Aimé Anthuenis (76 ans) est né et a grandi à Lokeren. À l'époque, le derby entre le Racing et le Standaard, en divisions inférieures, attirait 5.000 spectateurs. En 1970, à l'époque où les deux clubs ont fusionné, il portait le maillot du Racing, en Promotion. " Chaque année, les deux clubs avaient des problèmes financiers ", dit-il. " La fusion a pris parce que les bailleurs de fonds des deux clubs ont pu s'entendre.

Etienne Rogiers, un homme d'affaires ambitieux qui n'avait pas d'enfant, a beaucoup investi. Il faisait des affaires en Pologne et a réussi à amener Wlodek Lubanski à Lokeren. La ville avait collaboré également en mettant un terrain " neutre " à disposition du nouveau club, à Daknam. Avant, on y organisait des matches entre les policiers et les pompiers ou des courses de lévriers.

Dès 1974, le Sporting Lokeren rejoignait la D1. En 1977, il était bien près d'éliminer le FC Barcelone en Coupe de l'UEFA. En 1981, il était vice-champion de Belgique et un an plus tard, il se hissait en quart de finale de Coupe d'Europe. " Le premier entraîneur était tchèque : Ladislav Novak ", dit Anthuenis.

" Plus tard, Lokeren allait amener d'autres Tchèques, comme Jan Koller et Roman Vonasek. Le manager, Aloïs Derijcker, avait tissé un réseau de scouting énorme, tant en Belgique qu'à l'étranger. Il avait ainsi fait venir l'Écossais James Bett et l'Islandais Arnor Gudjohnsen. L'équipe avait le niveau européen.

En 1976, Lokeren a bien failli éliminer le FC Barcelone en Coupe de l'UEFA. C'était sans compter sur Johan Cruijff., BELGAIMAGE
En 1976, Lokeren a bien failli éliminer le FC Barcelone en Coupe de l'UEFA. C'était sans compter sur Johan Cruijff. © BELGAIMAGE

Wlodek Lubanski était le Cruijff des pays de l'Est. Il n'avait pu venir que parce qu'il s'était blessé au genou et avait été écarté des terrains pendant plus d'un an. Grzegorz Lato était un grand joueur également et Preben Larsen était considéré comme le meilleur jeune d'Europe mais à Cologne, Hennes Weisweiler ne le faisait pas jouer.

Aimé Anthuenis, BELGAIMAGE
Aimé Anthuenis © BELGAIMAGE

Et il y avait aussi de très bons Belges comme Raymond Mommens, Eddy Snelders, René Verheyen et Bob Dalving. Certains internationaux comme Roger Henrotay et Guy Dardenne se retrouvaient même sur le banc".

Le village des miracles

" Les difficultés ont commencé au milieu des années '80 parce que Rogiers ne suivait plus. Les résultats étaient moins bons et il y avait moins de monde. En 1985, je suis devenu entraîneur et j'ai fait monter plusieurs juniors : Danny D'Hondt, Patrick Van Veirdeghem, Patrick Naudts, Angelo Nijskens, les frères M'Buyu. Nous avons été européens avec une jeune équipe.

Stany Rogiers, BELGAIMAGE
Stany Rogiers © BELGAIMAGE

Nous recrutions en D2 ou en D3, des joueurs comme Patrick et Bruno Versavel, que nous revendions par la suite. Ça marchait parfois mais pas toujours et chaque année, il nous manquait 20 millions de francs belges. Sans le rachat par Roger Lambrecht, au début des années '90, le club aurait déjà été un oiseau pour le chat. Il fallait un investisseur.

Lambrecht n'a jamais caché que, quand il vendait un joueur, il prenait son pourcentage mais il y a dix ans, lorsque Lokeren s'est sauvé lors de la dernière journée, il a pleuré et il a beaucoup investi pour ne plus que ça se reproduise. C'est ainsi qu'il a gagné deux fois la coupe mais cette équipe a été démantelée. Ça fait des années qu'il y a trop peu d'argent et de talent."

Stany Rogiers (70 ans) a été joueur et kiné du club. " Nous avons lancé un concept. Avant, on parlait de soigneurs et d'éponges-miracle. J'étais en ligne directe avec le professeur Marc Martens, une sommité sur le plan européen. Il m'a même reçu chez lui avec Preben Larsen un 11 novembre !

