Ses premiers pas, il ne risque pas de les oublier. A l'annonce de sa montée au jeu à un quart d'heure du terme, le Stade de France se déchaîne et c'est sous les sifflets et les huées qu'il honore sa première cape en équipe de France. Car Nabil Fekir possède la double nationalité franco-algérienne. Et quand Didier Deschamps, profitant de la multitude de joutes amicales qui l'emmèneront à l'Euro 2016, ajoute la révélation de la saison aux potentiels sélectionnables, Nabil hésite. Il est encore jeune, et tout va trop vite pour lui.
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Ses premiers pas, il ne risque pas de les oublier. A l'annonce de sa montée au jeu à un quart d'heure du terme, le Stade de France se déchaîne et c'est sous les sifflets et les huées qu'il honore sa première cape en équipe de France. Car Nabil Fekir possède la double nationalité franco-algérienne. Et quand Didier Deschamps, profitant de la multitude de joutes amicales qui l'emmèneront à l'Euro 2016, ajoute la révélation de la saison aux potentiels sélectionnables, Nabil hésite. Il est encore jeune, et tout va trop vite pour lui. Vincent Duluc, journaliste à l'Equipe revient sur cette décision difficile : " Il y a toujours des gens qui vont dire que ces atermoiements au moment de choisir l'équipe nationale montrent qu'il n'est pas bien dans sa tête mais personne ne peut imaginer cette pression sociale et familiale. Il vivait encore chez ses parents et son père voulait vraiment qu'il joue pour l'Algérie. Moi, je ne lui en veux pas du tout. Mentalement, il a été costaud. "Au fond de lui, Nabil est convaincu qu'il a intérêt à jouer en Equipe de France, et ce n'est pas son nouvel agent, Jean-Pierre Bernès, qui défend aussi les intérêts du sélectionneur national, qui lui dira le contraire. Quand Deschamps l'appelle pour lui dire qu'il compte effectivement sur lui, Nabil fait le grand saut. Il défendra bien les couleurs des Bleus. Pourtant, Fekir n'a pas toujours été au centre de l'attention du milieu du football. Après avoir tâté le ballon dans des petits clubs de la région lyonnaise, il ne rejoint le centre de formation de l'Olympique Lyonnais qu'à 13 ans. Là-bas, son vis-à-vis de vestiaire, c'est Théo Defourny, ex-international espoir belge, aujourd'hui gardien de l'Excelsior Virton. " Nabil, c'est un super mec ! On a beaucoup déconné ensemble. J'ai plein de bons souvenirs avec lui. " Seulement voilà, la première aventure entre les deux hommes tourne court après une sérieuse blessure au genou de Fekir. Resté sept mois sur la touche, le gamin semble oublié par le staff des Gones. Mais Nabil a du caractère, et il n'est pas prêt à lâcher le morceau. " Il a un mental très fort, parce qu'il n'avait pas été conservé par l'OL en U14, il est retourné dans les petits clubs aux alentours de Lyon et même là-bas, on entendait encore beaucoup parler de lui. Beaucoup de clubs le voulaient. Il a voulu revenir à Lyon pour prouver qu'il avait les qualités pour s'imposer là-bas ", raconte Defourny. C'est vrai que des terrains de la région lyonnaise, il en a illuminé. Après ses galères, ses blessures, il retourne à Vaulx-en-Velin, où son père est bénévole et où jouent ses trois petits frères, avant de rejoindre l'AS Saint Priest, un club par lequel est passé Youri Djorkaeff, à qui Vincent Duluc n'hésite pas à le comparer : " C'est un neuf et demi un peu comme l'était Djorkaeff, même s'il est moins naturellement buteur que lui. Quoique c'est vrai que cette saison... il commence même à marquer de loin aussi ! C'est pour moi un Djorkaeff avec une petite technique qui est différente. Youri n'était pas un immense dribbleur. Fekir peut dribbler n'importe qui dans n'importe quelle zone. " Ejecté une première fois de l'académie de l'Olympique Lyonnais, c'est une confrontation en Coupe Gambardella qui poussera les Gones à rapatrier la pépite au bercail. Pour son pote Théo, c'était impossible de passer à côté. " Il faisait déjà des choses incroyables en réserves. Je pense qu'il lui manquait juste un peu de confiance et d'enchaînement de matches avec l'équipe première pour pouvoir percer. Cette saison, il était déjà titulaire pour les amicaux, il a enchaîné, et il a non seulement pris confiance en lui, mais le groupe a aussi pris confiance en ses capacités. " Et le gamin explose cette saison. 14 buts et 13 passes décisives en 33 rencontres. Combiné à un Alexandre Lacazette (34 matches - 28 buts - 9 assists), lui aussi produit dans l'usine à champions lyonnaise, le secteur offensif de l'OL tourne à presque 2 buts par match. Un vrai cauchemar pour les défenses adverses. " Le point fort de Nabil Fekir, c'est d'avoir des qualités différentes des autres. Ce n'est peut-être pas quelqu'un qui va gagner un 50 m à la course, ou qui va vite sur la longueur, mais il est vraiment très fort sur les dix premiers mètres. Il a un bas du corps puissant, il est assez bon au duel et puis surtout il a un pied gauche qui en fait quelqu'un de très difficile à attraper. Parce qu'il protège bien son ballon, parce que c'est un bon dribbleur et parce qu'on ne sait jamais ce qu'il va faire ", note Vincent Duluc. A ces qualités, le parcours particulier de Nabil Fekir n'est pas étranger. En quittant les chemins d'une formation parfois stéréotypée, où certains joueurs sont parfois bridés, la révélation de la saison a continué à développer sa palette technique, sans jamais douter de ses capacités à évoluer au plus haut niveau. Aujourd'hui, son rêve s'est réalisé : il joue en équipe de France, comme Zinédine Zidane, son idole. Les plus grands clubs risquent de se l'arracher lors du prochain mercato. PAR JULIEN BROGNIET - PHOTOS : BELGAIMAGE" Fekir peut dribbler n'importe qui dans n'importe quelle zone. " Vincent Duluc, journaliste à L'Equipe