Oui, le foot éduque ! Dès le primaire, les écoliers footeux sont riches d'un vocabulaire qu'ignorent leurs copains et les écolières. Rapport aux adjectifs qualificatifs, on ne la leur fait pas : ils savent déjà ce qu'est une occasion galvaudée, un noyau étriqué, un tir anodin, une décision irrévocable, un joueur chevronné, un effectif pléthorique, des circonstances atténuantes, des automatismes peaufinés... Même que, quand ils entendent que Bart Goorbouscule l'éthique, ils ne pensent ni aux tics ni aux tiques, ils savent qu'on reproche à Goor quelque chose de pas bien : les têtes de classe préciseront même que l'éthique, c'est kif que la morale. Mouais. Y'a sûrement une différence mais là, ça devient haute...

Oui, le foot éduque ! Dès le primaire, les écoliers footeux sont riches d'un vocabulaire qu'ignorent leurs copains et les écolières. Rapport aux adjectifs qualificatifs, on ne la leur fait pas : ils savent déjà ce qu'est une occasion galvaudée, un noyau étriqué, un tir anodin, une décision irrévocable, un joueur chevronné, un effectif pléthorique, des circonstances atténuantes, des automatismes peaufinés... Même que, quand ils entendent que Bart Goorbouscule l'éthique, ils ne pensent ni aux tics ni aux tiques, ils savent qu'on reproche à Goor quelque chose de pas bien : les têtes de classe préciseront même que l'éthique, c'est kif que la morale. Mouais. Y'a sûrement une différence mais là, ça devient hautement philosophique : mieux vaut attendre le prochain coach d' Abbas Bayat pour avoir tous les éclaircissements... Au foot, je vois deux catégories de mochetés pas morales : la violence gratuite (hors actions de jeu) et l'injustice. La violence est physique ou verbale, du style : - Je te mets un pain ou j'insulte ta couleur de peau parce que tu t'es fichu de ma fiole, parce que tu m'as empêché irrégulièrement de jouer, parce que tu as toi-même joué irrégulièrement, parce que tu as insulté ma couleur de peau, parce que tu m'as mis un pain. Et va-t-en savoir qui fauta le premier, de l'£uf ou de la poule ! Joueur ou supporter, l'homme est un loup pour l'homme : ce n'est pas demain la veille que notre Commission d'éthique de l'Union belge, naissante et mort-née, grondant sans punir, pourra en faire un agneau. Fatalisme. L'injustice est plus complexe, et variée. Elle peut résulter des tricheries impunies en match : se laisser battre et corrompre pour du pognon, commettre une faute volontaire dans le dos de l'arbitre, se doper ! Encore qu'ici, Yannick Noah vient de monter au filet, et sa volée mauvaise éclate nos convictions faciles. La tentation de dopage est siamoise de la compétition. Innocents ou nocifs, les outils sont multiples pour maximaliser le corps que dieu et ta mère t'ont donné : et tous ne sont pas repérables, toute victoire est donc suspecte ! Sans oublier que l'inégalité physique au départ, ressentie comme injuste, précède et stimule l'envie de dopage. T'auras beau savoir faire avec un ballon de basket tout ce que sait faire Tony Parker, tu peux faire une croix sur la NBA si tu mesures 1m63. A moins que, dès l'enfance, les hormones de croissance... Autre problème éthique : les injustices liées au pouvoir du pognon. Manchester City ne triche pas au sens strict, puisque Michel Platini n'a pas encore réussi à réguler les appétits gargantuesques. N'empêche que si City devient en même temps champion d'Angleterre (enfin) et champion des pertes (228 millions d'euros), ça la foutra encore un peu plus mal rapport au sentiment d'équité sportive, même si on est habitué. Puis un jour viendra où, comme d'autres avant lui, City replongera : les protagonistes du déclin se feront engueuler, les supporters éprouveront la nostalgie de l'Age d'Or... alors que c'est le fric excessif claqué durant l'Age d'Or qui est cause principale du déclin ! Haro aussi sur l'éthique de l'organisation des compétitions. D'aucuns contestent les procédés de comptabilisation : le but prépondérant à l'extérieur n'a pas amélioré le spectacle, il n'est donc qu'injuste ; la victoire à trois points n'a pas fait mieux, un draw devrait donc engendrer un partage mathématique de l'enjeu ; quant aux points divisés par deux avant nos play-offs, certains s'en offusquent jusque dans leur fondement ! D'autres enfin et j'en suis, râlent sur les règles d'accès aux compétitions, ce qui me ramène à Goor ! Pour hurler qu'un championnat est une course à étapes : si les protagonistes changent d'équipe une fois le départ donné, la course n'a plus de sens, n'en déplaise à tous les avocats du monde pseudo-défenseurs du droit au travail ! Cela dit, les transferts de Goor ou de Bojan Jorgacevic ne sont ici que des mochetés vénielles, car isolées : le vrai drame, c'est que les réactions virulentes provoquées par ces " pailles " attestent par l'absurde que la " poutre " du mercato d'hiver (mocheté mortelle de masse !) est passée peinarde dans nos m£urs, désormais légitimée, moralisée ! Là, c'est mon fondement personnel qui a du mal à s'en remettre. Ethique et toc, et tchic et tchac, aïe-aïe-aïe ! PAR BERNARD JEUNEJEANT'auras beau jouer comme Tony Parker, tu peux faire une croix sur la NBA si tu mesures 1m63. A moins que les hormones de croissance...