J'ai vécu de grands moments à Lokeren. Ce club de village a fait de grands transferts et jouait très bien au football. On parlait de village des miracles. Je m'y suis toujours senti bien. Nous étions des amis et respections énormément la direction : Etienne Rogiers, Aloïs Derycker et Gaston Keppens, le vice-président. Ce club avait une âme et des valeurs. On savait y faire la fête."

Un club familial et sympa

Henk Mariman (49 ans) habitait à Daknam, un hameau de Lokeren. Il était supporter du Sporting, y a été gardien en équipes d'âge et entraîneur des jeunes. " J'y allais à vélo, je ne mettais que dix minutes ", dit-il. " En revenant de l'école, je m'arrêtais au terrain d'entraînement pour regarder la séance de l'équipe première.

C'était la génération 86-87 : Bob Hoogenboom, René Van der Gijp, Stephen Keshi, Didier et Dimitri Mbuyu. Mon idole, c'était le Finlandais Kari Ukkonen, un gaucher qui mettait le ballon là où il voulait. Je faisais les déplacements en car. Je suis allé un peu partout mais je ressens toujours plus d'émotions à Daknam que dans n'importe quel grand club.

La plus belle période fut celle où le nombre d'étrangers était limité à trois. Il ne fallait pas se tromper. L'époque du trio tchèque Koller-Vonasek- Budka n'était pas mal non plus, tout comme l'équipe qui est montée en D1 avec les Néerlandais Remco Torken et Marcel Peeper.

Avec l'arrivée massive des étrangers, le club a un peu perdu son identité mais le fait d'être resté aussi longtemps en D1 et d'avoir signé de tels résultats avec aussi peu de supporters est remarquable. Ici, les supporters connaissent tout le monde. C'est un club familial, ouvert, accessible et sympa."

Dimitri Mbuyu (55 ans) a joué à la pointe de l'attaque de Lokeren de 1983 à 1987. L'an dernier, il en a été le directeur technique pendant quelques mois. Comme son frère Didier, il a grandi et a été formé à Lokeren. " Nous pouvions à peine marcher que nous étions déjà supporters ", dit-il. " J'y ai passé des années formidables et j'y suis même devenu international. C'était une autre époque.

Lokeren était un club populaire et traditionnel qui soignait le spectacle et plaisait aux amateurs de football. Le groupe était solide et uni. C'était un pour tous, tous pour un. Je n'aime pas ce qui arrive maintenant. La semaine dernière, j'ai rencontré Wlodek Lubanski et il m'a dit la même chose. Ça reste notre club de coeur, on ne veut pas le voir disparaître. Certains supporters sont fâchés, d'autres moins. Le plus difficile, c'est pour ceux qui ont connu les belles années."

Une ambiance de provinciale

Boubacar Copa (40 ans) est un des nombreux Africains à avoir porté le maillot du club waeslandien, dont il a défendu les filets de 2007 à 2017. " Lokeren, c'est ma famille ", dit l'Ivoirien. " J'aime y retourner et j'y suis toujours accueilli à bras ouverts. Quand je suis parti, j'ai pleuré. Là-bas, tout venait du coeur. On ne devenait pas riche en jouant à Lokeren mais tout le monde était très impliqué et voulait toujours faire mieux. J'ai beaucoup donné au club mais j'ai beaucoup reçu en retour. "

Jan Van Troos (57 ans) est scout depuis 2007. Son meilleur souvenir date de l'époque où Peter Maes était entraîneur et Willy Reynders, directeur sportif. " Peter parle peu mais tout est toujours très clair avec lui. Il est à l'image du club. Avec de petits moyens, nous avons remporté deux coupes de Belgique, nous avons disputé les play-offs 1 et joué en Coupe d'Europe. Peter tirait le maximum des joueurs. On travaillait dur mais l'ambiance était excellente et on savait faire la fête. "

