Samedi, fin de soirée : gros buzz sur internet. Robert Louis-Dreyfus vient de mourir, il a perdu sa bataille contre la leucémie et l'info monopolise la page d'accueil de presque tous les sites sportifs. Pour les sites de foot en Belgique et en France, c'est LA nouvelle du week-end.
...

Samedi, fin de soirée : gros buzz sur internet. Robert Louis-Dreyfus vient de mourir, il a perdu sa bataille contre la leucémie et l'info monopolise la page d'accueil de presque tous les sites sportifs. Pour les sites de foot en Belgique et en France, c'est LA nouvelle du week-end. Dimanche matin : ambiance plombée au Standard. Quel avenir pour les Rouches maintenant que leur homme fort (financier) n'est plus là ? Luciano D'Onofrio : " Ce n'est pas le moment de parler de l'avenir du club. Il y a d'abord un long travail de deuil à faire. " Louis Smal, président de La Famille des Rouches : " Je ne veux pas m'exprimer. " Le directeur général, Pierre François, s'y colle : " Tout récemment, notre président vous a dit dans son interview que le mal de Robert Louis-Dreyfus n'était pas incurable. Evidemment, il savait que l'homme allait très mal. Mais il n'allait quand même pas déclarer publiquement que ses jours étaient comptés. Son épouse tenait D'Onofrio au courant de l'évolution de son état de santé. Pour nous, son décès n'est pas une surprise. D'ailleurs, les derniers conseils d'administration du Standard se sont déroulés en Suisse, pour éviter d'imposer les voyages en Belgique à Louis-Dreyfus. " Portrait de RLD, sauveur du Standard et grand financier de l'Olympique de Marseille. Robert Louis-Dreyfus est né en 1946 dans un quartier huppé de Paris. Il était marié à une Russe et père de trois enfants, installés à Zurich. En 1995, il a pris la nationalité suisse. C'était un aventurier, un homme du monde : il a vécu dans un kibboutz (communauté collectiviste en Israël), adorait sillonner la Chine et possédait une espèce de cabane aux Bahamas. Héritier d'une famille richissime, il n'était pas top à l'école, dans un premier temps. Son BAC, il ne l'a jamais eu : il a raté ses deux essais. Cela le faisait rire et il n'hésitait pas à le rappeler lui-même. Mais il s'est ensuite rattrapé avec un diplôme à l'Ecole des Dirigeants et Créateurs d'Entreprise et, surtout, un MBA à Harvard. La passion de sa jeunesse était le poker : il passait des nuits entières à jouer et aurait, au bout du compte, gagné des centaines de milliers d'euros. Autres hobbies : le cigare, l'opéra et les grands tournois de foot où il se rendait à bord de son Falcon privé. Le costard/cravate, très peu pour lui. Il se promenait parfois en chaussettes dans des salons bien fréquentés et a donné des conférences de presse en tongs. Un simple t-shirt ou un maillot (de Marseille ou du Standard) remplaçait souvent la chemise même dans des réceptions officielles. Au milieu du siècle dernier, Léopold Louis-Dreyfus, un jeune Alsacien juif, se lance, charrette aux bras, dans le commerce du grain. Succès foudroyant. Il devient le numéro 1 mondial du négoce de céréales. La famille a le virus des affaires dans le sang. Avec les générations suivantes, le Groupe Louis-Dreyfus explose. Cet empire a des usines dans le monde entier, est actif dans l'immobilier, l'énergie, le commerce du coton, la fabrication de jus de fruits, les télécommunications, les bateaux, etc. Le chiffre d'affaires annuel dépasse 25 milliards d'euros. On propose au jeune RLD d'en prendre le contrôle : il refuse car il veut tracer seul sa route. Son premier gros coup (1982) : le rachat d'une société américaine d'études pharmaceutiques (IMS Health). En six ans, la valeur de cette entreprise est multipliée par 20. RLD se retrouve avec 100 millions de dollars sur son compte en banque et part se reposer dans un long voyage en Chine. En 1989, il reprend l'agence anglaise de publicité Saatchi & Saatchi. Elle est à la dérive, il la fait de nouveau prospérer et la revend avec un bénéfice colossal en 1993. Cette