Un peu plus de 200 joueurs belges sont actifs dans l'une ou l'autre compétition étrangère, parmi l'élite ou dans son antichambre. Et les techniciens ont suivi le mouvement. Alors qu'il y a un quart de siècle, René Taelman, véritable globe-trotter, faisait encore figure d'exception il est actuellement imité par une vingtaine de Belgicains qui militent à la tête d'un club ou d'une équipe hors de nos frontières. Aujourd'hui, le Bruxellois réside au Chili, qui représente le 14e pays où il a posé ses bagages. Après 17 années passées en Afrique et au Moyen-Orient l'ancien entraîneur de Seraing est en négociation actuellement avec des clubs en Libye. A 62 ans, son rêve est d'améliorer le record de 15 succès de rang qu'il avait obtenus avec l'Olympic Zaouira, de ce pays, en 2006. Un exploit qui a été battu depuis lors par le géant cairote Al Ahly, avec 17 victoires d'affilée.
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Un peu plus de 200 joueurs belges sont actifs dans l'une ou l'autre compétition étrangère, parmi l'élite ou dans son antichambre. Et les techniciens ont suivi le mouvement. Alors qu'il y a un quart de siècle, René Taelman, véritable globe-trotter, faisait encore figure d'exception il est actuellement imité par une vingtaine de Belgicains qui militent à la tête d'un club ou d'une équipe hors de nos frontières. Aujourd'hui, le Bruxellois réside au Chili, qui représente le 14e pays où il a posé ses bagages. Après 17 années passées en Afrique et au Moyen-Orient l'ancien entraîneur de Seraing est en négociation actuellement avec des clubs en Libye. A 62 ans, son rêve est d'améliorer le record de 15 succès de rang qu'il avait obtenus avec l'Olympic Zaouira, de ce pays, en 2006. Un exploit qui a été battu depuis lors par le géant cairote Al Ahly, avec 17 victoires d'affilée. Dans les lignes qui suivent, nous les passons tous en revue. Avec mise en exergue des aventures peu banales vécues par deux d'entre eux : Jean Thissen (qui vient d'être nommé sélectionneur des Eperviers du Togo) et Khalid Karama (qui dure comme coach puis directeur technique à Asteras Tripolis en Superligue grecque). Voici un mois, Jean Thissen était nommé à la tête des Eperviers, l'équipe représentative du Togo. C'est la deuxième fois de sa carrière que le Verviétois est amené à diriger une sélection nationale africaine. En 1994, il avait réussi le tour de force de qualifier le Gabon pour la phase finale de la CAN, en Tunisie, une première dans l'histoire de ce minuscule pays de deux millions d'âmes à peine. Pour ce faire, l' Azingo National s'était notamment illustré en contraignant à deux reprises le Cameroun à un partage vierge. Cette fois encore, les fameux Lions Indomptables se dressent sur la route de notre homme lors des éliminatoires conjointes pour la Coupe du Monde et la Coupe d'Afrique des Nations 2010. " La première place est synonyme de passe-droit pour l'Afrique du Sud ", dit-il. " Le top-3, lui, est automatiquement placé pour l'apothéose de la CAN, programmée en Angola l'hiver prochain. Dans un groupe comprenant encore le Maroc et le Gabon, il va sans dire que jouer la tête sera une tâche ardue. La bande à Samuel Eo'o restera toujours une référence. Quant aux Lions de l'Atlas, ils sont en plein boum. Et pour ce qui est du Gabon, il y a gros à parier que la génération actuelle aura à c£ur de se sublimer devant moi. Mais quinze ans après, je ne désespère pas réaliser une grosse performance, malgré tout. " Sans avoir l'air d'y toucher, l'ancien joueur du Standard et d'Anderlecht a accumulé les séjours à l'étranger en près de 25 ans de carrière d'entraîneur. Avec un dénominateur commun : à l'exception des Portugais de Beira Mar et des Qatari d'Al Ahly, il s'agissait chaque fois de clubs où la communication se déroule en français. " Je n'ai