L'histoire commence Dorpsstraat, à Meeuwen, à une dizaine de kilomètres de Houthalen. Il est difficile de se replonger 40 ans en arrière, tant le trafic est dense. Le père AlbertLeekens tenait une boulangerie, à mi-chemin entre l'église et le carrefour qui mène à Bree. A côté, il y avait un café et, derrière la boulangerie, un petit théâtre où on passait des films. Tout a disparu. Heureusement, nous croisons le chemin d'un habitant assez âgé pour se souvenir vaguement de la famille. Il nous emmène voir la maison natale de Georges Leekens.

René Leekens, de deux ans l'aîné de Georges, est directeur à la Chambre de Commerce de Louvain. Leurs parents sont tous deux décédés. René Leekens : " L'année dernière, en neuf mois, tous deux sont morts. La famille est très petite. Quand nous organisons une fête, nous nous retrouvons à six. Georges a une fille, j'ai eu trois enfants dont un est mort. Mon père venait d'Asse, près de Bruxelles, ma mère, Paulina, du village où nous avons habité plus tard, Houthalen ".

La famille a été rapidement plongée dans le drame. Le petit frère, Edgar, est mort à l'âge de trois ans. René : " Aujourd'hui, on pourrait sans doute déterminer la cause de son décès. Il avait l'air en bonne santé mais, d'un coup, son estomac n'a plus conservé la moindre nourriture et il est mort. Ce fut une période difficile pour tous, parents et enfants. On porte le poids de la mort d'un enfant toute sa vie. Plus tard, Georges a vécu un autre drame, avec sa femme. On dit toujours que chaque maison porte sa croix. Nous avons la nôtre mais je préfère ne pas en parler. Georges est un homme fort mais parfois, il me téléphone. Je suis là pour ça, je suis son frère. Il n'a pas besoin de moi quand il vogue sur le succès. Alors, il est très bien entouré ".

Les trois enfants sont nés à Meeuwen. Le père faisait sa tournée avec une charrette et un cheval. René : " Nous livrions vraiment le pain à domicile. Nous étions garçons de course. Meeuwen était encore très paysan. Quand les gens voulaient une tarte, ils apportaient la garniture au boulanger pour que ça revienne moins cher. Chaque franc comptait ".

René est né en 1947. Il évoque les années 50, la vie avant l'apparition de la télévision était bien différente. La famille possédait une salle avec podium, où on montrait un film ou un spectacle. L'économiste en René rit. " C'était une bonne répartition des revenus car à cette époque, le métier de boulanger ne rapportait pas tant que ça. Nous avons passé les différentes versions des films de Tarzan, par exemple, toujours des films enfants admis. En ce temps-là, c'était un événement. Les gens n'avaient rien à faire le soir. Mon père et ma mère aimaient aussi se produire dans la salle. C'était une époque heureuse pour nous. Nous pouvions prendre ce que nous voulions à la boulangerie et en plus, nous ne manquions pas de distractions ".

Le mal du boulanger

La poussière de farine a malheureusement exigé son tribut. " Plus tard, mon père a été atteint d'une maladie fréquente dans sa profession. Il a été atteint aux poumons et a dû fermer sa boulangerie pour se mettre en quête d'une autre profession. Il a été hospitalisé deux ans à Tournai. Toute sa vie, il a souffert de cette affection mais il était d'un naturel optimiste. Il est devenu militaire de carrière. Il a travaillé dans diverses casernes comme chef coq, en Belgique comme en Allemagne, et ma mère s'est souvent retrouvée seule avec ses deux fils ".

La famille a déménagé. La décision fut difficile car elle était bien intégrée à la vie sociale de Meeuwen. Elle a emménagé à Houthalen, Smedenstraat, un quartier agréable avec de coquettes maisons. La mine de Houthalen se trouve à l'autre extrémité de la ville. En revanche, les Leekens étaient à proximité des bois et des landes de Houthalen, Hengelhoef et Kelchterhoef.

Une nouvelle fenêtre s'est ouverte aux jeunes Leekens. " Notre mère a travaillé dans une école de Zonhoven, tandis que Georges et moi avons fréquenté l'école primaire du Meulenberg, un énorme établissement qui accueillait beaucoup d'Italiens, enfants de la première génération d'immigrants, et de Polonais. C'était une belle forme d'intégration. En dehors des heures de classe, nous organisions des matches de football, Flamands contre Italiens, jusque tard le soir, voire la nuit ".

