Février 1793. Les administrateurs municipaux de Couvin en sont persuadés : pour assurer la satisfaction de leur peuple, ils doivent rattacher leur district à la France. S'ensuivent alors des consultations populaires au sein des villages voisins. Olloy-sur-Viroin, petit patelin de 600 habitants, ne fait pas obstacle à ce projet auquel l'écrasante majorité des habitants adhère.
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Février 1793. Les administrateurs municipaux de Couvin en sont persuadés : pour assurer la satisfaction de leur peuple, ils doivent rattacher leur district à la France. S'ensuivent alors des consultations populaires au sein des villages voisins. Olloy-sur-Viroin, petit patelin de 600 habitants, ne fait pas obstacle à ce projet auquel l'écrasante majorité des habitants adhère. Ils ne sont que quatre Ollégiens à refuser cette réunion. Une rébellion dont l'influence historique restera nulle mais une action ferme et assumée qui semble avoir inspiré trois femmes près de 225 ans plus tard. Depuis plusieurs mois maintenant, Marie-Noëlle Bolle, Pascale Jacquemart et Mélissa Bayot sont ainsi les seules membres du comité du club de foot de l'ESV Olloy. " Je n'ai jamais entendu parler d'une seule autre assemblée de club 100 % féminine ", lance d'emblée Pascale Jacquemart, la trésorière. Trois femmes dans un monde historiquement masculin, ça n'a pas été évident à digérer pour tous les dirigeants du coin. " Lors des premières réunions provinciales, beaucoup d'hommes ont essayé de me piéger en évoquant certains points du règlement ", se souvient Marie-Noëlle Bolle, la secrétaire. " Mais une fois qu'ils ont compris que je l'avais entièrement lu et que je connaissais mon sujet, ils ont vite arrêté. Certains secrétaires me téléphonent même pour que je les aide. " Les trois comparses l'assurent : ce fonctionnement à trois leur convient parfaitement. En contact quotidien pour gérer le club, elles pointent leur pragmatisme comme qualité principale. " Les hommes sont capables de se tromper dans les quantités de boissons ou de passer à côté de superbes promotions ", rigole Marie-Noëlle, qui écarte toutefois toute velléité féministe extrême. " On ne met pas les hommes dehors, ils sont les bienvenus... mais on dirait qu'ils n'osent pas venir travailler avec nous ! " Installé le long du Viroin, ce petit cours d'eau d'une vingtaine de kilomètres qui se jette dans la Meuse, le terrain de foot d'Olloy a la chance d'y évacuer l'eau très facilement. " Du coup, c'est rare que l'on doive remettre des matches pour cause de gel ", se réjouit Pascale Jacquemart, néanmoins agacée par la colonie de taupinières présentes aux quatre coins du pré. " À chaque entraînement, il faut s'en occuper pendant plusieurs minutes. " Ces séances ne concernent plus que l'équipe première masculine, qui évolue en quatrième provinciale. L'équipe féminine, active en P1, n'a plus assez de forces vives pour s'entraîner chaque semaine. Pourtant, elle a une jolie histoire derrière elle. " Il y a huit ans, mon compagnon a eu l'envie soudaine de lancer le foot féminin à Olloy ", se souvient Marie-Noëlle Bolle. " Même si les filles s'intéressent toujours tardivement au foot, on a réussi à rassembler des femmes du village ou de joueurs du club. " Après cinq mois d'âpre préparation, les Ollégiennes disputent leur premier match contre Sivry. Score final : 23-0. Mais, dans le vestiaire, ce sont les perdantes qui hurlent leur joie, celle d'avoir réussi leur première mission : tenir 90 minutes. " Au début, comme on était la seule équipe du coin, on affrontait des formations comme Templeuve ou Tournai, dans le Hainaut " rembobine la secrétaire. " On démarrait à 8 heures du matin et on repassait au McDo après le match, c'était une vraie excursion. Pendant longtemps, on a été réputées pour fermer les buvettes. " Les Maroux - le surnom des habitants du village - ont même dû être mises dehors à deux reprises par des barmen fatigués. Outre son ambiance conviviale, la force d'Olloy repose sur la relation entre les joueuses et leur coach, Pascale Jacquemart, qui comprend ses protégées plus facilement qu'un homme et trouve les mots pour les maintenir motivées. Ancienne boxeuse, elle continue de taper le cuir le dimanche. " Elles me feront crever ! ", se marre-t-elle. Ces derniers temps, grâce notamment aux Red Flames, la médiatisation du foot féminin a pris de l'ampleur. Trop d'après la trésorière-coach-joueuse. " Maintenant, tout le monde veut lancer son équipe. Mais la saison dernière, en créant une formation de toutes pièces, l'UR Namur a fait exploser trois autres équipes qui existaient depuis des années. Et puis l'argent débarque... En quelque temps, le foot féminin a fait un boom de plusieurs dizaines d'années mais ce n'est pas pour aller vers un mieux. " À Olloy, les joueuses ne sont pas payées. Ce qui n'empêche pas le club de conserver des ambitions. " On est à la recherche de joueuses pour la saison prochaine ", reprend Pascale, qui veut renforcer une équipe dont la chute en P2 en fin d'exercice semble inéluctable. Les étiquettes de bière collées au plafond en sont les preuves : les Maroux savent s'amuser dans la buvette. Lors de la création du club, en 1973, la cafétéria a d'ailleurs été construite de A à Z par les joueurs, tout comme les vestiaires. " On était les premiers à avoir des douches dans la Province... mais là où ça a bien changé chez les autres, ce n'est pas le cas chez nous ", rigole Pascale Jacquemart. Vieillots, les vestiaires se chauffent ainsi au radiateur à gaz et commencent à crouler sous le poids de l'âge. " Le problème, c'est que le terrain de foot est communal et que les bâtiments sont privés ", précise la trésorière. " La commune nous a promis de faire des rénovations - car plus rien n'est conforme - mais cela se fait attendre. Pourtant, ça nous aiderait peut-être à attirer des gamins. " Depuis une dizaine d'années, il n'y a en effet plus aucune équipe de jeunes à Olloy. À une époque, l'ESV a été sauvée par le centre d'accueil d'Oignies. " Avec mon compagnon, on allait chercher quelques jeunes chaque semaine, on les accueillait chez nous pour manger puis ils allaient jouer avec nos équipes ", glisse Marie-Noëlle Bolle. " C'était du win-win. Maintenant, ce sont surtout des adultes qui vivent au centre. La collaboration n'existe donc plus. " Mais la ferveur ollégienne est toujours présente. Et prête à résister à tout, même en infériorité. Comme en 1793.