malheureusement pas le don des langues ", précise-t-il. " Je baragouine tout au plus quelques mots de néerlandais et d'anglais. C'est la raison pour laquelle, dès le début, mon horizon ne s'est pas limité à la seule Belgique. Ici, les opportunités se résumaient aux équipes wallonnes ou encore bruxelloises. La preuve par mes mandats à Verviers, l'Union, Seraing, le Standard et Virton. Jamais un club flamand ne m'a fait un appel du pied. Mais je dois avouer aussi que je n'y ai jamais sollicité un poste. "L'autre fil rouge dans la trajectoire de l'ancien international est qu'il n'a jamais eu besoin du football, non plus, pour vivre. L'exploitation d'un commerce d'articles de sport, à Verviers, lui a permis, dès sa carrière active, de se constituer un petit bas de laine. Puis un autre, et un autre encore... " Le football, c'est en quelque sorte ma maîtresse ", observe-t-il. " Il est heureux que je n'aie pas mis tous mes £ufs dans le même panier. Car le sport, seul, peut se révéler très ingrat. J'en ai fait l'expérience au Standard, notamment, où j'ai été dégommé après dix victoires de rang. Je peux me tromper mais ce doit être un record du genre en Belgique. A l'étranger, j'ai toujours eu droit à davantage de considération. A Beira Mar, que j'ai mené de D2 parmi l'élite, on m'avait surnommé O Rei, lisez le Roi. Je n'ai gardé que de bons souvenirs aussi des mois passés dans le Nord de l'Afrique, que ce soit au Raja Casablanca voire au Stade Tunisien. L'exception qui confirme la règle, c'était le Mouloudia d'Alger. Je n'y suis resté qu'un mois parce que le club ne tenait pas ses engagements. De plus, Al Qaïda sévissait au même moment. Et ma vie vaut quand même plus que le ballon rond. " Thissen s'est lié pour 18 mois au Togo, avec la double casquette de sélectionneur et de directeur technique national. " Les dirigeants aimeraient s'inspirer de ce qui se fait dans d'autres pays d'Afrique de l'Ouest, comme la Côte d'Ivoire, le Sénégal ou le Cameroun et développer des centres de formation. Mais il faut tout d'abord se doter d'infrastructures à la page, comme Jean-Marc Guillou l'a fait avec son Académie de Sol-Béni à Abidjan. Dans ce cadre-là, on est encore loin du compte. Tous les clubs de la capitale, Lomé, jouent dans un seul et même stade, qui sert également à l'équipe nationale. Quant au terrain du deuxième club du pays, le Semassi, à Sokodé, il ressemble davantage à un terrain de tennis en terre battue, qu'à une pelouse. Reste que comme partout ailleurs en Afrique, le talent est là. Il y a assurément d'autres Emmanuel Adebayor ou AdekanmiOlufade sur place. A moi de faire en sorte qu'ils s'épanouissent dans les meilleures conditions. " Jusqu'ici, aucun technicien belge ou belgicain, n'a fait mieux, au plus haut niveau du football grec, qu' Urbain Braems qui, entre 1985 et 1988 a drivé le Panionios Athènes. Le directeur technique Khalid Karama peut espérer battre ce record de longévité la saison prochaine avec Asteras Tripolis, où il a débarqué en cours de campagne 2006-07 au départ d'Ethnikos Asteras, le club qu'il avait fait monter en D1 quelques mois plus tôt. " A l'époque où j'étais entraîneur-adjoint à Charleroi, j'espérais secrètement monter encore d'un échelon un jour ", avance-t-il. " Mais en lieu et place du poste de T1, c'est vers le scouting que le président Abbas Bayat m'aiguilla. Je ne pense pas avoir démérité dans cette fonction. C'est à mon instigation, notamment, que Marouane Fellaini fut acquis, alors qu'il évoluait aux Francs Borains. Mais davantage que recruteur, j'avais à c£ur d'être coach. Et comme cette perspective m'était refusée au Mambourg, de même qu'ailleurs en D1 faute de nom, j'ai sondé les possibilités à l'étranger. Par l'entremise de Fotis Moucas, qui fut à la base des venues d' Iannis Anastasiou et Kristos