Leur mère n'arrivait pas toujours à rentrer à temps. Les deux frères ont donc été dans un internat, à Boechout. " Pourquoi si loin ? Parce qu'un bon ami de mon père, dont il avait fait la connaissance à l'hôpital, en était directeur. C'était une excellente école mais loin. C'était la première fois que nous quittions le Limbourg. Ce n'est pas évident pour un Limbourgeois, croyez-moi, mais ça nous a endurcis. Plus tard, les adieux ont été plus faciles ".

L'internat ne leur a pas plu. " Ce fut un choc, surtout pour Georges, plus jeune. Il n'était pas évident de le mettre dans la voiture pour rejoindre Anvers et encore moins de l'en extirper à notre arrivée. Georges avait besoin d'ambiance, de chaleur. Vous connaissez les internats : il y a une volée de petits lits les uns contre les autres et on ne rentre à la maison que tous les deux mois. Ça ne lui convenait vraiment pas. Nos parents ont accepté que nous revenions si nous avions de bons points ".

Ce n'est qu'à leur retour, quand ils ont troqué Boechout pour l'Institut Sint-Jan-Berchmans de Zonhoven, qu'ils ont signé leur première affiliation. " Nous avons joué pour Hogerop Houthalen, qui a ensuite fusionné avec l'Eendracht Houthalen pour devenir le Sporting Houthalen. Je me suis rapidement retrouvé dans le but. Georges évoluait avec les Réserves. Grâce à la fusion, je suis passé de P4 en D3 mais je n'ai connu aucun problème. Georges oscillait entre la Réserve et les Juniors. Il n'était pas régulier ".

Un étudiant brillant

Etudiants, ils étaient dans la moyenne supérieure. René admet avoir dû travailler d'arrache-pied pour être cinquième ou sixième de sa classe mais Georges était doué. " Il assimilait rapidement les matières. Georges est très intelligent. Quand il a entamé des études universitaires, nous avons eu peur : il n'avait jamais dû vraiment étudier et il allait être confronté à une masse importante de matière. Ça n'a jamais constitué de problème ".

Le père Leekens était droit et sévère. " J'étais brave, parfois trop, mais Georges aimait voir jusqu'où ilpouvait aller. Il n'y a jamais eu de problème de discipline à l'école. Nous n'avons pas le même tempérament. Georges a besoin de plus d'amis, d'ambiance alors que je suis réservé. Peut-être est-ce pour cela que nous nous entendons si bien. Depuis des années, Georges me consulte avant d'effectuer des choix importants. J'en ai approuvé certains, d'autres moins. J'étais contre l'Algérie, mais bon, la décision finale lui revient ".

Leur père a tout fait pour que les frères restent ensemble le plus longtemps possible. Il n'a échoué qu'une fois. " Houthalen est descendu et Verbroedering Geel me voulait. Moi seulement. George était réserviste à Houthalen. Il était stoppeur. Ils ne pouvaient pas le transférer. Je suis parti sans lui mais l'année suivante, Dessel s'est manifesté et mon père a frappé du poing sur la table : -Ilpeut signer mais vous devez prendre Georges aussi. Le club a dû payer pour me transférer et il a eu Georges en prime (il rit) ".

A Dessel, pour la première fois, un entraîneur a offert une véritable chance en équipe fanion à Georges. Il n'allait plus la quitter.

C'est à ce moment que les frères ont rejoint l'université, partageant un kot. Georges Leekens a été repris dans l'équipe universitaire, alors entraînée par Rik Geertsen et active dans un bon championnat. René : " A l'époque, on en parlait dans les journaux. Cette équipe constituait un tremplin. Un journaliste passait régulièrement et on pouvait lui demander d'écrire quelque chose de bien ".

René affirme n'avoir jamais dû protéger son frère. " Je ne dois pas avoir dit un seul mot en sa faveur à l'entraîneur. Georges est le type même du joueur qui émerge par la force de son caractère, en utilisant ses facultés intellectuelles. Plus tard, on en a fait une caricature. Mac the Knife. Il était malin, il lisait parfaitement le jeu. En revanche, ses moyens techniques étaient plus limités ".

Les filles...

