Lorsqu'une rencontre se décide aux tirs au but, on oublie tout ce qui s'est passé pendant les 120 minutes de jeu qui ont précédé. La finale de la Ligue des Champions ne déroge pas à cette règle. Ainsi, grâce aux trois envois qu'il a arrêtés, Dida a été pour beaucoup le héros de cette rencontre. Peu importe si, jusque-là, il n'avait pas eu grand-chose à faire, ses défenseurs (notamment Alessandro Nesta) empêchant que le ballon n'arrive trop dans ses parages. Au Brésil, on l'a surnommé San Dida et c'est lui qui a donné le titre européen à Milan. " Le gardien brésilien est le héros de la finale ", titre le quotidien O Globo. La Folha de São Paulo, le journal le plus répandu du pays, n'hésite pas " Parmi tant de zéros, Dida pousse Milan au sommet de l'Europe ".
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Lorsqu'une rencontre se décide aux tirs au but, on oublie tout ce qui s'est passé pendant les 120 minutes de jeu qui ont précédé. La finale de la Ligue des Champions ne déroge pas à cette règle. Ainsi, grâce aux trois envois qu'il a arrêtés, Dida a été pour beaucoup le héros de cette rencontre. Peu importe si, jusque-là, il n'avait pas eu grand-chose à faire, ses défenseurs (notamment Alessandro Nesta) empêchant que le ballon n'arrive trop dans ses parages. Au Brésil, on l'a surnommé San Dida et c'est lui qui a donné le titre européen à Milan. " Le gardien brésilien est le héros de la finale ", titre le quotidien O Globo. La Folha de São Paulo, le journal le plus répandu du pays, n'hésite pas " Parmi tant de zéros, Dida pousse Milan au sommet de l'Europe ". En transformant froidement le dernier coup de réparation, Andriy Shevchenko a également eu droit au titre de héros de la soirée. Peu importe si, après un début de match où il avait été insaisissable, il n'a plus vraiment inquiété l'arrière-garde turinoise. L'UEFA a désigné Paolo Maldini comme étant l'homme du match. Un choix qui se veut surtout symbolique dans la mesure où le capitaine milanais en est à sa quatrième Coupe d'Europe et que ce succès arrive précisément 40 ans après le premier des six titres remportés par l'AC. Cette fois-là, à Wembley, le capitaine qui leva la Coupe au ciel n'était autre que Cesare Maldini, le papa de l'arrière milanista. En fait, l'homme du match a été Gianluigi Buffon (28-01-78). C'est lui qui, dans les trois quotidiens sportifs d'Italie, a reçu la meilleure note. L'arrêt qu'il a effectué sur une reprise de la tête de Filippo Inzaghi était de toute grande classe. C'est Buffon qui a permis à la Juventus de ne pas encaisser alors qu'elle se trouvait dans la tourmente. Ensuite, il n'a pas été régulièrement inquiété par les attaquants milanais mais il s'est montré sûr de lui et efficace sur tous les ballons. Malheureusement pour lui, il n'a arrêté que deux tirs au but. C'était insuffisant surtout pour un gardien qui, ces dernières semaines, a stoppé le penalty de StefanoFiore à Rome contre la Lazio, qui donnait le titre à la Juventus, et le tir de LuisFigo en demi-finales de la Ligue des Champions face au Real. Gigi Buffon n'a pas commencé sa carrière comme gardien. Au Perticata de Carrare, il était médian offensif, capable d'inscrire 20 buts par saison, et sa spécialité était les tirs de loin. Mais à 12 ans, il décida de devenir gardien parce qu'il en avait assez de courir. " On prétend que, va dans le but celui qui est le moins doué mais dans mon cas, il n'en est pas allé de la sorte : j'étais fatigué de courir et je suis allé dans le but pour me reposer. L'expérience m'a plu et je me suis dit que, tous comptes faits, ce n'était pas mal de jouer gardien ", raconte Buffon. Ce changement aura sans doute complètement bouleversé la vie du jeune homme. Car dès cet instant, tout alla très vite pour lui. Au point qu'il est devenu gardien de la Juventus alors qu'il n'avait que 23 ans. " Voilà encore un lieu commun : on disait que les gardiens ne pouvaient pas être trop jeunes. Et depuis, plusieurs clubs ont suivi l'exemple en alignant de jeunes portiers ". Ses parents racontent que Gigi a toujours été pressé. Il a marché à sept mois et parlé deux mois plus tard. " Je ne me suis jamais senti trop jeune pour faire quelque chose. Et aujourd'hui, je ne me sens pas plus vieux que ce que je suis réellement. Dans le fond, j'ai grandi très vite ". A 13 ans, quand tout le monde pensait que Buffon s'en irait à l'AC Milan, il alla passer un test à Parme et décida de rester là, tout simplement parce que c'était plus près de Carrare. " Il n'est pas normal d'aller vivre seul à 13 ans. Il m'aurait manqué tant de choses, parfois des détails comme le café au lait que me préparait ma mère lorsque je rentrais de l'entraînement ", explique le gardien de la Juve. Parmi les anecdotes qu'il aime raconter, il y en a une qui tient à c£ur à Buffon. Alors qu'il avait 14 ans, un entraîneur est venu lui dire qu'à 20 ans, il jouerait en D1. Lui rétorqua : " Excusez-moi mais jusque-là, qu'est-ce que je vais faire ?" Il avait 17 ans, quand un dimanche matin, on est venu lui dire que l'entraîneur, Nevio