Les Zèbres ont parfois quelque chose de mystique. Comme un échantillon de ce qu'on se résigne souvent à appeler " la magie du football ", parce que les scènes qui se déroulent au pied des tribunes ne trouvent aucun écho dans les chiffres. Les meilleurs moments du Charleroi de Felice Mazzù ont transporté avec eux cette dose d'irrationnel.
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Les Zèbres ont parfois quelque chose de mystique. Comme un échantillon de ce qu'on se résigne souvent à appeler " la magie du football ", parce que les scènes qui se déroulent au pied des tribunes ne trouvent aucun écho dans les chiffres. Les meilleurs moments du Charleroi de Felice Mazzù ont transporté avec eux cette dose d'irrationnel. Il y a eu cette qualification pour les play-offs 1 de 2017, arrachée grâce à un nombre impressionnant de points gagnés dans les cinq dernières minutes des matches. Une période sacrée que la presse avait même fini par surnommer le " Felice Time ". Et qu'on essayait d'analyser, de décortiquer, de comprendre. Pourtant, le coach lui-même le reconnaissait à l'époque, après une énième victoire en bout de course contre Saint-Trond : " Je n'ai pas vraiment d'explication à ce phénomène, si ce n'est que chacun de mes joueurs a une très bonne condition grâce à notre préparateur physique. Peut-être aussi que, simplement, les dieux du foot étaient encore avec nous... " Étaient-ce les mêmes dieux qui, la saison dernière, ont longtemps permis au Sporting d'entamer les rencontres avec un but d'avance, grâce à un réalisme des premiers instants aux frontières de l'exceptionnel. À cinq reprises, avant de sombrer dans un début d'année 2018 délicat, les Carolos ont trouvé le chemin des filets dès leur premier tir au but. Sept autres fois, ils n'avaient eu besoin que de trois frappes maximum pour marquer. Là encore, le phénomène était difficile à expliquer. Trop aléatoire pour être travaillé, mais trop récurrent pour être de la chance. Toujours est-il que, quand il s'est estompé, Charleroi a pu compter ses victoires sur les doigts d'une seule main. Et sans aller jusqu'à l'auriculaire. Le Sporting zébré semble vivre de ces suppléments d'âme. Atouts difficilement explicables, mais tout aussi indispensables à sa réussite. À la manière d'un Diego Simeone, dont il admire d'ailleurs la gestion humaine, Mazzù parvient à sublimer son collectif pour atteindre des objectifs bien supérieurs à la somme des individualités à sa disposition. Presque un magicien, comme certains aiment le surnommer dans le Pays Noir. Mais depuis plusieurs mois, on dirait que les tours ne fonctionnent plus. La furia momentanée, cette période de cinq à dix minutes où les Zèbres enchaînent soudainement les occasions sans véritable explication, n'a pas eu lieu à Bruges. Devant son banc de touche, les mains jointes dans le dos, Mazzù n'a pas esquissé de mouvements d'humeur quand Cristian Benavente tentait le dribble de trop ou qu' Adama Niane oubliait ses coéquipiers. Le coach semblait plus dépité que révolté. " On ne peut pas se permettre d'être à 90% ", souligne un Javier Martos déçu par l'attitude de certains de ses coéquipiers dans les couloirs presque déserts du Jan Breydel version vert et noir. " La force de Charleroi, c'est son collectif et sa solidarité. " Une poignée de minutes plus tôt, Nicolas Penneteau livrait déjà le même discours avant la douche : " Des équipes comme Bruges ou Anderlecht peuvent se permettre d'être un peu moins bien et de gagner quand même. Nous pas. " Mazzù rejoint l'analyse des deux leaders de son vestiaire : " Ce n'est pas un problème de système de jeu, mais une question de mentalité et d'état d'esprit. Nous avons trop joué sur des acquis individuels. " " J'aimerais que mes joueurs ressemblent à Dylan De Belder ", poursuit Mazzù, qui souligne la mentalité d'un joueur dont il a déjà évoqué plusieurs fois le profil avec sa direction. Sur la pelouse brugeoise, l'ancien attaquant de Mons a multiplié les kilomètres, pressant en solo une défense qui semblait déstabilisée par des sprints courageux, mais qui auraient dû être inutiles. Comme une preuve que Charleroi n'a pas seulement perdu le match dans les tripes, mais aussi avec les pieds. Privés de Marco Ilaimaharitra, suspendu depuis son carton rouge au Freethiel, les Zèbres semblent à court d'idées. Quand le ballon est dans les pieds de Martos, de Penneteau ou de Dorian Dessoleil, les appels se font rares. Associés au coeur du jeu, Gaëtan Hendrickx et Cristophe Diandy semblent se cacher, comme s'ils préféraient récupérer le ballon dans les pieds adverses que le recevoir d'un de leurs coéquipiers. Très vite, l'action s'enferme donc sur les côtés, où les solutions se réduisent : Benavente ou Massimo Bruno tentent l'exploit individuel, à moins que Stergos Marinos ou Steeven Willems n'aient déjà tenté un long ballon dans la course de Niane ou vers le colossal Victor Osimhen. Les occasions sont rares, au contraire des passes mal calibrés et des choix peu inspirés. La division offensive zébrée ne manque pas de talent, mais elle ne semble pas encore connectée, malgré les heures de travail commun accumulées depuis la fin du mercato. Le bilan reste insuffisant, à l'image de ce 4/9 glané contre Waasland-Beveren, Lokeren et le Cercle, un triptyque qui devait permettre aux Carolos de se relancer après un départ au ralenti. Au bout de dix journées de championnat, le meilleur buteur du Sporting est d'ailleurs toujours Kaveh Rezaei, auteur de trois buts alors qu'il n'a disputé que les quatre premiers matches de la saison sous le maillot noir et blanc. " Cette créativité, cette petite fougue, elle nous a manqué ce soir ", constate Steeven Willems après la rencontre. " On arrivait à faire circuler le ballon, mais il nous manquait un petit truc pour finir nos occasions. " Un petit truc comme un exploit individuel ? Pas vraiment, à en croire Felice Mazzù : " Il y a une certaine concurrence qui s'installe dans l'équipe et je pense que certains joueurs se disent qu'en faisant la différence individuellement, ils vont gagner leur place. Mais bien au contraire, ils vont la perdre. " Difficile de mettre des mots précis sur les maux carolos. Parce que le groupe le plus talentueux de l'ère Mazzù a semblé dramatiquement à court de qualités pour désarticuler le bloc du Cercle sur la large pelouse brugeoise. Pas de vitesse, seulement de la précipitation. Une réalité qui a amené la rencontre à se jouer à pile ou face. Et à ce petit jeu-là, les Zèbres ne gagnent apparemment plus à chaque fois.