Pour trois internationaux portugais, cet EURO 2004 revêtait une signification toute particulière : Luis Figo, Rui Costa et Fernando Couto. Ils sont effectivement les derniers représentants de ce qu'on appelle communément, en Lusitanie, la geração de ouro, la génération dorée. Sous la férule de l'entraîneur Carlos Queiroz, celui-là même qui avait en charge le Real Madrid, la saison passée, la Selecção junior avait réussi l'exploit, en 1989 et 91, de remporter à deux reprises le Championnat du Monde de sa catégorie. Fernando Couto, âgé de 34 ans, faisait partie de la première levée, couronnée en Arabie saoudite, au même titre que les sociétaires du FC Porto, Jorge Costa et Vitor Baia. De deux ans leurs cadets, Luis Figo et Rui Costa gagnèrent, face au Brésil, l'édition ultérieure. Devant 120.000 fans, au stade de la Luz, la jeune classe s'imposa alors aux tirs au but face à Roberto Carlos et Giovane Elber, entre autres. Un exercice où Rui Costa, plutôt malchanceux dans sa tentative en quarts de finale, cette année, contre l'Angleterre, s'était érigé en véritable héros des siens en signant l'essai décisif : 4-2, après que le match se fut soldé par un nul vierge.

Cette fois, à défaut de s'illustrer depuis le point de penalty, Rui Costa se sera signalé par deux buts précieux en cours d'épreuve. Le premier contre la Russie, sur un service de Cristiano Ronaldo, qui pliait définitivement le match (2-0) pour ses couleurs. Et le deuxième, sur un tir fulgurant des 20 mètres, qui laissa le gardien anglais David James complètement pantois.

Pour l'élégant numéro 10 du Portugal, c'était une jolie manière de rappeler au sélectionneur, Luiz Felipe Scolari, qu'il pouvait toujours compter sur son précieux concours en cas de besoin. Car de titulaire indiscutable tout au long de la campagne de préparation à ce Championnat d'Europe des Nations, Rui Costa avait été rétrogradé, après une mi-temps en phase finale seulement, au rang de remplaçant de luxe. Face à la Grèce, qui s'était alors dressée pour la première fois sur la route des Portugais, le milieu de terrain de l'AC Milan n'était malheureusement pas parvenu à ordonner le jeu des siens. Face à une opposition qui se regroupait à la vitesse de l'éclair, il avait affiché une fâcheuse propension à garder par trop la balle. Contrairement à son rival au même poste, Deco, qui l'avait relayé au bout de 45 minutes et qui, lui, s'attacha à jouer en une touche, conférant à la fois vitesse et ingéniosité au football déployé par ses couleurs. Le petit Brésilien, naturalisé Portugais, n'allait plus jamais s'accommoder d'un rôle de substitut par la suite. Et ce n'était que justice, compte tenu de son impact sur le jeu et ses partenaires.

Fernando Couto aura subi à peu de choses près le même sort que son compagnon de route précité, à cette nuance près qu'il ne se sera pas racheté par la confection de l'un ou l'autre but, à l'image de Rui Costa, pour sauver une entrée en matière à tout le moins calamiteuse dans ce tournoi. Le rugueux défenseur de la Lazio, qui en avait pourtant vu d'autres, avec plus de 100 matches à son compteur, semblait réellement tétanisé lors de son premier match contre l'équipe hellène. Pourtant, il évoluait là devant son ancien public, complètement acquis à sa cause, au stade du Dragon. Lui aussi fit les frais d'une entame catastrophique dans ce tournoi, en étant normalement remplacé par Ricardo Carvalho, véritable révélation de l'équipe à l'instar de l'étoile montante Cristiano Ronaldo. Un jeunot qui s'effaça logiquement au profit de son aîné quand, face au voisin espagnol, il fallut préserver une mince avance d'un but au cours des cinq dernières minutes. Et Fernando Couto fut à nouveau lancé dans la mêlée, dans des circonstances similaires, lorsqu'il fallut gérer à bon escient un score de 2-1, en demi-finales, contre les Pays-Bas. Une tâche dont l'expérimenté baroudeur s'acquitta à la perfection face à Roy Makaay, que le coach néerlandais Dick Advocaat avait introduit au jeu, peu de temps auparavant, pour endiabler les offensives des footballeurs orange.

Du trio en or, c'est en définitive Figo qui aura bénéficié du plus de crédit de la part de Luiz Felipe Scolari dans cet EURO 2004. Il est vrai que le temps n'a manifestement pas eu, sur lui, la même emprise que sur ses vieux complices. Devant la Hollande, le Madrilène s'était en tout cas plu à pousser, tant sur le flanc droit que sur l'autre aile, quelques sprints. Désigné homme du match, à juste titre, il aura savouré lui aussi, en cette circonstance, une belle revanche par rapport aux événements antérieurs avec lesquels il avait dû composer dans cette épreuve. Et notamment sa relation d'amour-haine avec son coach.