Louvain, donc. Une ville animée, qui convenait parfaitement à Leekens junior ! " Je pense que Georges a vécu des jours magnifiques à Louvain. Nous devions loger ensemble. A partir d'un certain moment de l'année, il devait étudier. Je ne m'intéressais pas à ce qui se passait avant. Le Vismarkt était son terrain de prédilection. Il y avait une équipe de café qui faisait des paris avec tous ceux qui voulaient jouer au foot. L'enjeu ? Un fût de bière. Ce que ces gens ignoraient, c'est que Georges avait rassemblé des jeunes qui évoluaient avec l'équipe universitaire et dans de bonnes divisions. Ils buvaient toujours gratuitement, puisqu'ils gagnaient chaque fois ".

René ne jouait pas avec cette équipe. " Dès le premier jour, je devais bûcher. Pour assimiler un cours, je devais le lire six fois. J'obligeais Georges à rester au kot à partir de mars. Il ouvrait ses bouquins pour la première fois. Il n'avait généralement pas assisté aux cours mais il lui suffisait de lire le syllabus une fois pour le connaître. Les filles ? Mmmm... Georges regardait ce qu'offrait le marché et procédait à une étude comparative. Ça ne m'intéressait pas : ma réussite passait avant tout le reste. Nos parents se saignaient pour nous payer des études. Deux universitaires au même moment, ce n'était pas évident, même si le football nous permettait de financer une partie de notre année ".

Ils faisaient preuve de créativité, aussi. " Dessel nous a offert une Volkswagen, pour effectuer les navettes vers l'entraînement. Parfois, nous prenions de l'essence à la voiture de notre père : comme il était militaire en Allemagne, il pouvait faire le plein sans payer de TVA. Nous étions au franc près. Je suis heureux d'avoir vécu tout ça, au fond : nous nous lavions dans une bassine au milieu de la cuisine, nous coupions la viande en tout petits morceaux... Nos enfants, les vôtres, les miens ont une vie plus facile ".

Trois à quatre fois par semaine, ils effectuaient le trajet Louvain-Dessel, par de petites routes. Une heure et demie aller, une heure et demie retour : ils passaient donc beaucoup de temps ensemble en voiture, ce qui crée des liens. " Nous sommes devenus champions et le Crossing s'est manifesté. Un club de D1. Le journaliste dont j'ai parlé tout à l'heure avait encore écrit que l'équipe universitaire avait été brillante. Le Crossing cherchait un gardien et m'a enrôlé, en obtenant une fois de plus Georges gratuitement. Mais là aussi, il est arrivé assez vite en équipe Première. Cette fois, il n'en a plus disparu alors que j'ai dû lutter pour ma place avec JosSmolders, un excellent keeper. Je n'ai donc disputé que quelques matches en D1 alors que Georges a poursuivi sa progression, pour aboutir à Bruges, où a débuté son chapitre flandrien ".

René Leekens est retourné à Louvain et a entamé sa carrière à la Chambre de Commerce. Parfois, quand l'équipe de Georges se produit dans les parages, il assiste au match. Il doit effectuer des choix car son fils évolue en P3.

" J'ai délaissé le football car il devenait difficile de combiner travail, famille et sport. J'ai joué jusqu'à 50 ans, parce que j'aime les contacts, les bavardages de vestiaire, les amis, le football en tant que social event, mais je n'ai jamais ambitionné de carrière professionnelle. Je relativisais trop le football, ce qui n'est jamais bon. Georges était un bon vivant mais il a tout sacrifié pour le football. Il s'y est livré à 200 %. Pour moi, le football était un jeu : prendre un but n'était pas grave alors que c'était catastrophique pour mon frère.

Georges a parfois des expressions flandriennes. " J'ai sciemment conservé mon accent limbourgeois. A la maison, nous parlions un dialecte avec des mots comme ich, mich et dich. Je pense que nous avons hérité de l'éthique de travail de notre région natale, moi plutôt avec le caractère de mon père, Georges tenant plutôt de notre mère. Il est émotionnel. Je ne pense pas qu'il pourrait s'épanouir dans un environnement aussi froid que celui des affaires.

Il est entraîneur. Au fond, j'ai un peu le même travail. Ici, je suis le coach d'une équipe qui rend des services aux entreprises. Une Chambre de Commerce entraîne une région, Louvain est en pleine croissance, c'est la capitale de la province. Mon travail, c'est de déterminer dans quelle direction nous progressons. Nous faisons la même chose dans des branches différentes ".

