Si sa blessure a été un coup dur pour Genk dans le sprint final des derniers play-offs 2, et que l'absence de l'Espagnol s'est aussi fait sentir en début de saison, elle a également permis à la Belgique de profiter quelques mois supplémentaires d'un Alejandro Pozuelo qui se serait sans doute envolé sous d'autres cieux s'il avait été en pleine possession de ses capacités cet été.
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Si sa blessure a été un coup dur pour Genk dans le sprint final des derniers play-offs 2, et que l'absence de l'Espagnol s'est aussi fait sentir en début de saison, elle a également permis à la Belgique de profiter quelques mois supplémentaires d'un Alejandro Pozuelo qui se serait sans doute envolé sous d'autres cieux s'il avait été en pleine possession de ses capacités cet été. Tout juste sorti de la douche alors que la plupart de ses coéquipiers ont déjà quitté le parking du stade, le maestro du football limbourgeois pose son téléphone et ses tatouages sur la table pour refaire sa carrière en marche arrière, entre football à l'espagnole et destinations inattendues. ALEJANDRO POZUELO : Je sortais d'une saison très difficile au Rayo Vallecano. Et puis, il y a eu presque trois mois de vacances, à Séville. Peut-être les meilleures vacances de ma vie. Mais à côté de ça, je devenais un peu nerveux. Mon idée, c'était de rester en Espagne, mais aucune offre vraiment intéressante pour moi n'est arrivée. Le mercato touchait à sa fin, et j'ai reçu l'opportunité de débarquer ici. Finalement, ça a tout arrangé. Je commence ma troisième année au club et je me rends compte que ce pas-là était le plus important de ma vie. POZUELO : Le football, au début, ce n'était pas facile. À cause de ces trois mois de vacances. J'avais évidemment continué à m'entraîner, mais ce n'est pas la même chose que des entraînements avec l'équipe. Je me souviens qu'il y avait déjà eu quatre ou cinq matches quand j'ai signé, et je suis arrivé un peu désorienté. L'adaptation a été compliquée les premiers mois, mais je m'entraînais bien, j'ai pu jouer avec l'équipe réserve et une fois que j'ai reçu ma chance, au mois de novembre, j'ai enchaîné les matches et je ne suis plus sorti de l'équipe. J'ai aussi eu la chance de compter sur Erwin Lemmens, qui parlait espagnol, et j'ai directement senti un feeling avec lui et avec Peter Maes. Tout ça m'a aidé à m'adapter. Finalement, j'aime beaucoup les expériences hors d'Espagne : ma femme, mon fils et moi, on s'adapte très rapidement aux circonstances. POZUELO : On était sept ou huit joueurs espagnols dans une équipe du championnat anglais, c'était quelque chose d'étrange. On sait comment est le football là-bas : très physique, avec beaucoup de longs ballons... Mais on est arrivé en connaissant l'idée de notre entraîneur, qui était différente : il voulait jouer, avoir la mentalité des coaches espagnols avec cette volonté de construire le jeu depuis l'arrière. C'était une très bonne saison, en vérité. J'ai joué 32 matches, on a bien joué en Coupe d'Europe, en gagnant un match 0-3 à Mestalla contre Valence... C'était une année fantastique. POZUELO : L'adaptation a été difficile, parce que j'étais très jeune, la Premier League est très physique, avec des joueurs très grands, très puissants, qui vont au contact. J'avais 19-20 ans, mon corps n'était pas préparé physiquement pour lutter en Angleterre. Ça ne me convenait pas beaucoup, mais ça m'a énormément servi pour apprendre, pour savoir que je devais m'améliorer pour devenir le joueur que je suis aujourd'hui. Laudrup m'a vraiment aidé, il m'a donné confiance, m'a poussé à jouer. Mais sur le terrain, je n'avais pas ce feeling d'être à 100 %. POZUELO : Ça a été une mauvaise année pour moi. J'ai été affecté par beaucoup de choses, aussi sur le plan extra-sportif, notamment avec l'entraîneur. Footballistiquement, cette année ne m'a pas beaucoup aidé, mais j'ai appris d'autres valeurs, comme le respect du coach, de mes équipiers, savoir que c'est l'entraîneur qui commande. Je pense que j'ai retenu la leçon, et qu'une telle année ne m'arrivera plus jamais, c'était une saison à oublier. POZUELO : Au début, Peter m'avait installé comme milieu offensif. Ensuite, il y a eu la blessure de Malinovsky, et j'ai commencé à jouer un peu plus bas, avec Ndidi. Je pense qu'on m'a installé là parce qu'il nous manquait ce joueur capable de sortir le ballon. Moi, c'est clair que je me sens mieux au numéro 10. Si je joue en 8, je dois travailler plus défensivement, courir plus... En 10, je suis plus libre pour prendre le ballon et attaquer. POZUELO : L'Espagnol a cette réputation de joueur