A bientôt 29 ans, Vincent Kompany semble chercher son deuxième souffle. Exigeant, il n'arrive plus à atteindre un niveau d'excellence depuis l'été dernier déjà.
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A bientôt 29 ans, Vincent Kompany semble chercher son deuxième souffle. Exigeant, il n'arrive plus à atteindre un niveau d'excellence depuis l'été dernier déjà. Cela ne veut évidemment pas dire que Kompany, souvent blessé, a joué comme une chèvre au Brésil. Certains Diables Rouges lui reprochent, certes, d'être arrogant et intello mais où est le problème ? Pourtant, nombreux sont ceux qui attendaient davantage du capitaine, espérant qu'il soit au sommet de son art. Après le Mondial, le site internet transfermarkt.de dévalua d'ailleurs sa valeur marchande de deux millions d'euros (33 au lieu de 35). La saison dernière, Kompany s'était pris un bide en Ligue des Champions. Et la situation risque de se reproduire. Manchester City a beau être un des clubs les plus riches du monde, il n'a jamais réussi à franchir le cap des huitièmes de finale. Et quand on est aussi ambitieux que l'ex-Soulier d'Or, c'est insupportable. Que ce soit en club ou avec les Diables Rouges, il n'a jamais disputé la moindre finale d'un grand tournoi international. Et il est le premier à dire que ce n'est pas normal. Cette saison, une blessure à la cuisse lui joue des tours. La situation n'est pas encore irréversible mais l'image de l'homme de verre refait dangereusement surface. C'est bien dommage car Vincent Kompany a un rôle à jouer bien au-delà du foot. Il doit faire progresser les choses, lutter pour l'égalité des chances, surtout pour les enfants des quartiers défavorisés et des pays en voie de développement. C'est pour cette raison qu'il soutient SOS Villages d'Enfants, qu'il a fondé l'ASBL Vica qui, à Manchester et à Bruxelles, s'occupe d'enfants en difficultés ou qu'il a repris BX Brussels, dont l'équipe première ne se débrouille pas très bien mais dont l'école de jeunes fonctionne à merveille, avec plus de mille affiliés. C'est un laboratoire où on mélange les langues, les couleurs, les cultures et les nationalités. Mais tout cela coûte cher et Kompany veut que ses projets sociaux reposent sur un budget réaliste qui lui permette de les poursuivre à l'issue de sa carrière. Il est donc à la recherche de moyens pour les financer. Bien entendu, s'il se profile en homme d'affaires, c'est aussi parce qu'il trouve cela amusant, parce qu'il veut mettre dès maintenant en pratique ce qu'il a appris lors de son MBA (Maîtrise en Administration des Affaires). Il déborde d'idées et veut se réaliser sur le plan intellectuel, au point que ses conseillers les plus proches doivent régulièrement le freiner et prôner la patience. L'idée des sport bars, des brasseries pourvues de tous les gadgets permettant au client de suivre des émissions sportives à la télévision, semblait avoir été soigneusement étudiée. L'opportunité s'était présentée, il avait sauté dessus. Mais ça ne fonctionne pas comme ça. D'abord, on ne se lance pas dans l'horeca pour gagner de l'argent. Surtout pas si on veut respecter les règles concernant le travail au noir ou la fiscalité. Les sport bars n'étaient pas rentables mais, surtout, ils n'apportaient pas à Kompany l'image dont il rêvait. Il s'investit énormément dans le BX mais le faisait beaucoup moins dans ses brasseries. Quant à sa participation financière dans une firme anglaise de location de limousines, il n'y a investi que parce que cette société transportait les joueurs de Manchester City. Kompany a commis des erreurs de débutant. " Parfois on gagne, parfois on perd ", dit-il. Une des leçons qu'il a tirées de tout cela concerne ses collaborateurs. Il ne veut plus de suiveurs qui approuvent tout ce qu'il dit mais plutôt des gens qui partagent sa philosophie, son éthique et sa vision des choses. Morale de l'histoire : Kompany va encore davantage se reposer sur ses potes de Bonka Circus. Kompany et Klaas Gaublomme détiennent le même nombre de parts de cette agence de management et de production de télévision établie à