Kostis à Anderlecht, j'ai pu concrétiser mon vieux rêve à Asteras Tripolis, qui était alors en D2. Je prenais là un fameux risque car les banlieusards athéniens avaient consommé pas moins de cinq techniciens à la faveur de l'exercice précédent. Ma chance fut alors d'avoir tapé dans le mille en matière de recrutement. A l'image de ce qu' Emilio Ferrera a fait à Panthrakikos, en jetant son dévolu sur des joueurs qu'il connaissait bien, comme Egutu Oliseh ou encore Roberto Bisconti, je m'étais orienté vers des éléments que j'avais vus à l'£uvre en Belgique, comme le Lokerenois Patrick Zoundi voire le Louviérois Rafik Djebbour. A mi-parcours, celui-ci avait déjà planté la bagatelle de 12 buts, contribuant dans une large mesure à installer le club à une inattendue troisième place. Arrivé gratuitement, il fut cédé dans la foulée à Atromitos pour 400.000 euros. Après coup, il est passé successivement à Panionios, puis à l'AEK, qui a consenti un débours de 3 millions d'euros pour s'assurer ses services. Comme quoi, j'avais quand même le coup d'£il ( il rit). Malgré son départ, nous sommes quand même montés au bout de ce championnat 2005-06. Je n'aurais bien sûr pas pu souhaiter mieux, pour mes débuts. Mais j'avais quand même une petite hantise concernant la suite des événements : qu'allait-il donc se passer en D1 si d'aventure la direction vendait à nouveau l'un ou l'autre de mes meilleurs joueurs ? Ne sauterais-je pas au cas où les résultats ne répondraient pas à l'attente ? Finalement, il n'en aura rien été car après quelques semaines à peine Asteras Tripolis me proposa le job de directeur technique. C'était plus sécurisant et, avec l'accord de ma direction, qui eut droit à une compensation financière en échange de ma liberté, je suis passé d'un club à l'autre. "A l'intersaison 2007-08, notre homme a une fois encore le nez creux en matière de transferts. Patrick Dimbala, ex-Mouscron, et Fritz Emeran, ex-FC Brussels, sont deux maîtres-achats. Mais la cerise sur le gâteau, c'est l'ancien Sochalien Jawad Zaïri, que Karama connaît bien pour l'avoir vu à l'£uvre à plusieurs reprises avec les Lions de l'Atlas marocains. " Sous son impulsion, nous avons battu les trois grands du football dans la capitale : l'Olympiacos, le Panathinaïkos et l'AEK ", précise-t-il. " C'était du jamais vu dans l'histoire du club. Cette année, nous avons accédé aux demi-finales de la Coupe face à l'Olympiacos. A l'aller, sur notre terrain, on a réalisé un partage : 2-2. Au retour, en avril, nous allons tout mettre en £uvre pour priver notre adversaire du doublé, puisqu'il est d'ores et déjà assuré du titre. De toute façon, l'équipe a réussi au-delà des espérances car le seul but était le maintien. Sans doute n'en ira-t-il pas autrement dans quelques mois car je m'attends à nouveau à un exode des joueurs que j'ai fait venir. Zaïri, qui est en quelque sorte notre Ronaldo, est courtisé aussi bien par l'Olympiacos que le Panathinaïkos et l'autre buteur de l'équipe, Lucio Filomeno, est sur les tablettes de l'AEK. Ces derniers mois, j'ai multiplié les voyages à l'étranger afin de pourvoir à ces remplacements. Je me suis rendu à la CHAN, la Coupe d'Afrique des Nations réservée aux footballeurs nationaux, organisée dernièrement en Côte d'Ivoire. J'ai assisté aussi à des matches des Coupes d'Asie et du Golfe, sans compter que j'ai écumé également la Ligue 2. En principe, je suis paré. Je me donne encore un an ou deux en Grèce, après quoi j'irai probablement tenter l'aventure ailleurs. Aux Emirats Arabes Unis, par exemple, où j'ai déjà eu quelques touches. Mais par-dessus tout, j'aimerais pouvoir m'illustrer un jour, comme coach, au plus haut niveau du foot belge. J'ai été proche du but. J'espère obtenir un jour cette consécration-là. " par bruno govers - photos: reporters