Est-ce parce qu'il a rempilé pour cinq ans ou parce que l'effectif d'Ostende a subi une cure de rajeunissement ? Le fait est que Jean Salumu, qui est né et a grandi à Saint-Nicolas mais vit à la côte belge depuis dix ans, est plus que jamais le pilier du champion en titre.Après le passage du sponsor Telenet aux Antwerp Giants et les départs de joueurs déterminants comme Pierre-Antoine Gillet et Rasko Katic, tout le monde pensait qu'Ostende allait vivre une saison de transition. Même au sein du club, on en était convaincu. Mais à la mi-championnat, l'équipe de Dario Gjergja se montre encore plus dominatrice qu'au cours des six dernières années.
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Est-ce parce qu'il a rempilé pour cinq ans ou parce que l'effectif d'Ostende a subi une cure de rajeunissement ? Le fait est que Jean Salumu, qui est né et a grandi à Saint-Nicolas mais vit à la côte belge depuis dix ans, est plus que jamais le pilier du champion en titre.Après le passage du sponsor Telenet aux Antwerp Giants et les départs de joueurs déterminants comme Pierre-Antoine Gillet et Rasko Katic, tout le monde pensait qu'Ostende allait vivre une saison de transition. Même au sein du club, on en était convaincu. Mais à la mi-championnat, l'équipe de Dario Gjergja se montre encore plus dominatrice qu'au cours des six dernières années. Salumu, qui est avec Dusan Djordjevic le seul ancien de l'ère Gjergja à être resté, pense que la mentalité des nouveaux y est pour beaucoup. " Mike Myers, Tonye Jekiri et Chase Fieler sont de jeunes Américains qui veulent faire leurs preuves en Europe. De plus, de nombreux jeunes talents de l'académie s'entraînent avec nous et nous obligent à donner le meilleur de nous-mêmes lors de chaque séance. " L'architecte de tout cela, c'est Dario Gjergja, le coach croate plein de testostérone. Depuis son arrivée, en 2011, le BCO a décroché six titres consécutifs. S'ils en remportent un septième cette saison, les Côtiers établiront un nouveau record de Belgique. " La plupart des entraîneurs pensent à court terme tandis que Dario passe beaucoup de temps à construire les fondations d'un club ", explique Salumu. " Il adore former et accompagner les jeunes. Il est même réputé pour cela dans le monde entier. L'été dernier, à la demande des Boston Celtics, il a passé quelques semaines aux Etats-Unis afin de travailler individuellement avec un jeune talentueux de ce club. " " Moi aussi, il m'a formé ", ajoute l'ailier de 1,93 m. " Lorsque je suis revenu en 2012 après une saison décevante à Louvain, où j'avais été prêté, je pensais que je ne pourrais pas devenir professionnel mais Gjergja m'a immédiatement fait travailler. Ce fut un tournant. Sa force, c'est de détecter les qualités d'un joueur et de le rendre encore meilleur. Il m'a fait comprendre que je tirais trop peu parti de mon physique. Donc, chaque fois que nous avions congé, il ajoutait des séances supplémentaires pour travailler ma vitesse. Je devais faire des démarrages pendant une heure avec des poids autour des chevilles ou des medecine balls en main. Aujourd'hui, j'en récolte les fruits : je peux être aussi dangereux en allant à l'anneau qu'en tirant à distance. Maintenant, il fait pareil avec Vincent Kesteloot mais Pierre-Antoine Gillet, Quentin Serron et Khalid Boukichou reconnaîtront également qu'ils doivent beaucoup à Gjergja. Il aime vraiment ses joueurs, même s'il a parfois une façon particulière de le montrer (il grimace). " Une autre qualité de Gjergja et, par extension, d'Ostende, c'est le recrutement. C'est grâce à cela que, chaque année, le club a renforcé sa domination. Salumu opine du chef. " Gjergja veut construire une dynastie ici, il se sent bien à Ostende. En fait, il est un peu l'Arsène Wenger du basket belge (il rit). Le club anticipe parfaitement l'introduction du règlement sur les home grown players (les clubs belges seront obligés d'inscrire un minimum de joueurs belges sur la