Louvain. Lorsqu'on a évoqué la mauvaise gestion de l'Union Belge, on a reproché à Bonka les factures émises dans le cadre du contrat pour les émissions Les Diables au coeur (VRT et RTBF) et Everyday Football (Belgacom TV). L'entreprise a balayé ces critiques d'un revers de la main, affirmant avoir travaillé aux prix du marché, ce qui semble vrai. Jusqu'ici, aucune faute n'est avérée mais le fait est que Vincent Kompany était à la fois juge et partie car son entreprise a réalisé une série télévisée sur lui-même et il semble logique qu'en tant que capitaine des Diables Rouges, il avait son mot à dire à l'Union Belge. C'est extrêmement malheureux, surtout dans le chef de quelqu'un qui place l'éthique au rang de ses principales préoccupations. Tôt ou tard, il faudra qu'il prenne une décision à ce sujet, ne serait-ce qu'en n'impliquant plus Bonka Circus dans des projets auxquels il est impliqué. Au cours de cette période, on l'a d'ailleurs entendu donner son avis sur la politique menée par la FIFA mais pas sur la gestion de l'Union Belge ni sur les remous qui ont provoqué la démission de Steven Martens, le CEO, avec qui il entretenait de très bonnes relations. Pourquoi s'est-il tu ? Ses proches disent qu'il a voulu rester au-dessus de la mêlée et ne pas entrer dans la surenchère des médias qui provoquent artificiellement des conflits. D'ailleurs, que devrait faire Kompany ? Il ne veut pas faire semblant de se retirer de Bonka Circus et continuer à en tirer les ficelles en coulisses. Pour lui, ce serait hypocrite. Et il veut continuer à travailler avec Gaublomme, son ami intime. C'est l'un des autres problèmes de Kompany : il aime confier des responsabilités aux membres de sa famille et à ses proches dans ses affaires. Mais sont-ils compétents pour autant ? Ces personnes présentent l'avantage d'avoir la même philosophie que lui et d'être en ligne directe avec lui mais quand ça ne marche pas, et parfois de leur faute, ces gens sont mis en porte-à-faux. Kompany semble l'avoir compris avec les sport bars. Dans les interviews accordées le mois dernier à The Times et au Volkskrant, Kompany a clairement pris position dans deux dossiers : celui des "vieux crocodiles de la FIFA" et celui de Charlie Hebdo. Dans ce dernier, il a déclaré que les pays devaient tout faire pour éviter les problèmes de société et que cela n'était possible qu'en intégrant mieux les minorités et en luttant davantage contre la discrimination. Il estimait également que les gouvernements n'étaient pas toujours représentatifs de leur population. Ses analyses ont beau être parfois justes, Kompany sait que son enthousiasme lui joue des tours. Est-il suffisamment nuancé pour être crédible ? D'autant que les journalistes auxquels ils se confient ne sont pas suffisamment critiques et sont déjà très heureux de pouvoir décrocher une interview. Cela aussi, Kompany doit l'apprendre : dans la vie, tout est souvent gris, rarement noir ou blanc. Même s'il a raison de vouloir mettre le doigt sur la plaie. Par le passé, il a ainsi répété régulièrement que les jeunes défavorisés devaient aussi se retrousser les manches, que le rôle de l'Etat n'était pas de tendre la main à tout le monde. Et il a montré l'exemple en poursuivant ses études secondaires alors qu'il évoluait déjà en équipe première à Anderlecht. Bref, Kompany réfléchit à sa façon de communiquer, histoire de l'optimaliser. On constate que, lors des interviews, il accorde de plus en plus de temps à expliquer sa vision de la société. Mais après le signal d'alarme des sport bars, il est temps qu'il réfléchisse à la façon dont il gère les projets annexes à sa carrière. Que veut-il faire ? Comment ? Dans quels délais ? Avec qui ? Et comment communiquera-t-il à ce sujet ? Les questions ne manquent donc pas... On en oublierait presque que Vincent Kompany joue aussi au football. PAR FRANK VAN DE WINKEL - PHOTOS: BELGAIMAGEIl aime confier des responsabilités aux membres de sa famille et ses proches mais sont-ils compétents pour autant ? Dorénavant, Kompany ne travaillera plus avec des suiveurs qui approuvent tout ce qu'il dit.