Peter T'Kint

" GEORGES avait BESOIN d'AMBIANCE et de CHALEUR. L'internat ne lui convenait pas "" Les FILLES ? Il regardait ce qu'il y avait sur le marché et procédait à une éTUDE COMPARATIVE "

L'histoire commence Dorpsstraat, à Meeuwen, à une dizaine de kilomètres de Houthalen. Il est difficile de se replonger 40 ans en arrière, tant le trafic est dense. Le père AlbertLeekens tenait une boulangerie, à mi-chemin entre l'église et le carrefour qui mène à Bree. A côté, il y avait un café et, derrière la boulangerie, un petit théâtre où on passait des films. Tout a disparu. Heureusement, nous croisons le chemin d'un habitant assez âgé pour se souvenir vaguement de la famille. Il nous emmène voir la maison natale de Georges Leekens. René Leekens, de deux ans l'aîné de Georges, est directeur à la Chambre de Commerce de Louvain. Leurs parents sont tous deux décédés. René Leekens : " L'année dernière, en neuf mois, tous deux sont morts. La famille est très petite. Quand nous organisons une fête, nous nous retrouvons à six. Georges a une fille, j'ai eu trois enfants dont un est mort. Mon père venait d'Asse, près de Bruxelles, ma mère, Paulina, du village où nous avons habité plus tard, Houthalen ". La famille a été rapidement plongée dans le drame. Le petit frère, Edgar, est mort à l'âge de trois ans. René : " Aujourd'hui, on pourrait sans doute déterminer la cause de son décès. Il avait l'air en bonne santé mais, d'un coup, son estomac n'a plus conservé la moindre nourriture et il est mort. Ce fut une période difficile pour tous, parents et enfants. On porte le poids de la mort d'un enfant toute sa vie. Plus tard, Georges a vécu un autre drame, avec sa femme. On dit toujours que chaque maison porte sa croix. Nous avons la nôtre mais je préfère ne pas en parler. Georges est un homme fort mais parfois, il me téléphone. Je suis là pour ça, je suis son frère. Il n'a pas besoin de moi quand il vogue sur le succès. Alors, il est très bien entouré ". Les trois enfants sont nés à Meeuwen. Le père faisait sa tournée avec une charrette et un cheval. René : " Nous livrions vraiment le pain à domicile. Nous étions garçons de course. Meeuwen était encore très paysan. Quand les gens voulaient une tarte, ils apportaient la garniture au boulanger pour que ça revienne moins cher. Chaque franc comptait ". René est né en 1947. Il évoque les années 50, la vie avant l'apparition de la télévision était bien différente. La famille possédait une salle avec podium, où on montrait un film ou un spectacle. L'économiste en René rit. " C'était une bonne répartition des revenus car à cette époque, le métier de boulanger ne rapportait pas tant que ça. Nous avons passé les différentes versions des films de Tarzan, par exemple, toujours des films enfants admis. En ce temps-là, c'était un événement. Les gens n'avaient rien à faire le soir. Mon père et ma mère aimaient aussi se produire dans la salle. C'était une époque heureuse pour nous. Nous pouvions prendre ce que nous voulions à la boulangerie et en plus, nous ne manquions pas de distractions ". La poussière de farine a malheureusement exigé son tribut. " Plus tard, mon père a été atteint d'une maladie fréquente dans sa profession. Il a été atteint aux poumons et a dû fermer sa boulangerie pour se mettre en quête d'une autre profession. Il a été hospitalisé deux ans à Tournai. Toute sa vie, il a souffert de cette affection mais il était d'un naturel optimiste. Il est devenu militaire de carrière. Il a travaillé dans diverses casernes comme chef coq, en Belgique comme en Allemagne, et ma mère s'est souvent retrouvée seule avec ses deux fils ". La famille a déménagé. La décision fut difficile car elle était bien intégrée à la vie sociale de Meeuwen. Elle a emménagé à Houthalen, Smedenstraat, un quartier agréable avec de coquettes maisons. La mine de Houthalen se trouve à l'autre extrémité de la ville. En revanche, les Leekens étaient à proximité des bois et des landes de Houthalen, Hengelhoef et Kelchterhoef. Une nouvelle fenêtre s'est ouverte aux jeunes Leekens. " Notre mère a travaillé dans une école de Zonhoven, tandis que Georges et moi avons fréquenté l'école primaire du Meulenberg, un énorme établissement qui accueillait beaucoup d'Italiens, enfants de la première génération d'immigrants, et de Polonais. C'était une belle