Son calme : c'est ce qui frappe le plus quand on discute avec Jonathan Walasiak, 21 ans dans quelques semaines, le 23 octobre exactement. La vie va vite. Sa carrière aussi. Son nom et sa force tranquille étaient reconnus en Wallonie. Son aura s'étend désormais à toute la Belgique.
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Son calme : c'est ce qui frappe le plus quand on discute avec Jonathan Walasiak, 21 ans dans quelques semaines, le 23 octobre exactement. La vie va vite. Sa carrière aussi. Son nom et sa force tranquille étaient reconnus en Wallonie. Son aura s'étend désormais à toute la Belgique. Aimé Anthuenis s'est fait un grand plaisir de le lancer et de le confirmer en équipe nationale, d'expliquer à une partie de la presse flamande, qui le connaît moins bien, son parcours. " Robert Waseige en avait fait un de ses piliers la saison passée ", affirma le coach fédéral. " Il a été blessé mais est revenu et il a continué à progresser sous la gouverne de Dominique D'Onofrio. Jonathan Walasiak fut une des révélations de la saison. Il confirme depuis le début de ce championnat. C'est un redoutable infiltreur au départ de la deuxième ligne. A Sclessin, il resserre très bien le jeu vers le pare-chocs de la lignemédiane. Le Standardman est un ancien attaquant de pointe et occupe désormais une position plus axiale que les médians droits de formation ". Tertre, le village familial. Le Borinage, terroir de son enfance. Pâturages, où son papa joua dans le temps. Son grand-père polonais qui travailla dans nos charbonnages. L'Albert de Mons, où le Standard le pêcha. Son trajet et ses racines sont désormais connues partout. " Après Belgique-Croatie, j'ai aussi raconté tout cela à de nombreux journalistes néerlandophones : c'était sympa ". Walasiak avait décollé depuis un petit temps : cette fois, son orbite est connue. Il n'en fait pas tout un plat, avance pas à pas comme ce fut le cas tout au long d'une huitaine que nous avons passée à ses côtés, passant du mercredi (diable) rouge de Belgique-Croatie au dimanche noir de Standard-Genk. Jonathan Walasiak : " Le coach national nous a accordé un week-end de liberté après une semaine passée, avec les Diables Rouges, à la mer ou à Bruxelles. Cette coupure m'a fait du bien. Le samedi, après m'être levé très tard, pas loin de onze heures, j'avais besoin de récupérer, je me suis rendu d'Angleur, où j'habite, à Tertre. Je me suis un peu promené dans le centre, j'ai fait du lèche-vitrines. Relax, je décompressais et personne ne m'a interpellé pour me parler de l'équipe nationale. C'est très bien ainsi. Après ma balade, je me suis évidemment rendu chez mes parents où j'ai aussi retrouvé mon parrain et mon oncle. Nous y avons discuté de tout et de rien, des choses de la vie, presque pas des Diables Rouges. J'étais parfaitement détendu, ressourcé, au moment de reprendre la route de Liège en début de soirée. Dimanche, je n'ai quasiment rien fait : repos, télé, un petit tour pour me dégourdir les jambes. Le lundi, les internationaux avaient rendez-vous au stade Roi Baudouin à 15 heures. Entraînement une heure plus tard. La réalité du match approchait petit à petit mais j'étais relax. Ensuite, la presse nous attendait. On m'a demandé si j'étais prêt à jouer en cas de forfait de Mbo Mpenza. Moi, je n'y pensais pas. Je ne voulais pas me prendre la tête. Je travaillais et c'était au coach de décider. Pas question de perdre de l'influx. J'ai partagé la chambre avec Eric Deflandre tout au long de cette préparation. Un chouette gars qui a du métier, met tout le monde à l'aise. L'équipe nationale, c'est un univers en soi. Les joueurs sont chouchoutés, plus que dans les clubs, tout est réglé à la perfection. Nous étions logés dans un hôtel de standing à Diegem : impeccable. Après le repas de 19 h 30, je suis revenu dans la chambre car j'avais envie de revoir Gladiator, programmé à la RTBF. J'adorece film, pour ses décors, ses trucages et Maximus qui lutte pour sa famille, pour lui mais aussi pour le peuple de Rome. Un peu comme les Diables Rouges qui se battent pour la Belgique ". " Saut du lit à 8 h 45, petit-déjeuner, entraînement sur le coup de 10 h à Crainhem, sur la pelouse du complexe sportif de Dexia. Dès le début, Mbo Mpenza s'est isolé, loin du regard des médias. Cela ne nous a pas échappé mais cela ne voulait rien dire. Je ne ressentais aucune pression. Et, c'est vrai, le coach national était très calme malgré ce très gros problème. J'ai senti que tousles joueurs, très sérieux depuis le début du stage, étaient de plus en plus appliqués. Sur le terrain, à 10 contre 10, il n'y avait pas de flanc droit dans l'équipe de... base. J'étais avec les autres, tout comme Sandy Martens. Le coach savait évidemment que des journalistes croates notaient tout. Le mystère demeurait autour de Mbo Mpenza. Je suppose que cela faisait aussi partie du match Aimé Anthuenis- Otto Baric. Je devinais que cela devenait difficile pour Mbo mais je ne voulais pas y penser et, en ne disant rien, le staff me laissait bien tranquille. En fin d'après-midi, les Diables Rouges ont été au cinéma, à Kinépolis. Eric Deflandre, Mbo Mpenza, Daniel Van Buyten et moi-même, nous avons opté pour la version sous-titrée de Terminator 3. Nous avons raté le début, car il y avait maldonne à propos du numéro de la salle, mais Big Dan nous a vite tout raconté pour que nous puissions suivre les exploits d' Arnold Schwarzenegger. Il y avait six personnes en tout dans la salle. Intéressant ce combat de l'Humanité contre les machines. Après le dîner, le staff technique nous a réunis afin d'étudier un résumé télévisé du match amical Angleterre-Croatie (3-1). J'ai surtout été impressionné par l'Angleterre malgré les éloges à propos des Croates. Eddy Snelders, l'adjoint d'Aimé Anthuenis, commenta un grand nombre de phases durant 20 minutes. Il revint sur des automatismes croates : mouvements et dédoublements sur les ailes, précision des frappes de Milan Rapaic, atouts et défauts de tous les joueurs adverses que nous avons vus en gros plan. Puis, Aimé Anthuenis nous resitua par rapport à eux. Pas question de faire le moindre complexe. Il fallait gagner afin de garder une chance de qualification pour la phase finale de l'EURO 2004. Le soir, j'ai regardé Big Mamma diffusé par France 2 : un film très amusant, une comédie américaine bidonnante, sans ambition mais qui a le mérite de vous détendre. Non, je ne savais toujours pas si j'allais jouer, Mbo devait encore passer un test le lendemain : on ne pense pas à cela en regardant ce genre de film ". " Matinée libre mais petit déj' au plus tard à 10 h. Je suis descendu à 9 h 30. Mbo n'était pas là. Il s'entraînait. Nous l'avons revu vers midi. A son retour, il a croisé les joueurs et a tout simplement dit : - Je ne joue pas. Aimé Anthuenis passait par là à ce moment et a lancé : -Jonathan, attends-moi après le repas, je dois te parler C'était de plus en plus clair pour moi mais je ne me suis pas énervé. Un peu après 13 h, le coach national précisa sa pensée : - Mbo n'est pas totalement rétabli, tu commences le match. Pas de problèmes, joues comme tu le fais au Standard. Tu n'as rien à perdre, joues simplement. Cette conversation n'a pas duré plus de cinq minutes. Inutile d'en dire plus. Puis, j'ai aperçu Mbo Mpenza qui m'a pris par l'épaule avant de me souhaiter : - Bonne merde. Dans l'après-midi, Eric Deflandre, Bart Goor et Thomas Buffel ont un peu tapé la carte dans ma chambre. Petit somme avant la collation de 17 h. Puis, théorie d'Aimé Anthuenis