Henk Mariman, BELGAIMAGE
Henk Mariman © BELGAIMAGE

Freddy Heirman (71 ans) a été entraîneur-adjoint. " Je m'y suis toujours senti chez moi. Les stars n'avaient pas leur place au sein du vestiaire. J'ai connu les Islandais, Runar Kristinsson et Arnar Gretarsson, des gars qui tiraient les autres mais restaient modestes. Les gens de Lokeren sont fiers et aiment le football. Je pense aussi aux nombreux bénévoles : Hilda et Beirke qui préparaient les repas et le matériel, le délégué Willy Peeters, le secrétaire Louis Horemans... Ils ont tout connu, de la Promotion à la Coupe d'Europe. Le regretté Fiel Laureys était Mister Lokeren. Heureusement qu'il n'a pas vécu tout ceci. "

Dimitri Mbuyu, BELGAIMAGE
Dimitri Mbuyu © BELGAIMAGE

Herman De Landtsheer (61 ans) a été analyste vidéo de juillet 2007 à juin 2012. " À Lokeren, il n'y avait pas de stress, on était proches des fans. L'ambiance était davantage celle d'un club de provinciale que celle d'un grand club. Il n'y avait pas d'intermédiaires, les portes étaient toujours ouvertes. Les bénévoles nous mettaient dans de l'ouate. Certains étaient là depuis 20 ou 30 ans : ils mériteraient une statue. L'école des jeunes a également permis au club de survivre. La figure de proue du club, c'est Killian Overmeire. Et Willy Peeters qui, à 80 ans, dansait toujours devant le kop. Je n'oublierai jamais sa joie de vivre. "

Boubacar Copa, BELGAIMAGE
Boubacar Copa © BELGAIMAGE

Plus d'argent, vraiment ?

L'Islandais Arnar Vidarsson (41 ans) a joué à Lokeren pendant 9 ans. Il en a été le capitaine, a épousé une Lokerenoise et y habite toujours. " C'est un club familial où tout le monde connaît tout le monde ", dit-il. " L'ADN, ce sont les supporters qui adorent les gens qui se donnent à fond, et l'école des jeunes, qui a formé plus de joueurs que beaucoup d'autres clubs. "

Il y a été scout, entraîneur des espoirs, adjoint et intérimaire. De plus, ses fils y jouent en équipes d'âge. Il vient donc encore très souvent au stade et la situation actuelle du club lui fait mal. " En cinq ans, tout a été détruit. Quand tout allait bien, on n'a pas investi dans l'infrastructure. Je comprends qu'à son âge, Monsieur Lambrecht n'en voyait pas l'utilité mais c'est la base du club. Les difficultés ont commencé quand le prix des joueurs a augmenté.

Il aurait fallu pouvoir compter sur les jeunes et les supporters. Après la vente du club, ça a été la catastrophe mais la descente aux enfers avait déjà commencé au début de l'année dernière, quand on avait renvoyé tous les jeunes dans le noyau B en disant qu'ils n'étaient pas assez bons. Ça a fait beaucoup de tort. Un club comme Lokeren devrait toujours avoir 6 à 8 jeunes dans son noyau et les encadrer par de bons joueurs.

Ici, ont dit qu'il n'y a plus d'argent mais des joueurs gagnent 700.000 euros par an et 150.000 à 200.000 euros à la signature tandis qu'on a vendu Ortwin De Wolf et Dylan Mbayo pour deux millions. Quelque chose ne va pas. Je peux vous dire que l'école des jeunes est en deuil, comme si quelqu'un était mort. C'est extrêmement triste."

Les belles années

C'est à la fin des années '70 et au début des années '80 que Lokeren a connu son heure de gloire : en sept ans, il a terminé à six reprises dans le top 5. En 1976, le petit club du Pays de Waes a même failli éliminer le FC Barcelone de Johan Cruijff et Johan Neeskens de la Coupe de l'UEFA. À l'aller, au Camp Nou, le score était toujours de 0-0 après 78 minutes mais Cruijff a marqué et le marquoir est passé à 2-0 à une minute de la fin. Au retour, Lokeren a refait son retard en 25 minutes grâce à René Verheyen et Bob Dalving mais Cruijff a inscrit le but de la qualification du Barça après la pause.