forme d'intégration. En dehors des heures de classe, nous organisions des matches de football, Flamands contre Italiens, jusque tard le soir, voire la nuit ". Leur mère n'arrivait pas toujours à rentrer à temps. Les deux frères ont donc été dans un internat, à Boechout. " Pourquoi si loin ? Parce qu'un bon ami de mon père, dont il avait fait la connaissance à l'hôpital, en était directeur. C'était une excellente école mais loin. C'était la première fois que nous quittions le Limbourg. Ce n'est pas évident pour un Limbourgeois, croyez-moi, mais ça nous a endurcis. Plus tard, les adieux ont été plus faciles ". L'internat ne leur a pas plu. " Ce fut un choc, surtout pour Georges, plus jeune. Il n'était pas évident de le mettre dans la voiture pour rejoindre Anvers et encore moins de l'en extirper à notre arrivée. Georges avait besoin d'ambiance, de chaleur. Vous connaissez les internats : il y a une volée de petits lits les uns contre les autres et on ne rentre à la maison que tous les deux mois. Ça ne lui convenait vraiment pas. Nos parents ont accepté que nous revenions si nous avions de bons points ". Ce n'est qu'à leur retour, quand ils ont troqué Boechout pour l'Institut Sint-Jan-Berchmans de Zonhoven, qu'ils ont signé leur première affiliation. " Nous avons joué pour Hogerop Houthalen, qui a ensuite fusionné avec l'Eendracht Houthalen pour devenir le Sporting Houthalen. Je me suis rapidement retrouvé dans le but. Georges évoluait avec les Réserves. Grâce à la fusion, je suis passé de P4 en D3 mais je n'ai connu aucun problème. Georges oscillait entre la Réserve et les Juniors. Il n'était pas régulier ". Etudiants, ils étaient dans la moyenne supérieure. René admet avoir dû travailler d'arrache-pied pour être cinquième ou sixième de sa classe mais Georges était doué. " Il assimilait rapidement les matières. Georges est très intelligent. Quand il a entamé des études universitaires, nous avons eu peur : il n'avait jamais dû vraiment étudier et il allait être confronté à une masse importante de matière. Ça n'a jamais constitué de problème ". Le père Leekens était droit et sévère. " J'étais brave, parfois trop, mais Georges aimait voir jusqu'où ilpouvait aller. Il n'y a jamais eu de problème de discipline à l'école. Nous n'avons pas le même tempérament. Georges a besoin de plus d'amis, d'ambiance alors que je suis réservé. Peut-être est-ce pour cela que nous nous entendons si bien. Depuis des années, Georges me consulte avant d'effectuer des choix importants. J'en ai approuvé certains, d'autres moins. J'étais contre l'Algérie, mais bon, la décision finale lui revient ". Leur père a tout fait pour que les frères restent ensemble le plus longtemps possible. Il n'a échoué qu'une fois. " Houthalen est descendu et Verbroedering Geel me voulait. Moi seulement. George était réserviste à Houthalen. Il était stoppeur. Ils ne pouvaient pas le transférer. Je suis parti sans lui mais l'année suivante, Dessel s'est manifesté et mon père a frappé du poing sur la table : -Ilpeut signer mais vous devez prendre Georges aussi. Le club a dû payer pour me transférer et il a eu Georges en prime (il rit) ". A Dessel, pour la première fois, un entraîneur a offert une véritable chance en équipe fanion à Georges. Il n'allait plus la quitter. C'est à ce moment que les frères ont rejoint l'université, partageant un kot. Georges Leekens a été repris dans l'équipe universitaire, alors entraînée par Rik Geertsen et active dans un bon championnat. René : " A l'époque, on en parlait dans les journaux. Cette équipe constituait un tremplin. Un journaliste passait régulièrement et on pouvait lui demander d'écrire quelque chose de bien ". René affirme n'avoir jamais dû protéger son frère. " Je ne dois pas avoir dit un seul mot en sa faveur à l'entraîneur. Georges est le type même du joueur qui émerge par la force de son caractère, en utilisant ses facultés intellectuelles. Plus tard, on en a fait une caricature. Mac the Knife. Il était malin, il lisait parfaitement le jeu. En revanche, ses moyens techniques étaient plus limités ". Louvain, donc. Une ville animée, qui convenait parfaitement à Leekens junior ! " Je pense que Georges a vécu des jours magnifiques à Louvain. Nous devions loger ensemble. A partir d'un certain moment de l'année, il devait étudier. Je ne m'intéressais