Erwin Koeman est ponctuel au rendez-vous. Détendu, aussi, alors qu'il entame sa deuxième saison au poste d'entraîneur principal. Feyenoord a entamé le championnat en boulet de canon : 15 points sur 15 au moment où cet entretien a lieu.
...

Erwin Koeman est ponctuel au rendez-vous. Détendu, aussi, alors qu'il entame sa deuxième saison au poste d'entraîneur principal. Feyenoord a entamé le championnat en boulet de canon : 15 points sur 15 au moment où cet entretien a lieu. Erwin Koeman : Un coach doit rester attentif. Les joueurs s'assoupissent, par moments. Je ne suis pas naïf au point de croire que toute la saison va se dérouler avec le même succès. Durant notre stage en Chine, nous avons bien travaillé, dans des conditions difficiles. Notre premier match, contre le NAC, était vital. Nous l'avons remporté en développant un bon football. Nous ignorions où nous en étions. Nous avons donc été soulagés, d'autant que le public était négatif, à cause de la saison passée. Le club a écoulé moins d'abonnements, d'ailleurs. C'est le club qui m'a choisi. J'avais signé pour trois ans au RKC. Allais-je l'abandonner après une saison ? Feyenoord a des supporters exigeants, c'était donc un fameux défi. Mais je ne suis pas du genre à reculer. Je me suis donc lancé . Le RKC et Feyenoord ont conclu un arrangement et j'ai pu partir en beauté. Je n'ai jamais établi de plan de carrière. Si ma progression semble linéaire, c'est par hasard. Evidemment, mieux vaut commencer dans un club comme le RKC, où les attentes sont moins élevées, où la pression médiatique est moindre. Nous avons terminé neuvièmes quand même... A Feyenoord, perdre un match est grave. L'entraîneur est visé. Mon approche, mes méthodes sont les mêmes à Feyenoord qu'au RKC. Mais ici, de 300 à 500 personnes assistent à l'entraînement. Quand j'essaie quelque chose, on me filme ! J'ai immédiatement dit que je travaillerais avec le groupe mis à ma disposition. Du coup, des joueurs placés sur la liste des départs ont repris confiance. J'ai voulu juger moi-même pendant la préparation ceux qui étaient toujours sous contrat. Je suis arrivé trop tard pour Bart Goor, que je voulais conserver, mais il ne voulait plus de Feyenoord. Le successeur que nous lui avions trouvé s'est décidé in extremis pour un autre club. Nous voulions aussi Koen Daerden, un jeune prometteur, mais ce n'était pas faisable financièrement car il y a un an, le club a enrôlé beaucoup de joueurs onéreux. Je suis souple. J'espérais l'arrivée d'un joueur qui apporte une plus-value mais bon, je me suis concentré sur l'agenda et j'ai travaillé avec ceux que j'avais. Oui. Mon mode de communication convient à ce club : je suis direct et clair. Je parle avec tout le monde : le noyau dur comme les VIP. Je sais toutefois que mon crédit fondra vite si les résultats ne suivent pas. Au RKC, je succédais à Martin Jol, qui avait accompli un travail fantastique. On m'a demandé ce qui se passerait si j'échouais. Il faut essayer pour savoir si ça marchera. Ici, je dois être plus attentif car l'intérêt médiatique est plus important. Il suffit de voir les titres des journaux, qui annonçaient chaque jour le départ de Kuijt et Kalou. Dans le cas de Kuijt certainement pas. Il ne s'estime pas plus important que les autres et veut jouer chaque semaine, dans la perspective du Mondial. En Angleterre, il serait exposé à la rotation, qui ne lui convient peut-être pas. Il adore le foot et veut être de tous les matches. Il s'était mis le PSV en tête mais ce club n'a pas voulu payer assez et il a tourné la page. Il a dû être déçu mais je ne l'ai pas remarqué à son engagement ni à son comportement. On obtient le meilleur de sa carrière en rendant son équipe meilleure. Trop de joueurs pensent que l'essentiel est que tout aille bien pour eux. On n'apprend pas aux entraîneurs à gérer ce genre de situation : ça s'apprend grâce à l'expérience mais aussi à l'éducation, aux normes et valeurs reçues de ses parents. Je m'adresse aux joueurs de telle sorte qu'ils pensent à l'intérêt de l'équipe. Ce n'est pas facile car les managers, les copains leur répètent qu'ils sont les meilleurs puis voilà qu'à l'entraînement, on leur dit qu'ils peuvent faire mieux. Je ne comprends d'ailleurs pas qu'un joueur ait deux ou trois agents. J'ai le même depuis 25 ans. La stabilité est un facteur essentiel. La société a changé, un entraîneur doit s'y faire, être plus souple. Celui qui ne s'écarte pas un peu de la voie tracée s'expose à des problèmes. Aux Pays-Bas, on pense qu'on peut être un bon coach sans avoir figuré parmi l'élite. C'est court comme raisonnement. J'ai suivi tous les cours et je ne le regrette pas mais un entraîneur doit maîtriser des aspects qu'on n'enseigne pas. Comment gérer Kuijt et Kalou ? Que faire d'un international qui est sur le banc et vous demande pourquoi, craignant de bousiller son Mondial ? En tant qu'ancien joueur, je comprends les émotions des footballeurs dans mon vestiaire. Je savais que ce club était hyper médiatisé. Le déplacement à l'Ajax était le match de l'année pour beaucoup de gens. Le lendemain, un millier de supporters étaient à l'entraînement, pour faire dédicacer leur billet. Dès le premier jour, j'ai eu l'impression de pouvoir travailler comme je le voulais, mais on porte un regard différent sur moi parce que j'entraîne Feyenoord. J'appartiens plus au domaine public. J'étais prévenu. Je suis dans le milieu depuis 27 ans. J'avais les mêmes méthodes de travail avec l'équipe B du PSV. Là aussi, j'expliquais aux joueurs ce que j'en attendais, en essayant d'être clair. Maintenant, quand je parle à un international qui est réserviste, on demande une interview pour savoir ce qui se passe. J'ai parfois été un joueur difficile. Un footballeur a le droit d'exprimer ses critiques à mon égard, avec respect, dans un entretien. Un entraîneur doit essayer de se mettre à la place du joueur, de se demander pourquoi il tient de tels propos. Le football est fait d'émotions. Elles ne sont pas toutes positives mais on peut vivre avec, si on en a la volonté. La plupart des entraîneurs aimeraient ! Un joueur ne doit pas être trop facile. Pour repousser ses limites, il faut être exigeant envers soi-même, quitte parfois à dépasser les bornes. Le football y était plus ardu car les clubs étaient plus défensifs. Je me suis endurci physiquement, j'ai progressé. La vie y est chouette. Ma femme et moi étions tristes de quitter Malines. Je me voyais vieillir en Belgique. C'est toujours possible. Il y a quelques années, Malines m'a approché pour le poste d'entraîneur mais j'étais sous contrat au PSV et j'y avais des possibilités de promotion. Mais qui sait, à l'avenir... Le club doit prouver à chaque match qu'il se bat pour le titre. C'est notre objectif. Geert Foutré