Cinq ans plus tard, Lokeren était vice-champion, derrière Anderlecht. Il disputait également la finale de la Coupe de Belgique face au Standard. En Coupe de l'UEFA, il éliminait successivement le Dinamo Moscou, Dundee United et la Real Sociedad.. Son aventure européenne prenait fin en quarts de finale, face à AZ 67. C'était l'époque de Grzegorz Lato, Preben Larsen et Wlodek Lubanski, qui formaient une ligne d'attaque légendaire.

" Ensemble, nous comptons près de 300 sélections en équipe nationale ", dit Lubanski, qui a joué sept ans à Lokeren, y a été entraîneur et adjoint et y habite toujours. " Preben était rapide et imprévisible, Grzegorz bossait énormément sur le flanc droit, il était rapide et ses centres étaient parfaits tandis qu'avec ma technique et ma vision du jeu, j'essayais toujours de trouver la meilleure solution.

C'était une époque formidable, l'ambiance dans le stade était fantastique et on venait de loin pour nous voir. Je me souviens de notre première victoire contre Anderlecht. Et d'un match en coupe face au Standard : nous étions menés 0-3 mais nous avons gagné 5-3. Contre Barcelone, nous avons démontré que nous pouvions rivaliser avec les meilleures équipes européennes.

Le président Etienne Rogiers était très ambitieux et il renforçait l'équipe chaque année. À un certain moment, il m'a demandé d'amener Lato à Lokeren. C'était une star européenne mais nous y sommes parvenus. Aujourd'hui, dès qu'un joueur sort un peu du lot, on le vend. Impossible de construire."