Dès le premier match contre la Grèce, ce fut effectivement le bras de fer avec Scolari car l'ombrageux attaquant de la Selecção n'avait guère admis qu'à la pause, l'entraîneur substitue son pote de toujours, Rui Costa, pour Deco, avec qui il avait toujours entretenu des relations peu amènes. Mais le pire était encore à venir pour lui, sous la forme d'un remplacement à un quart d'heure du terme, face à l'Angleterre. Avant le coach brésilien, personne ne s'était jamais hasardé à sortir Figo du jeu, sauf à sa demande. Et voilà qu'on touchait au dieu vivant. La suite, ce fut une rentrée immédiate au vestiaire, sans un regard pour ses partenaires et encore moins pour le sélectionneur. L'ex-Ballon d'Or ne revint pas même sur le terrain, après coup, pour les besoins de la séquence de tirs au but décisive. Son attitude fut jugée peu digne de la part du digne capitaine qu'il était censé être. Mais Luiz Felipe Scolari eut le bon goût de désamorcer immédiatement la bombe en disant qu'il en allait là de la réaction épidermique d'un champion orgueilleux.

Contre les Pays-Bas, Figo remit alors les pendules à l'heure de la meilleure façon qui soit en livrant un match d'anthologie, parmi les meilleurs qu'il ait jamais disputés sous la casaque nationale. A la fin de ce match historique, qui scella pour la toute première fois la participation du Portugal à une finale d'un événement majeur (après trois présences dans le dernier carré à la Coupe du Monde 1966 et lors des EURO 1984 et 2000), chacun aura vu la longue étreinte entre les deux Luis. Une scène qui faisait suite à une autre, tout aussi emblématique, lorsque le Madrilène s'était empressé de féliciter et d'enlacer Deco, auteur des deux assists sur les buts de Cristiano Ronaldo et Maniche. Treize ans après, Figo la tenait enfin, cette finale. Et cette perspective suffisait à effacer tous les désagréments enregistrés en cours de route. Avec le résultat final que l'on sait...