année-là, il acquiert Adidas qui perd de plus en plus de terrain sur le marché de l'équipement sportif. Il prend le contrôle de l'ex-géant allemand pour une croûte de pain (300 millions d'euros) et multiplie sa valeur par dix. Il remet Adidas en 2001. Entre-temps, il s'est installé sur le marché des télécoms et est devenu le plus grand propriétaire terrien en Floride avec la moitié des plantations d'oranges de cet Etat. En 2007, il accepte finalement de prendre le contrôle du groupe familial : il en détient 55 % des parts et affirme qu'il va pérenniser la société pour 99 ans. Point commun entre D'Onofrio, Bernard Tapie et Louis-Dreyfus : l'amour de l'Olympique de Marseille et du Standard. En privé, D'Onofrio a un jour confié : " Tapie est devenu mon ami. RLD, pas encore, mais il pourrait le devenir. " Fin 1996, Louis-Dreyfus est appelé au chevet de l'OM par la mairie de Marseille. Il en devient l'actionnaire principal. Il en sera aussi le président pendant un peu moins d'un an. Aujourd'hui, on estime qu'il a injecté plus de 200 millions d'euros dans le club. Pour des résultats décevants : des finales (Coupe de France et Coupe de l'UEFA) et des accessits (deux fois la deuxième place en championnat). Seule grande victoire : la Coupe Intertoto en 1995. A cause de ses problèmes de santé (notamment), il cherchait à remettre le club. Mais il voulait aussi s'assurer que le repreneur n'y ferait pas n'importe quoi. En 2007, il a ainsi refusé une grosse offre de reprise parce qu'il ne sentait pas bien le coup. Ses seuls titres, il les a acquis au Standard : champion deux fois d'affilée. Il y est arrivé en 1998, en compagnie de D'Onofrio. Lors de la reprise, il a mis 89 % des apports (en compagnie de Tom Russel, qu'il avait connu chez IMS Health), pour 10 % à D'Onofrio et 1 % à Reto Stiffler. Pour Pierre François, on peut considérer que RLD a finalement injecté près de 25 millions d'euros à Sclessin. Dans le dossier des comptes de l'OM, Robert Louis-Dreyfus a d'abord été condamné à trois ans de prison avec sursis et 375.000 euros d'amende, en juin 2006. Il est allé en appel où sa peine de prison a été réduite à 10 mois avec sursis. Son pourvoi en cassation n'a rien donné. Dès dimanche dernier, les journaux sportifs français ont parlé d'une probable nouvelle ère chahutée à Marseille. Deux personnages clés du renouveau venaient déjà de dégager : Eric Gerets et le président Pape Diouf (viré récemment par RLD). Sur son site officiel, le club se voulait rassurant : " Les héritiers de Robert Louis-Dreyfus poursuivront l'£uvre engagée. Conformément à sa volonté et son action depuis 1996, ils auront à c£ur de faire inscrire de nouvelles pages glorieuses dans l'histoire de ce club. " Au Standard, personne ne panique. " Le club s'autofinance depuis 2001 et n'a plus jamais fait appel à la cagnotte personnelle de Robert Louis-Dreyfus ", dit Pierre François. " Le club continuera à tourner demain comme il tourne aujourd'hui, même si l'homme n'est plus là. Nous savons tous à quel point il a été essentiel dans la survie du Standard. Nous avons donné son nom à notre Académie pour que tout le monde s'en souvienne. "Le prochain stade des Rouches portera-t-il aussi le nom du financier franco-suisse ? François : " Aucune idée. Il pourrait aussi porter le nom d'un sponsor. " Mais il semble que si le dossier du stade n'a plus guère progressé depuis quelques mois (des " problèmes internes " ont été évoqués), c'est justement à cause de la détérioration de l'état de santé de RLD. Qui ne figurait plus dans le conseil d'administration du Standard depuis quelques semaines. Il a encore participé au CA de début mai, puis a envoyé sa lettre de démission. Aujourd'hui, le conseil d'administration ne compte donc plus que deux hommes : D'Onofrio et Stiffler. par pierre danvoyeFaire le travail de deuil avant de parler de l'avenir du Standard sans Louis-Dreyfus. (D'Onofrio)RLD a injecté 25 millions au Standard et plus de 200 millions à Marseille.