Jan Van Troos, BELGAIMAGE
Jan Van Troos © BELGAIMAGE
Freddy Heirman, BELGAIMAGE
Freddy Heirman © BELGAIMAGE
Herman De Landtsheer, BELGAIMAGE
Herman De Landtsheer © BELGAIMAGE
Arnar Vidarsson, BELGAIMAGE
Arnar Vidarsson © BELGAIMAGE
Aimé Anthuenis (76 ans) est né et a grandi à Lokeren. À l'époque, le derby entre le Racing et le Standaard, en divisions inférieures, attirait 5.000 spectateurs. En 1970, à l'époque où les deux clubs ont fusionné, il portait le maillot du Racing, en Promotion. " Chaque année, les deux clubs avaient des problèmes financiers ", dit-il. " La fusion a pris parce que les bailleurs de fonds des deux clubs ont pu s'entendre. Etienne Rogiers, un homme d'affaires ambitieux qui n'avait pas d'enfant, a beaucoup investi. Il faisait des affaires en Pologne et a réussi à amener Wlodek Lubanski à Lokeren. La ville avait collaboré également en mettant un terrain " neutre " à disposition du nouveau club, à Daknam. Avant, on y organisait des matches entre les policiers et les pompiers ou des courses de lévriers. Dès 1974, le Sporting Lokeren rejoignait la D1. En 1977, il était bien près d'éliminer le FC Barcelone en Coupe de l'UEFA. En 1981, il était vice-champion de Belgique et un an plus tard, il se hissait en quart de finale de Coupe d'Europe. " Le premier entraîneur était tchèque : Ladislav Novak ", dit Anthuenis. " Plus tard, Lokeren allait amener d'autres Tchèques, comme Jan Koller et Roman Vonasek. Le manager, Aloïs Derijcker, avait tissé un réseau de scouting énorme, tant en Belgique qu'à l'étranger. Il avait ainsi fait venir l'Écossais James Bett et l'Islandais Arnor Gudjohnsen. L'équipe avait le niveau européen. Wlodek Lubanski était le Cruijff des pays de l'Est. Il n'avait pu venir que parce qu'il s'était blessé au genou et avait été écarté des terrains pendant plus d'un an. Grzegorz Lato était un grand joueur également et Preben Larsen était considéré comme le meilleur jeune d'Europe mais à Cologne, Hennes Weisweiler ne le faisait pas jouer. Et il y avait aussi de très bons Belges comme Raymond Mommens, Eddy Snelders, René Verheyen et Bob Dalving. Certains internationaux comme Roger Henrotay et Guy Dardenne se retrouvaient même sur le banc". " Les difficultés ont commencé au milieu des années '80 parce que Rogiers ne suivait plus. Les résultats étaient moins bons et il y avait moins de monde. En 1985, je suis devenu entraîneur et j'ai fait monter plusieurs juniors : Danny D'Hondt, Patrick Van Veirdeghem, Patrick Naudts, Angelo Nijskens, les frères M'Buyu. Nous avons été européens avec une jeune équipe. Nous recrutions en D2 ou en D3, des joueurs comme Patrick et Bruno Versavel, que nous revendions par la suite. Ça marchait parfois mais pas toujours et chaque année, il nous manquait 20 millions de francs belges. Sans le rachat par Roger Lambrecht, au début des années '90, le club aurait déjà été un oiseau pour le chat. Il fallait un investisseur. Lambrecht n'a jamais caché que, quand il vendait un joueur, il prenait son pourcentage mais il y a dix ans, lorsque Lokeren s'est sauvé lors de la dernière journée, il a pleuré et il a beaucoup investi pour ne plus que ça se reproduise. C'est ainsi qu'il a gagné deux fois la coupe mais cette équipe a été démantelée. Ça fait des années qu'il y a trop peu d'argent et de talent." Stany Rogiers (70 ans) a été joueur et kiné du club. " Nous avons lancé un concept. Avant, on parlait de soigneurs et d'éponges-miracle. J'étais en ligne directe avec le professeur Marc Martens, une sommité sur le plan européen. Il m'a même reçu chez lui avec Preben Larsen un 11 novembre ! J'ai vécu de grands moments à Lokeren. Ce club de village a fait de grands transferts et jouait très bien au football. On parlait de village des miracles. Je m'y suis toujours senti bien. Nous étions des amis et respections énormément la direction : Etienne Rogiers, Aloïs Derycker et Gaston Keppens, le vice-président. Ce club avait une âme et des valeurs. On savait y faire la fête." Henk Mariman (49 ans) habitait à Daknam, un hameau de Lokeren. Il était supporter du Sporting, y a été gardien en équipes d'âge et entraîneur des jeunes. " J'y allais à vélo, je ne mettais que dix minutes ", dit-il. " En revenant de l'école, je m'arrêtais au terrain d'entraînement pour regarder la séance de l'équipe première. C'était la génération 86-87 : Bob Hoogenboom, René Van der Gijp, Stephen Keshi, Didier et Dimitri Mbuyu. Mon idole, c'était le Finlandais Kari Ukkonen, un gaucher qui mettait le ballon là où il voulait. Je faisais les déplacements en car. Je suis allé un peu partout mais je ressens toujours plus d'émotions à Daknam que dans n'importe quel grand club. La plus belle période fut celle où le nombre d'étrangers était limité à trois. Il ne fallait pas se tromper. L'époque du trio tchèque Koller-Vonasek- Budka n'était pas mal non plus, tout comme l'équipe qui est montée en D1 avec les Néerlandais Remco Torken et Marcel Peeper.Avec l'arrivée massive des étrangers, le club a un peu perdu