Bruno Govers

Pour trois internationaux portugais, cet EURO 2004 revêtait une signification toute particulière : Luis Figo, Rui Costa et Fernando Couto. Ils sont effectivement les derniers représentants de ce qu'on appelle communément, en Lusitanie, la geração de ouro, la génération dorée. Sous la férule de l'entraîneur Carlos Queiroz, celui-là même qui avait en charge le Real Madrid, la saison passée, la Selecção junior avait réussi l'exploit, en 1989 et 91, de remporter à deux reprises le Championnat du Monde de sa catégorie. Fernando Couto, âgé de 34 ans, faisait partie de la première levée, couronnée en Arabie saoudite, au même titre que les sociétaires du FC Porto, Jorge Costa et Vitor Baia. De deux ans leurs cadets, Luis Figo et Rui Costa gagnèrent, face au Brésil, l'édition ultérieure. Devant 120.000 fans, au stade de la Luz, la jeune classe s'imposa alors aux tirs au but face à Roberto Carlos et Giovane Elber, entre autres. Un exercice où Rui Costa, plutôt malchanceux dans sa tentative en quarts de finale, cette année, contre l'Angleterre, s'était érigé en véritable héros des siens en signant l'essai décisif : 4-2, après que le match se fut soldé par un nul vierge. Cette fois, à défaut de s'illustrer depuis le point de penalty, Rui Costa se sera signalé par deux buts précieux en cours d'épreuve. Le premier contre la Russie, sur un service de Cristiano Ronaldo, qui pliait définitivement le match (2-0) pour ses couleurs. Et le deuxième, sur un tir fulgurant des 20 mètres, qui laissa le gardien anglais David James complètement pantois. Pour l'élégant numéro 10 du Portugal, c'était une jolie manière de rappeler au sélectionneur, Luiz Felipe Scolari, qu'il pouvait toujours compter sur son précieux concours en cas de besoin. Car de titulaire indiscutable tout au long de la campagne de préparation à ce Championnat d'Europe des Nations, Rui Costa avait été rétrogradé, après une mi-temps en phase finale seulement, au rang de remplaçant de luxe. Face à la Grèce, qui s'était alors dressée pour la première fois sur la route des Portugais, le milieu de terrain de l'AC Milan n'était malheureusement pas parvenu à ordonner le jeu des siens. Face à une opposition qui se regroupait à la vitesse de l'éclair, il avait affiché une fâcheuse propension à garder par trop la balle. Contrairement à son rival au même poste, Deco, qui l'avait relayé au bout de 45 minutes et qui, lui, s'attacha à jouer en une touche, conférant à la fois vitesse et ingéniosité au football déployé par ses couleurs. Le petit Brésilien, naturalisé Portugais, n'allait plus jamais s'accommoder d'un rôle de substitut par la suite. Et ce n'était que justice, compte tenu de son impact sur le jeu et ses partenaires. Fernando Couto aura subi à peu de choses près le même sort que son compagnon de route précité, à cette nuance près qu'il ne se sera pas racheté par la confection de l'un ou l'autre but, à l'image de Rui Costa, pour sauver une entrée en matière à tout le moins calamiteuse dans ce tournoi. Le rugueux défenseur de la Lazio, qui en avait pourtant vu d'autres, avec plus de 100 matches à son compteur, semblait réellement tétanisé lors de son premier match contre l'équipe hellène. Pourtant, il évoluait là devant son ancien public, complètement acquis à sa cause, au stade du Dragon. Lui aussi fit les frais d'une entame catastrophique dans ce tournoi, en étant normalement remplacé par Ricardo Carvalho, véritable révélation de l'équipe à l'instar de l'étoile montante Cristiano Ronaldo. Un jeunot qui s'effaça logiquement au profit de son aîné quand, face au voisin espagnol, il fallut préserver une mince avance d'un but au cours des cinq dernières minutes. Et Fernando Couto fut à nouveau lancé dans la mêlée, dans des circonstances similaires, lorsqu'il fallut gérer à bon escient un score de 2-1, en demi-finales, contre les Pays-Bas. Une tâche dont l'expérimenté baroudeur s'acquitta à la perfection face à Roy Makaay, que le coach néerlandais Dick Advocaat avait introduit au jeu, peu de temps auparavant, pour endiabler les offensives des footballeurs orange. Du trio en or, c'est en définitive Figo qui aura bénéficié du plus de crédit de la part de Luiz Felipe Scolari dans cet EURO 2004. Il est vrai que le temps n'a manifestement pas eu, sur lui, la même emprise que sur ses vieux complices. Devant la Hollande, le Madrilène s'était en tout cas plu à pousser, tant sur le flanc droit que sur l'autre aile, quelques sprints. Désigné homme du match, à juste titre, il aura savouré lui aussi, en cette circonstance, une belle revanche par rapport aux événements antérieurs avec lesquels il avait dû composer dans cette épreuve. Et notamment sa relation d'amour-haine avec son coach. Dès le premier match contre la Grèce, ce fut effectivement le bras de fer avec Scolari car l'ombrageux attaquant de la Selecção n'avait guère admis qu'à la pause, l'entraîneur substitue son pote de toujours, Rui Costa, pour Deco, avec qui il avait toujours entretenu des relations peu amènes. Mais le pire était encore à venir pour lui, sous la forme d'un remplacement à un quart d'heure du terme, face à l'Angleterre. Avant le coach brésilien, personne ne s'était jamais hasardé à sortir Figo du jeu, sauf à sa demande. Et voilà qu'on touchait au dieu vivant. La suite, ce fut une rentrée immédiate au vestiaire, sans un regard pour ses partenaires et encore moins pour le sélectionneur. L'ex-Ballon d'Or ne revint pas même sur le terrain, après coup, pour les besoins de la séquence de tirs au but décisive. Son attitude fut jugée peu digne de la part du digne capitaine qu'il était censé être. Mais Luiz Felipe Scolari eut le bon goût de désamorcer immédiatement la bombe en disant qu'il en allait là de la réaction épidermique d'un champion orgueilleux. Contre les Pays-Bas, Figo remit alors les pendules à l'heure de la meilleure façon qui soit en livrant un match d'anthologie, parmi les meilleurs qu'il ait jamais disputés sous la casaque nationale. A la fin de ce match historique, qui scella pour la toute première fois la participation du Portugal à une finale d'un événement majeur (après trois présences dans le dernier carré à la Coupe du Monde 1966 et lors des EURO 1984 et 2000), chacun aura vu la longue étreinte entre les deux Luis. Une scène qui faisait suite à une autre, tout aussi emblématique, lorsque le Madrilène s'était empressé de féliciter et d'enlacer Deco, auteur des deux assists sur les buts de Cristiano Ronaldo et Maniche. Treize ans après, Figo la tenait enfin, cette finale. Et cette perspective suffisait à effacer tous les désagréments enregistrés en cours de route. Avec le résultat final que l'on sait... Bruno Govers