avec rappel des principes de notre 4-4-2, composition du mur sur les coups francs. Dans l'autocar qui nous emmena vers le stade, pas de bruit : on entrait dans la dernière ligne droite avant le match. Il avait plu et pleuvait encore. C'était un peu glissant mais le sol était sec en profondeur. A mon avis, c'était un petit avantage pour nous. La pluie, on connaît. Avant l'échauffement, j'ai croisé Vedran Runje qui n'était pas repris sur la feuille croate. Bizarre quand on connaît l'étendue de sa classe. J'ai un peu conversé avec lui et Daniel Van Buyten, évidemment. Quand nous sommes revenus au vestiaire, tous les Diables Rouges, Sandy Martens en tête, m'ont encouragé. Ils étaient à fond avec moi. Je ne me suis pas rendu compte que je tirais une drôle de tête lors de l'exécution des hymnes nationaux. Des copains me l'ont dit, j'ai revu les images, on dirait que j'étais au bord de l'infarctus. Non, le c£ur a bien tenu, j'étais certes tendu, mais stressé mais bien concentré. L'ambiance était chouette, j'aime bien ce public et ce stade. J'ai tout de suite tenté un petit dribble qui m'a mis en confiance. Je ne me suis pas grisé. Je me suis donné le temps de trouver mes marques, de remplir ma tâche de base avant de faire plus. Tout va plus vite qu'en championnat. Il faut s'y faire. Le coup franc victorieux de Wesley Sonck était une merveille. Ivica Mornar l'a légèrement touché mais StipePletikosa n'aurait de toute façon pas pu arrêter cette frappe à la Michel Platini. Hélas, les Croates ont égalisé une minute plus tard. Une cata suite à une frappe de... Milan Rapaic, évidemment. Nous avons prouvé que le groupe avait des ressources morales. Philippe Clement m'a bien lancé en profondeur. J'ai résisté à une charge en entrant dans les 16 mètres. C'était exactement la même phase de jeu qu'à Mouscron où j'ai marqué. La porte était ouverte, j'ai frappé, Pletikosa a repoussé la balle et Sonck en profita pour nous redonner l'avance. Au repos, le coach nous conseilla de rester bien calmes. Il savait que les Croates mettraient la pression, s'appuieraient sur leur capital athlétique mais s'énerveraient aussi au fil du match. A son avis, ils étaient à prendre. Il a eu raison. Nous avons bien géré les événements pendant que les Croates optaient pour la brutalité. Ce fut parfois chaud devant Geert De Vlieger mais nous avons aussi eu des occasions. Notre succès est mérité. Travail bien fait. Je suis resté au jeu de la première à la dernière minute : c'est aussi un sujet de satisfaction. J'ai échangé monmaillot avec celui du numéro 16 croate, Darijo Srna. J'avais obtenu celui de Marc Overmars après Belgique-Pays-Bas. C'était fort tout cela, je suis rentré à la maison vers 1 h du matin et je n'ai pas pu m'endormir tout de suite ". " Je me suis entraîné normalement avec le groupe au Standard, à 13 h. Quelques journalistes étaient là pour moi et plus tard, j'ai eu plus de reporters flamands que francophones au téléphone. Au Standard, les copains m'ont un peu chambré dans le vestiaire en me reparlant de... la tête que je tirais durant la Brabançonne. Le soir, je suis rendu dans un restaurant italien de Liège avec ma copine, Monique. Elle avait assisté à Belgique-Croatie avec son frère, sas£ur et mes parents. Jeudi, je n'avais pas totalement oublié ce match, c'était évident. Tout se jouera le 11 octobre. Les Bulgares sont déjà qualifiés grâce à notre succès face aux Croates. J'espère qu'ils s'en souviendront à Zagreb. Pendant ce temps-là, nous en découdrons avec l'Estonie, à Sclessin. C'est chez moi et une qualification au Standard, ce serait exceptionnel. On parle plus de moi mais je ne m'énerve pas. Je suis sous contrat au Standard jusqu'en 2007 et une prolongation, ou une augmentation, cela passe par le terrain. Je