son identité mais le fait d'être resté aussi longtemps en D1 et d'avoir signé de tels résultats avec aussi peu de supporters est remarquable. Ici, les supporters connaissent tout le monde. C'est un club familial, ouvert, accessible et sympa." Dimitri Mbuyu (55 ans) a joué à la pointe de l'attaque de Lokeren de 1983 à 1987. L'an dernier, il en a été le directeur technique pendant quelques mois. Comme son frère Didier, il a grandi et a été formé à Lokeren. " Nous pouvions à peine marcher que nous étions déjà supporters ", dit-il. " J'y ai passé des années formidables et j'y suis même devenu international. C'était une autre époque. Lokeren était un club populaire et traditionnel qui soignait le spectacle et plaisait aux amateurs de football. Le groupe était solide et uni. C'était un pour tous, tous pour un. Je n'aime pas ce qui arrive maintenant. La semaine dernière, j'ai rencontré Wlodek Lubanski et il m'a dit la même chose. Ça reste notre club de coeur, on ne veut pas le voir disparaître. Certains supporters sont fâchés, d'autres moins. Le plus difficile, c'est pour ceux qui ont connu les belles années." Boubacar Copa (40 ans) est un des nombreux Africains à avoir porté le maillot du club waeslandien, dont il a défendu les filets de 2007 à 2017. " Lokeren, c'est ma famille ", dit l'Ivoirien. " J'aime y retourner et j'y suis toujours accueilli à bras ouverts. Quand je suis parti, j'ai pleuré. Là-bas, tout venait du coeur. On ne devenait pas riche en jouant à Lokeren mais tout le monde était très impliqué et voulait toujours faire mieux. J'ai beaucoup donné au club mais j'ai beaucoup reçu en retour. " Jan Van Troos (57 ans) est scout depuis 2007. Son meilleur souvenir date de l'époque où Peter Maes était entraîneur et Willy Reynders, directeur sportif. " Peter parle peu mais tout est toujours très clair avec lui. Il est à l'image du club. Avec de petits moyens, nous avons remporté deux coupes de Belgique, nous avons disputé les play-offs 1 et joué en Coupe d'Europe. Peter tirait le maximum des joueurs. On travaillait dur mais l'ambiance était excellente et on savait faire la fête. " Freddy Heirman (71 ans) a été entraîneur-adjoint. " Je m'y suis toujours senti chez moi. Les stars n'avaient pas leur place au sein du vestiaire. J'ai connu les Islandais, Runar Kristinsson et Arnar Gretarsson, des gars qui tiraient les autres mais restaient modestes. Les gens de Lokeren sont fiers et aiment le football. Je pense aussi aux nombreux bénévoles : Hilda et Beirke qui préparaient les repas et le matériel, le délégué Willy Peeters, le secrétaire Louis Horemans... Ils ont tout connu, de la Promotion à la Coupe d'Europe. Le regretté Fiel Laureys était Mister Lokeren. Heureusement qu'il n'a pas vécu tout ceci. " Herman De Landtsheer (61 ans) a été analyste vidéo de juillet 2007 à juin 2012. " À Lokeren, il n'y avait pas de stress, on était proches des fans. L'ambiance était davantage celle d'un club de provinciale que celle d'un grand club. Il n'y avait pas d'intermédiaires, les portes étaient toujours ouvertes. Les bénévoles nous mettaient dans de l'ouate. Certains étaient là depuis 20 ou 30 ans : ils mériteraient une statue. L'école des jeunes a également permis au club de survivre. La figure de proue du club, c'est Killian Overmeire. Et Willy Peeters qui, à 80 ans, dansait toujours devant le kop. Je n'oublierai jamais sa joie de vivre. " L'Islandais Arnar Vidarsson (41 ans) a joué à Lokeren pendant 9 ans. Il en a été le capitaine, a épousé une Lokerenoise et y habite toujours. " C'est un club familial où tout le monde connaît tout le monde ", dit-il. " L'ADN, ce sont les supporters qui adorent les gens qui se donnent à fond, et l'école des jeunes, qui a formé plus de joueurs que beaucoup d'autres clubs. " Il y a été scout, entraîneur des espoirs, adjoint et intérimaire. De plus, ses fils y jouent en équipes d'âge. Il vient donc encore très souvent au stade et la situation actuelle du club lui fait mal. " En cinq ans, tout a été détruit. Quand tout allait bien, on n'a pas investi dans l'infrastructure. Je comprends qu'à son âge, Monsieur Lambrecht n'en voyait pas l'utilité mais c'est la base du club. Les difficultés ont commencé quand le prix des joueurs a augmenté. Il aurait fallu pouvoir compter sur les jeunes et les supporters. Après la vente du club, ça a été la catastrophe mais la descente aux enfers avait déjà commencé au début de l'année dernière, quand on avait renvoyé tous les jeunes dans le noyau B en disant qu'ils n'étaient pas assez bons. Ça a fait beaucoup de tort. Un club comme Lokeren devrait toujours avoir 6 à 8 jeunes dans son noyau et les encadrer par de bons joueurs. Ici, ont dit qu'il n'y a plus d'argent mais des joueurs gagnent 700.000 euros par an et 150.000 à 200.000 euros à la signature tandis qu'on a vendu Ortwin De Wolf et Dylan Mbayo pour deux millions. Quelque chose ne va pas. Je peux vous dire que l'école des jeunes est en deuil, comme si quelqu'un était mort. C'est extrêmement triste."