feuille de match, ndlr). Il considère les jeunes Belges talentueux comme des joueurs-clefs et les entoure d'un bon mélange d'étrangers. Pas seulement des Américains mais aussi des Européens expérimentés, comme Djordjevicet Katic, qui apportent une autre mentalité à l'équipe. " Djordjevic. Le capitaine au long cours, le meneur de jeu. Trente-quatre ans mais tellement important pour Ostende. Même s'il endosse davantage de responsabilités cette saison, Salumu ne cache pas son admiration pour le Serbe. " La façon dont il arrive toujours à dicter le rythme du match est incroyable ", dit-il. " Quand nous traversons un moment difficile, nous savons qu'il suffit de lui donner le ballon et il trouve la solution. Aujourd'hui, il ne remplit plus son rôle de la même façon qu'il y a quelques années, il cherche surtout à stabiliser l'équipe lorsqu'elle perd les pédales. Le club prépare sa succession mais il sera impossible de le remplacer. Sa vision du jeu est sans pareille. Parfois, nous en rigolons : si j'avais sa vista et s'il avait mes qualités athlétiques, nous jouerions tous les deux en NBA. " (il rit). Il y a peu de chances que cela se produise un jour. Ce n'est même plus son rêve. D'ailleurs, le Belgian Lion estime que la NBA est surestimée. " Le plus beau basket, c'est en Euroleague ", dit-il. " La NBA, c'est surtout du show et un jeu ultra-physique. On n'y joue sérieusement que lors des play-offs. Je n'y ai jamais eu de véritable idole, même si j'aimais bien Michael Jordan. " Par contre, il ambitionne encore de jouer à l'étranger. Mais plutôt en Espagne, le championnat qui le fait rêver. " Je pense que c'est là qu'on trouve les meilleurs joueurs, les gens adorent le basket, les salles sont pleines. " C'est différent de la Belgique, où le nombre de spectateurs diminue chaque année, même dans un grand club comme Ostende. " Je dois admettre que, par rapport à voici quelques années, le niveau du championnat belge a chuté. Ostende a été champion de Belgique six fois de suite et n'a pas de sponsor principal : c'est bizarre. " C'est pour cela que, parfois, il en a assez du championnat de Belgique. Mais pourquoi avoir resigné à Ostende pour cinq ans, dès lors ? Il sourit. " A vrai dire, ce n'était pas mon intention. Tant Ostende que moi-même étions convaincus que j'allais partir l'été dernier. Mais j'ai été blessé au mauvais moment : d'abord une fracture de la mâchoire puis des problèmes de dos. Alors, j'ai dit à la direction que j'étais prêt à négocier. Le nouveau contrat prévoit cependant que je peux partir gratuitement cette saison avant une certaine date. Je sens bien que, grâce à mes bonnes prestations cette saison, les choses bougent. Si je ne pars pas cette année, je pense que je ne partirai jamais. " Il ne considérerait toutefois pas cela comme une catastrophe car Salumu se sent bien à Ostende, où il vient d'acheter un bel appartement près du port. Et il n'a pas que le basket dans la vie. " Depuis quelques années, je suis élève libre à l'université ", dit-il. " J'ai fait de l'informatique et de la gestion d'entreprise. Maintenant, je suis des cours d'initiation à la psychologie. C'est très intéressant. J'aime également beaucoup les séances avec un psychologue du sport. L'affirmation positive - se répéter une phrase ou un mot bien précis - m'aide par exemple à tirer les coups francs ou à chasser le stress. " Dans sa tête, il a déjà écrit un scénario idéal : un nouveau titre avec Ostende, une distinction de Joueur de l'Année et un transfert dans un club espagnol. " Joueur de l'Année, ce n'est pas un must mais ce serait un beau couronnement ", reconnaît Salumu. " En 2016, je suis passé tout près mais c'est QuentinSerron qui l'a emporté. Mes médailles et mes coupes, je les donne à mes parents qui ont une vitrine pour les entreposer. Pour ma part, je n'y accorde pas tellement de valeur. Peut-être après ma carrière... Je suis surtout très heureux qu'Ostende m'ait donné ma chance à l'époque. "