ne suis pas timide, je suis réservé. Je sais que tout est fragile. Il y a un peu plus d'un an et demi, La Louvière était intéressée par un prêt. Robert Waseige préféra me garder car il voulait me voir sur le flanc droit. Depuis lors, j'ai été 19e contre la Bulgarie, j'étais sur la feuille face à Andorre, j'ai joué uneminute face aux Pays-Bas alors que je ne m'y attendais plus et j'étais titulaire mercredi. Je fais mon boulot, au Standard ou en équipe nationale et le reste suivra ". " Entraînement à 13 h au Standard. Anthuenis et Dominique D'Onofrio ont un peu les mêmes idées en ce qui concerne l'occupation du terrain avec défense en ligne mais le Standard n'aligne qu'un médian défensif pour deux en équipe nationale. En perte de balle, je dois serrer plus fortement vers le centre au Standard. Aimé Anthuenis n'est pas un homme de grands discours, je crois. Mais il parle juste, est apaisant, sa confiance se transmet au groupe. Dominique D'Onofrio est plus expressif. Tous deux font confiance aux jeunes. A ce propos, le Standard a changé de visage. Idem en équipe nationale où je suis épaté par la classe de Thomas Buffel. C'est vraiment un technicien hors pair ". " Genk, c'est pour demain. Un test important après le voyage au Lierse. Les Limbourgeois ont enregistré pas mal de départs et construisent une nouvelle attaque, une autre équipe. Le duo Cédric Roussel- Kevin Vandenbergh, c'est tout bon, il faudra s'en méfier. De notre côté, il y a eu un bon nettoyage. On a du physique, du gabarit et de la technique. La saison passée, il y avait des distances, même des gouffres, entre certains clans, certainement entre les anciens et les jeunes. Ce n'était pas toujours très évident à vivre. C'est terminé et l'ambiance est au beau fixe. On a senti tout de suite que les nouveaux venus s'intégreraient sans le moindre problème. Il en va de même pour Emile Mpenza, Miljenko Mumlek et Gonzalo Sorondo, évidemment. Ce ne sont pas des concurrents mais des renforts pour un groupe soudé. Tout le monde l'a compris. La saison est longue avec la Coupe d'Afrique des Nations pour certains, des blessures, des suspensions. Nous sommes plus forts, plus complets, plus nombreux, plus dangereux. Ce Standard-là fait peur. Et quand on a Emile Mpenza dans son jeu, l'adversaire n'est jamais à l'aise ". " Les Limbourgeois nous ont posé des problèmes que le groupe n'a pas été capable de résoudre. Sur l'ensemble du match, on méritait mieux. Jan Moons, le gardien de Genk, a quand même été une des vedettes du match. Le Racing a commis beaucoup de fautes pour casser le rythme et regrouper le gros de ses troupes devant son grand rectangle. C'était fait avec intelligence. Les flancs étaient coupés ou dédoublés et le centre de la défense de Genk était en béton armé. Je m'attendais à un Genk assez offensif mais j'ai découvert une équipe terriblement défensive. Une rapide ouverture de la marque a conforté les Limbourgeois, terriblement réalistes, dans leurs choix tactiques. Nous sommes tombés dans le piège. La ligne médiane n'a pas été capable d'alimenter les attaquants en bons ballons, même quand Emile est monté au jeu. Genk est resté en ligne alors que nous perdions progressivement notre lucidité. Le Standard a abusé de ballons longs et ce fut une régal pour les tours défensives de Genk. Le fait de jouer à 13 h n'a pas posé de problèmes. Nous nous sommes entraînés à cette heure-là en semaine pour nous habituer à cet horaire. Cela ne doit pas poser de problèmes à des pros. Ce n'est pas un arrêt. Nous avons raté le coche face à Genk mais un championnat ne s'arrête pas après cinq journées ". " Mbo Mpenza m'a pris par l'épaule avant de me souhaiter bonne merde "" Je m'attendais à un Genk offensif mais j'ai découvert une équipe défensive "