Scala, désirait le voir. " Aujourd'hui, c'est toi qui joues ", lui lança-t-il. Parme-Milan se termina par un partage blanc mais Buffon avait réalisé trois superbes parades sur des tirs de George Weah et de Roberto Baggio.. Il avait 19 ans et neuf mois quand il fit sa première apparition sous le maillot de l'équipe nationale. C'était à Moscou, lors d'un match de qualification pour la Coupe du Monde 98. Il dut entrer à la place de GianlucaPagliuca, blessé, et encaissa un but û un autogoal de son ami Fabio Cannavaro. Mais l'Italie était qualifiée pour le Mondial français. " Il n'est pas important d'être précoce mais quand je me rends compte que je peux avoir une chose, je n'aime pas attendre ", commente-t-il comme pour s'excuser d'avoir toujours tout fait en vitesse. Comme acheter son diplôme alors qu'il lui restait encore un an pour terminer ses humanités. " J'ai été stupide. Je me suis fait avoir. J'étais de bonne foi, sinon je ne me serais pas inscrit à l'université ". Des erreurs, Buffon en a fait quelques-unes, comme inscrire sur son maillot Boiachi molla (scélérat, celui qui abdique), un slogan de l'époque fasciste. Ou bien quand il a choisi de jouer avec le numéro 88, déclenchant la colère la communauté juive parce que ce chiffre est un symbole nazi (le H étant la 8e lettre de l'alphabet, 88 était une abréviation de Heil Hitler). Buffon remplaça immédiatement le 88 par 77. Il eut beau préciser qu'il ne faisait jamais de politique, cela ne calma pas immédiatement les esprits. Car si c'est vrai que l'on n'est pas obligé de savoir que le 88 est un symbole anti-juif, cela tombait mal juste après l'inscription sur le maillot. Et on peut se dire que s'il ne l'a pas fait exprès, c'est vraiment qu'il est malchanceux. Heureusement pour lui, Buffon oublie très vite ses erreurs sur et en dehors du terrain. Tout passe, sauf un carnet dans lequel il indique les penalties qu'il a encaissés et ceux qu'il a stoppés : " La moyenne est phénoménale ", dira-t-il en laissant sous-entendre qu'il en a arrêté pas mal. Quand il ne jouait pas encore en équipe Première, Buffon allait le dimanche au stade avec les Boys, les ultras, et encore aujourd'hui, il s'amuse parfois à chanter les chants des supporters. Même quand il est dans les buts, il chantonne s'il n'a rien à faire : " Ce n'est pas vrai que les gardiens sont tous fous. Il y a un peu de folie dans chaque homme et il y a aussi des gardiens normaux ", commente Buffon sans préciser s'il figure dans cette catégorie. Evidemment, en Italie, ses idioties sont connues. Comme quand les télévisions se sont présentées à l'endroit où il faisait son service civil. Il se pointa en bleu de travail en train de poncer à la main une vieille porte. Et lorsqu'on lui fit remarquer que ce qu'il faisait était idiot, il lança : " C'est normal, c'est une porte et je suis portier ". Il y aussi cette fois où, un soir, il téléphona en direct à la radio pour parler avec une jeune fille qui avait avoué qu'elle rêvait de lui la nuit. " C'est beau de rendre quelqu'un heureux avec si peu de choses. Et puis, quand il joue à Fantacalcio, le 11 d'Or italien, le premier joueur qu'il achète, c'est toujours Buffon : " Evidemment, il est impossible que je ne m'achète pas ", répond-il. Lorsqu'en juillet 2001, la Juventus a déboursé 52,5 millions d'euros, un montant faramineux, ce n'était pas la première offre qui avait été faite à Parme, mais Buffon ne voulait pas absolument rester :" Parce que gagner le titre, c'est magnifique, mais le remporter là où ils ne l'ont jamais eu, ce doit être le sommet ", répétait-il.. En fait, Buffon s'est toujours mis du côté des faibles et des pauvres. Son personnage préféré a toujours été Robin des bois même si, quand il a arrêté un penalty de Ronaldo, il avait la tenue de Superman sous son maillot. Buffon est issu d'une famille de sportifs, ses parents se sont connus alors qu'ils faisaient partie de l'équipe nationale d'Italie d'athlétisme, lui lançant le javelot et elle le poids. Il n'a en revanche rien à voir avec Lorenzo Buffon, le célèbre gardien des années 50-60 que l'on présente très souvent comme le père de Gianluigi. Récemment, Buffon a rappelé qu'il avait vraiment eu envie de devenir gardien en voyant jouer ThomasN'Kono et qu'il avait pleuré quand le Cameroun avait été éliminé au Mondial 90. Tout cela n'a rien de bien particulier si on ne raconte pas toute l'histoire qui unit les deux hommes. Lorsqu'il débarqua en équipe nationale, lors d'une interview, Buffon insista sur le fait qu'il n'avait eu qu'une idole, le Camerounais. En guise de remerciement, ce dernier l'invita à son match d'adieu en 2001. Entre-temps, N'Kono se retrouvait dans la dèche et, pour s'en sortir, envoyait un petit mot à Buffon afin qu'il l'aide. Le gardien de la Juventus lui envoya de l'argent. Mais toute l'affaire serait restée secrète si le manager de Buffon n'avait pas cru bon d'en parler. Nicolas RibaudoMalheureusement pour lui, il n'a arrêté que deux tirs au butIl avait la tenue de Superman sous son maillot quand il a arrêté un penalty de Ronaldo