pas à ce qui se passait avant. Le Vismarkt était son terrain de prédilection. Il y avait une équipe de café qui faisait des paris avec tous ceux qui voulaient jouer au foot. L'enjeu ? Un fût de bière. Ce que ces gens ignoraient, c'est que Georges avait rassemblé des jeunes qui évoluaient avec l'équipe universitaire et dans de bonnes divisions. Ils buvaient toujours gratuitement, puisqu'ils gagnaient chaque fois ". René ne jouait pas avec cette équipe. " Dès le premier jour, je devais bûcher. Pour assimiler un cours, je devais le lire six fois. J'obligeais Georges à rester au kot à partir de mars. Il ouvrait ses bouquins pour la première fois. Il n'avait généralement pas assisté aux cours mais il lui suffisait de lire le syllabus une fois pour le connaître. Les filles ? Mmmm... Georges regardait ce qu'offrait le marché et procédait à une étude comparative. Ça ne m'intéressait pas : ma réussite passait avant tout le reste. Nos parents se saignaient pour nous payer des études. Deux universitaires au même moment, ce n'était pas évident, même si le football nous permettait de financer une partie de notre année ". Ils faisaient preuve de créativité, aussi. " Dessel nous a offert une Volkswagen, pour effectuer les navettes vers l'entraînement. Parfois, nous prenions de l'essence à la voiture de notre père : comme il était militaire en Allemagne, il pouvait faire le plein sans payer de TVA. Nous étions au franc près. Je suis heureux d'avoir vécu tout ça, au fond : nous nous lavions dans une bassine au milieu de la cuisine, nous coupions la viande en tout petits morceaux... Nos enfants, les vôtres, les miens ont une vie plus facile ". Trois à quatre fois par semaine, ils effectuaient le trajet Louvain-Dessel, par de petites routes. Une heure et demie aller, une heure et demie retour : ils passaient donc beaucoup de temps ensemble en voiture, ce qui crée des liens. " Nous sommes devenus champions et le Crossing s'est manifesté. Un club de D1. Le journaliste dont j'ai parlé tout à l'heure avait encore écrit que l'équipe universitaire avait été brillante. Le Crossing cherchait un gardien et m'a enrôlé, en obtenant une fois de plus Georges gratuitement. Mais là aussi, il est arrivé assez vite en équipe Première. Cette fois, il n'en a plus disparu alors que j'ai dû lutter pour ma place avec JosSmolders, un excellent keeper. Je n'ai donc disputé que quelques matches en D1 alors que Georges a poursuivi sa progression, pour aboutir à Bruges, où a débuté son chapitre flandrien ". René Leekens est retourné à Louvain et a entamé sa carrière à la Chambre de Commerce. Parfois, quand l'équipe de Georges se produit dans les parages, il assiste au match. Il doit effectuer des choix car son fils évolue en P3. " J'ai délaissé le football car il devenait difficile de combiner travail, famille et sport. J'ai joué jusqu'à 50 ans, parce que j'aime les contacts, les bavardages de vestiaire, les amis, le football en tant que social event, mais je n'ai jamais ambitionné de carrière professionnelle. Je relativisais trop le football, ce qui n'est jamais bon. Georges était un bon vivant mais il a tout sacrifié pour le football. Il s'y est livré à 200 %. Pour moi, le football était un jeu : prendre un but n'était pas grave alors que c'était catastrophique pour mon frère. Georges a parfois des expressions flandriennes. " J'ai sciemment conservé mon accent limbourgeois. A la maison, nous parlions un dialecte avec des mots comme ich, mich et dich. Je pense que nous avons hérité de l'éthique de travail de notre région natale, moi plutôt avec le caractère de mon père, Georges tenant plutôt de notre mère. Il est émotionnel. Je ne pense pas qu'il pourrait s'épanouir dans un environnement aussi froid que celui des affaires. Il est entraîneur. Au fond, j'ai un peu le même travail. Ici, je suis le coach d'une équipe qui rend des services aux entreprises. Une Chambre de Commerce entraîne une région, Louvain est en pleine croissance, c'est la capitale de la province. Mon travail, c'est de déterminer dans quelle direction nous progressons. Nous faisons la même chose dans des branches différentes ". Peter T'Kint" GEORGES avait BESOIN d'AMBIANCE et de CHALEUR. L'internat ne lui convenait pas "" Les FILLES ? Il regardait ce qu'il y avait sur le marché et procédait à une éTUDE COMPARATIVE "