doué qui ne travaille pas, et je pense que c'est en partie vrai. (Il sourit) Mais moi, je suis un joueur qui n'a pas peur de courir, je suis le premier à presser si ça aide mes coéquipiers. Mais tu dois aussi savoir que tu dois avoir de la fraîcheur pour faire la différence une fois que tu récupères la balle, et si tu as couru dans tous les sens avant, tu n'en es plus capable. Il faut trouver l'équilibre. POZUELO : Je sais que le club et le coach ont une philosophie comparable avec ce qui se fait en Espagne. Ils aiment construire depuis l'arrière, dominer les matches, et l'équipe est préparée pour jouer de cette façon. Presser haut et avoir la balle, cela nous convient bien. POZUELO : Pour moi, le plus important, c'est de gagner. Et je pense que c'est pareil pour le supporter. Le supporter vient au stade pour profiter, et c'est vrai qu'ils aiment profiter du jeu agréable qu'on propose. Mais si on jouait bien et qu'on perdait tous les matches, je ne pense pas que les supporters apprécieraient. Nous, on se prépare pour ça : bien jouer, mais toujours dans le but de gagner. POZUELO : Oui, c'est clair ! Je l'ai toujours dit : si tu as le ballon, tu réduis les chances que l'adversaire te marque un but. Ce n'est pas quelque chose de stupide, c'est normal. Si tu domines, tu as moins de chances d'encaisser. Alors oui, tu peux toujours avoir un but qui tombe du ciel après un long ballon. Pour un match, défendre peut te réussir mais sur dix matches, tu vas en perdre huit. Et je pense que la philosophie de Genk, c'est d'avoir des joueurs jeunes, avec beaucoup de talent. Le club aime jouer au football, avec des joueurs bons techniquement. POZUELO : Oui, ce sont des joueurs très jeunes, qui doivent continuer à apprendre, mais qui m'impressionnent énormément. C'est aussi le mérite du club, qui leur donne rapidement leur chance. Dès qu'un titulaire ne peut pas jouer, c'est à eux qu'on fait appel. POZUELO : Dans les matches contre eux, ou contre Gand, je n'ai jamais senti qu'on était inférieurs. On a toujours joué en les regardant dans les yeux, en les pressant dans leur camp pour tenter de les mettre en difficulté. Et c'est le plus important pour nous : pouvoir se dire après le match qu'on est monté sur le terrain pour gagner, et pas en ayant peur. POZUELO : Pendant le match, c'est à nous de prendre les décisions pour être moins prévisibles. Nous pouvons travailler quelque chose la semaine mais pendant le match, c'est aux joueurs de faire la différence. En fonction de ce qu'il se passe pendant le match, on doit prendre les bonnes décisions. POZUELO : Hors du terrain, nous avons aussi une relation spectaculaire, et je pense que le fait d'être amis dehors fait qu'on se trouve si bien sur le terrain. On s'aide entre nous, on court pour celui qui perd la balle et dès le premier jour, ce feeling se voit sur le terrain. POZUELO : Il a eu une maturité très rapide. L'adaptation au championnat lui a coûté un peu de temps, mais il a trouvé sa place dans l'équipe, en assumant ce rôle un peu semblable à celui de Busquets à Barcelone : un pivot défensif, mais qui n'est pas seulement défensif, parce qu'il est très bon techniquement une fois le ballon dans les pieds. C'est déjà un homme-clé dans l'équipe. POZUELO :Non, ce n'est pas un honneur. Ça te complique beaucoup le match. Mais au final, pour l'ensemble de l'équipe, c'est mieux. S'il y a un homme qui me suit tout le temps, les autres auront plus d'espace pour jouer. C'est une arme à double tranchant pour l'équipe adverse, parce que s'ils se concentrent seulement sur moi, on les battra d'une autre façon. Pour moi, personnellement, ce sont des matches difficiles. J'essaie de revenir dans le milieu de terrain pour recevoir des ballons, ou aller sur un flanc pour libérer ma zone à un autre coéquipier, mais ce n'est pas simple. POZUELO : C'était très compliqué. Je n'avais jamais été blessé pendant autant de temps. Je sentais que la douleur ne partait pas, je ne pouvais pas jouer, j'étais dans les tribunes et je ne pouvais pas aider mes coéquipiers... Mais nos prestations s'améliorent depuis quelques semaines. POZUELO : Notre objectif initial, c'est d'être dans les play-offs 1. Et à partir de là, je pense que nous avons une équipe pour finir dans les trois premiers. PAR GUILLAUME GAUTIER - PHOTOS BELGAIMAGE" A 19 ans, mon corps n'était pas préparé physiquement pour lutter en Angleterre. Mais Swansea m'a servi pour savoir ce que je devais améliorer pour devenir le joueur que je suis aujourd'hui. " - Alejandro Pozuelo " A Genk, le club et le coach ont une philosophie comparable avec ce qui se fait en Espagne. " - Alejandro Pozuelo