellent. L'insécurité croissante m'inquiète. Quant aux enfants... Je ne lève jamais la main sur eux, je hausse parfois le ton mais je suis trop bon, comme dans la vie. Ils en profitent. Quand je le peux, j'aime leur donner le bain. La pièce se transforme en piscine... Tant que j'aurai mon mot à dire, je veux qu'ils respectent certaines choses. Pas question de piercings ou de pantalons déchirés. Je peux me fâcher. D'ailleurs, il leur arrive de me provoquer, par jeu. Je leur explique aussi que tous les enfants n'ont pas à manger et que certains se contentent d'un morceau de bois pour jouer.Ma fille a toutes les qualités pour devenir une grande sportive. Tom est encore trop petit pour qu'on puisse le juger. J'aimerais qu'il joue au football, c'est normal. Quand je vois Chloé, elle me rappelle sa mère: elle est aussi rapide et souple, même si elle a hérité de ma taille. Elle est tellement dynamique que j'ai parfois envie de la débrancher. Elle n'arrête pas, du matin au soir. Elle fait déjà de la gymnastique, du modern jazz, de la natation et du tennis... Ils aiment la nature, la vie de famille. Lorsqu'ils ont bien travaillé à l'école, ils ont droit à deux jours de sortie dans la famille.La pêche, la nature. Quand j'en ai le temps, j'enfile mes bottes et je marche une heure ou deux dans les bois. Je m'y ressource. J'aime le tennis de table et le tennis. D'ailleurs, c'était ma grande passion. Jusqu'à 23 ans, j'ai combiné foot et tennis, à l'insu de Roger Petit. Il m'arrivait de jouer un match de tennis le dimanche matin avant de disputer le match de foot à 15 h puis de jouer la finale de tennis le soir. C'était tellement gros que nul ne s'est jamais douté de rien! Hormis les six derniers mois à Ravenne, j'ai eu peu de loisirs. Et maintenant, le football me manque déjà! Je me suis calmé! Quand j'ai un problème, je me renferme, je tente de tout régler moi-même, ce qui peut énerver Joanna. Elle est très positive, sociable. La vie m'a appris à relativiser. Victor Mero, un défenseur de Brescia que j'appréciais, vient de mourir dans un accident... Je me dis que même mon pire ennemi doit avoir des qualités. C'est ma famille qui compte.Avant, j'aimais les belles voitures. Maintenant, elle doivent être confortables et bien rouler. Je n'aime pas la télévision, sauf pour le sport et le foot. Sa cuisine est fantastique, j'aime bien la grappa et les gens sont chaleureux. L'élégance italienne n'est pas un vain mot. Les joueurs viennent en costume à l'entraînement. Ils portent des trucs originaux. Au début, ils se sont moqués de moi. Je me suis mis au diapason. De toute façon, quand je sors, ce n'est plus en jeans. Une question d'âge, aussi.Joanne Rudzick (34 ans): Je travaillais au Sart-Tilman, dans le cadre des journées sportives pour les jeunes. Nous sommes devenus copains et de fil en aiguille, notre relation a changé. Nous nous sommes mariés en 1993. Après mes humanités, j'ai fait deux ans de comptabilité avant de travailler. Je jouais au handball en D1, à Bressoux. Je ne regrette rien. Je n'en ai pas le temps: deux enfants, une grande maison, sept déménagements au total, des changements d'école...Je regrette l'Italie, la chaleur et la décontraction de ses habitants mais je retrouve ma maison et les enfants peuvent poursuivre leur scolarité sans hiatus. Chloé a dû doubler mais elle est bilingue. Tom aussi mais il refuse de parler italien car il ne veut plus retourner en Italie. Les Italiens sont plus chaleureux. Par exemple, au début, le propriétaire de la maison m'a aidée à remplir les formalités. Quand j'ai repris le train pour la Belgique, un voisin m'a accompagnée jusqu'au wagon.Oui, nous mangions deux repas chauds par jour, comme eux. Nous avions déniché un restaurant spécialisé en raclettes et en fondues. A l'école, le coca, le chocolat, les chips sont interdits. Les repas sont plus équilibrés qu'ici. D'un autre côté, le privé est payant: 175 euros par mois, environ, en maternelle. On va à l'église tous les jours. Chloé n'est restée que deux mois dans cette école de village. On y imposait le port du tablier et d'un noeud. Moi qui adore l'habiller, c'était raté!Vivre en Italie m'a rendue plus indépendante. J'ai dû me débrouiller pour tout. Une fois, j'ai cherché mon chemin pendant trois heures...De temps à autre, Gilbert et moi jouons au tennis,... sur la PlayStation. Nous sommes tous les deux des râleurs. Il ne supporte pas de perdre et il enrage quand c'est le cas. Evidemment, j'en remets une couche. Il me le rend bien! Au ping-pong, il me surpasse: alors, je gagne si j'arrive à 7 sur 21. J'aime la lecture, les films d'action et d'horreur mais... pas toute seule. Gilbert me tient compagnie. Je surfe sur internet avec Chloé. En Italie, nous aimions nous promener au bord de l'eau et manger des glaces. Nous continuons à marcher ici, dans les bois.Cette année, nous aimerions partir deux semaines aux Caraïbes ou en Guadeloupe. Pas plus car Gilbert est casanier. C'est un angoissé. Il ne vit que pour le football. S'impliquer comme il le fait est rare. Il garde ses problèmes pour lui. Quand il s'est blessé à la tête, il est rentré le soir-même, pour nous. Il est râleur mais gentil. Il a toutes les qualités que j'attends d'un homme. Son défaut, c'est le téléphone! Ça n'arrête pas.Gilbert se concentrait trois jours avant le match... Mais son métier a tant d'avantages. Que doivent dire les ouvriers qui partent à cinq heures du matin et reviennent à huit heures du soir? Malgré les mises au vert, il était souvent à la maison. J'ai appris à connaître le football, même si la présence des enfants ne me permet pas toujours de suivre les matches. J'étais à la maison quand il s'est blessé. Ses parents m'ont téléphoné. J'ai alors tenté d'avoir davantage de nouvelles, sans succès. C'est dur. Son poste est particulièrement stressant: il est plus exposé aux regards mais aussi aux blessures.Je suis très naturelle. Je me balade en jeans ou en training. Les vêtements des Italiennes feraient sursauter, ici! Elles sont plus extravagantes. Les femmes de joueurs sont très sophistiquées. En Italie, on se pomponne même pour aller à la plage. Pascale Piérard, ,