Une chemise camouflage, avec motifs militaires, comme pour signaler qu'il n'est pas venu pour jouer les tire-au-flanc. Mi-juin, Elisha Owusu, 21 printemps au compteur, paraphe un contrat de quatre ans avec La Gantoise, décidée à aligner un million pour s'attacher les services du milieu défensif de l'Olympique Lyonnais, quitte à leur laisser 20 % sur une revente éventuelle. C'est dire. Le gamin promet, suffisamment pour les Buffalos, qui n'arrêtent plus de l'aligner, pas assez pour les Gones, qui gardent un oeil sur celui qui sort d'une saison mitigée en prêt à Sochaux, au deuxième étage français, entre dégringolade du club, maintien casse-gueule et 33 apparitions au forceps.
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Une chemise camouflage, avec motifs militaires, comme pour signaler qu'il n'est pas venu pour jouer les tire-au-flanc. Mi-juin, Elisha Owusu, 21 printemps au compteur, paraphe un contrat de quatre ans avec La Gantoise, décidée à aligner un million pour s'attacher les services du milieu défensif de l'Olympique Lyonnais, quitte à leur laisser 20 % sur une revente éventuelle. C'est dire. Le gamin promet, suffisamment pour les Buffalos, qui n'arrêtent plus de l'aligner, pas assez pour les Gones, qui gardent un oeil sur celui qui sort d'une saison mitigée en prêt à Sochaux, au deuxième étage français, entre dégringolade du club, maintien casse-gueule et 33 apparitions au forceps. Maturité, bonne éducation, intelligence, abnégation. La totale. Ceux qui l'ont côtoyé restent dithyrambiques à son égard et parlent d'un " leader naturel ". Il faut ajouter qu'Elisha Owusu a déjà quelques destinations à son actif, de quoi forger le caractère. Né à Montreuil, en région parisienne, ce fils d'une famille d'origine ghanéenne suit le père, pasteur itinérant. À Marseille d'abord, il enfile le maillot d'Air Bel, un quartier du sud-est de la cité phocéenne. En Isère ensuite, où il rallie le FC Bourgoin-Jallieu, partenaire de l'OL, entité phare du pays qui le scrute de près mais doit le faire patienter une saison avant de lui trouver une place dans ses effectifs. De son paternel, il garde la foi, la patience, l'humilité, le travail. À 13 piges, il enfile enfin les survêtements de l'autre Olympique. L'endroit est connu et reconnu pour la qualité de sa formation, au point de se classer devant le Barça, un temps, en termes de joueurs du cru évoluant dans le Big 5. " On a essayé de faire des beaux joueurs, bien propres sur eux ", démarre Robert Valette, 16 ans de bouteille derrière lui, désormais retraité, loin du cuir. " C'était important pour nous d'avoir des très bons groupes d'entraînement. Si vous vous entraînez avec des joueurs moyens, vous pouvez être le meilleur, mais ça ne veut pas dire grand-chose... " Owusu hausse son niveau de jeu, aussi performant dans les études que sur le terrain, au côté d'un certain Houssem Aouar, son cadet d'une année qui pourrait bientôt devenir le nouveau chouchou du public français. Ensemble, ils raflent le titre de champions de France U17 pour un peu plus imposer la suprématie des jeunes Lyonnais sur l'Hexagone. " Bizarrement, il y a peu de joueurs de cette génération qui ont percé au haut-niveau ", réfléchit ouvertement Julien Sokol, alors recruteur au centre de formation, aujourd'hui coordinateur sportif et administratif de l'académie. " Ce titre, ça a été une espèce de déclic pour Elisha. C'est à ce moment-là qu'il s'est révélé. Avant, il était plutôt polyvalent et évoluait aussi bien au milieu qu'en défense. Il avait besoin de s'épanouir au niveau athlétique, alors il a pris en masse musculaire et il a beaucoup progressé en compagnie de joueurs plus talentueux que lui. C'est là qu'on a vraiment découvert ses qualités de récupérateur, dans le profil type d'un box-to-box. " Soit le déclic pour le fan de Yaya Touré, passé également dans sa tendre jeunesse par les prés de la JPL. Fin 2015, il croise déjà La Gantoise, dans le cadre de la Youth League, histoire de caler un 0-3 et un 4-0. Une promenade de santé avec ses potes Lucas Tousart, Mouctar Diakhaby (Valence) et Romain Del Castillo (Rennes). Jusqu'à ses 19 ans, il grimpe les échelons, gratte les ballons et casse les lignes. Tout roule. En février 2017, il intègre le noyau A, signe son premier contrat pro. Une fierté pour le père, un accomplissement pour le fils, capitaine de la Réserve. Mais ça coince. Il s'installe sur le banc, deux fois, seulement. " Il était un peu juste pour les pros ", souffle Sokol. " Il manquait peut-être un peu de caractère ", glisse Valette. " C'est la cas typique d'un joueur talentueux mais au sujet duquel on avait des incertitudes. " C'est aussi le lot des grands centres de formation et des clubs voués à performer, de suite. Bourg-en-Bresse se renseigne pour le ramener dans l'antichambre de l'élite. En vain. Owusu attend un an, encore, pour rejoindre Sochaux. Là-bas, le contexte est compliqué. Le club, pourtant mythique Outre-Quiévrain et originellement lié à Peugeot, se morfond en Ligue 2 en raison d'une gestion catastrophique de son groupe chinois de proprio. En pleine saison, au beau milieu de l'hiver, les potentiels repreneurs espagnols de Baskonia, à la tête du Deportivo Alavés, se retirent après quelques mois et une ribambelle de transferts. Pas simple. " Malgré le contexte, Elisha s'est imposé comme un élément très important de mon équipe. C'était quelqu'un sur qui on pouvait compter grâce son application. Il a très vite gagné ma confiance grâce au travail qu'il abattait au quotidien. Au-delà du sportif, ce que je retiens de lui, c'est son investissement ", résume Omar Daf, nommé en novembre 2018, toujours en poste grâce à un maintien obtenu lors de la dernière journée et un succès sur le Grenoble de l'ex-Carolo Romain Grange. " La Ligue 2 est un championnat très difficile. Avec son impact, son gros volume de jeu, Elisha a montré qu'il était un récupérateur, un vrai, comme cela ne se fait plus tellement. Sous mes ordres, il a aussi appris à simplifier son jeu, à user davantage de relais rapides. Il a été très à l'écoute ", reprend Daf, ancien international sénégalais, légende pour les suiveurs sochaliens, qui fixe la meilleure rencontre de son poulain à un déplacement victorieux en Corse, fin avril. Face au Gazélec Ajaccio, le milieu s'affirme définitivement et porte les siens, à tout juste 21 ans. " Ce n'est pas une surprise pour nous ", termine Julien Sokol. " Ce n'est pas non plus une déception de le voir partir. Il avait besoin de voir autre chose, de s'exprimer, tout seul. Quand on a joué toute une saison à Sochaux, dans une telle situation et un tel âge, on est capable de voyager. " Et même d'oser le port d'une chemise militaire.