Victoria Lopyreva est l'une des figures les plus marquantes de cette Coupe du monde. Originaire de Rostov-sur-le-Don, où les Belges ont battu les Japonais, cette ex-étudiante en économie est aussi ex-miss Russie, ex-présentatrice de la télévision (elle présentait notamment des émissions sur le football), blogueuse et ex-compagne de Fyodor Smolov.
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Victoria Lopyreva est l'une des figures les plus marquantes de cette Coupe du monde. Originaire de Rostov-sur-le-Don, où les Belges ont battu les Japonais, cette ex-étudiante en économie est aussi ex-miss Russie, ex-présentatrice de la télévision (elle présentait notamment des émissions sur le football), blogueuse et ex-compagne de Fyodor Smolov. Au début du tournoi, l'attaquant était encore le fer de lance de la Russie mais il a perdu sa place au profit du trentenaire Artem Dzyuba, un joueur culte. Smolov est l'un des joueurs qui a manqué un tir au but face à la Croatie, provoquant l'élimination de la Russie en quarts de finale. " Il a voulu tenter quelque chose de spécial au lieu de tirer de toutes ses forces ", rigole Victoria. " J'en suis encore toute perturbée. C'était une occasion unique, nous y étions presque. " Les Diables Rouges et leurs fans connaissent ce sentiment. Qu'avez-vous pensé de l'équipe belge ? VictoriaLopyreva : Je dis well done. Ils ont montré de belles choses. Malheureusement, ils ne sont pas allés en finale mais le football est un sport très imprévisible. C'est pour ça que je l'aime, on ne sait jamais ce qui va se produire à la seconde suivante. On attend toujours beaucoup des grandes vedettes mais voyez ce qui s'est passé ici. Le football n'est jamais l'affaire d'un seul joueur mais d'un groupe. C'est ce qui a fait le succès de l'équipe russe. Personne ne nous attendait. Contre l'Espagne, j'étais certaine de mettre pour la dernière fois mon maillot de la Russie mais ça a tourné différemment. Les gens en veulent toujours plus. Avant le match contre la Croatie, je pensais que nous allions passer. C'est pourquoi, après le match, j'étais très fâchée sur ce joueur qui a raté (elle rit)...Quel bilan tirez-vous de ce tournoi ? Lopyreva : Ce fut le Mondial le plus imprévisible de tous les temps. Et il était très bien organisé. De plus, la sécurité était au top. Lorsque la FIFA m'a désignée ambassadrice, j'ai fait le tour du monde pendant trois ans. Partout, je devais répéter que les Russes étaient très gentils et très chaleureux, que nous nous réjouissions d'accueillir chacun à bras ouverts. J'ai très souvent été sur la défensive mais tout le monde a pu entrer sans visa. Vous imaginez la responsabilité des gens chargés de veiller à la sécurité ? Quelle était l'importance de cette opération-charme pour votre pays et pour le peuple russe ? Lopyreva : Il était non seulement très important de montrer ce que nous sommes vraiment mais aussi la beauté de nos villes. Et pas seulement Moscou ou Saint-Pétersbourg, les plus connues. J'ai beaucoup d'amis qui ont profité de ce tournoi pour visiter la Russie pour la première fois. Avant, ils me disaient toujours que le pays était trop difficile. Cette fois, c'était possible : pas de visa, pas de paperasse. C'était le boost dont nous avions besoin pour développer le tourisme. Quelle était l'importance de ce tournoi et des prestations de la Russie pour la confiance du peuple ? Lopyreva : Ce qu'ils ont fait pour la Russie est incommensurable. Avant ce tournoi, pas un seul de nos joueurs n'était connu à l'étranger. Quand on compare aux autres... Même l'Egypte a Mo Salah. Nos joueurs sont devenus des héros. Avec l'aide du coach, qui en a fait un collectif solide. Nous avons véritablement vu une équipe russe sur le terrain et ça, c'est super cool car croyez-moi, les joueurs russes ne sont pas faciles à gérer. Nous avons désormais des infrastructures, à la base également.. C'est important car, jusqu'ici, les jeunes n'avaient pas d'endroits où s'entraîner. Maintenant oui. Deuxième chose très importante : l'aspect émotionnel de ce tournoi. Les enfants ont maintenant des exemples auxquels se référer. J'espère que le football deviendra un sport national. Nous sommes les meilleurs au monde en hockey sur glace mais le football mérite une place dans le top 3 car il peut changer des vies. Pensez-vous que, désormais, les stades seront pleins lors des matches de championnat ? Ils sont beaux mais le public n'est pas très intéressé. Lopyreva : Nous avons désormais trois choses : plus de stades pour les enfants, une équipe nationale capable d'obtenir des résultats et l'héritage de la Coupe du monde, notamment en matière d'infrastructures. Maintenant, il est très important de trouver les bonnes personnes pour gérer ces infrastructures, afin qu'elles ne deviennent pas des éléphants blancs. Ce n'est que si nous y parvenons que nous n'aurons pas fait tous ces efforts pour rien. Ne faudrait-il pas aussi que les meilleurs joueurs évoluent en Occident pour y devenir des stars ? Lopyreva : Je me pose la question et je vous la retourne : regardez-vous parfois des matches russes ? Vous intéressez-vous vraiment à nos joueurs ? Je pense que nous avons besoin d'une génération qui montre de quoi elle est capable. Être premier, c'est difficile. A l'étranger, ils ne sont pas à l'aise, ils se cherchent. Ici pas. Mais quand on ne sort jamais de sa zone de confort... On ne progresse pas. Par le passé, d'autres ont essayé et ont échoué. Pourquoi les joueurs russes n'arrivent-ils pas à s'imposer en Occident ? Lopyreva : C'est une question de mentalité. Notre formation n'est pas réputée. Certains joueurs sont formés ici, d'autres là. Les meilleurs percent à l'âge de 18 ou 19 ans et ils obtiennent directement un bon salaire. Ils sont jeunes, beaux, gagnent beaucoup d'argent, peuvent sortir et s'acheter ce qu'ils veulent mais mentalement, ils ne sont pas suffisamment stables. Conséquence : certains sont très bons à 20 ans mais à 25, c'est la chute libre. En Occident, les jeunes joueurs sortent aussi. Pourquoi pas ? Mais ils ont une autre perception du football, ils savent que c'est leur job parce qu'on le leur a dit dès la formation. Ils en tiennent compte. Les nôtres... A 3 heures du matin ils se disent : dans quelques heures, je dois me lever pour aller à l'entraînement. C'est peut-être même encore plus profond. Nous sortons de l'Union Soviétique, où leurs parents n'avaient peut-être rien. Mais ça change tout doucement. Smolov n'a pas connu l'Union Soviétique.