Avec moins d'un goal concédé par match, en moyenne, Lokeren possède la défense la plus sûre de l'élite. Le mérite en revient non seulement à ses quatre arrières, commandés depuis le début de la saison par l'exemplaire Olivier Doll mais aussi à l'ultime rempart, Boubacar Barry Copa, qui n'a jamais paru aussi fort à 29 ans.
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Avec moins d'un goal concédé par match, en moyenne, Lokeren possède la défense la plus sûre de l'élite. Le mérite en revient non seulement à ses quatre arrières, commandés depuis le début de la saison par l'exemplaire Olivier Doll mais aussi à l'ultime rempart, Boubacar Barry Copa, qui n'a jamais paru aussi fort à 29 ans. Le portier ivoirien, qui prêtait encore à sourire, par son style approximatif, lors de son arrivée en Belgique en 2003 à Beveren, s'est métamorphosé en un gardien fiable, qui suscite aujourd'hui les convoitises des meilleurs : Anderlecht et le Standard, pour ne citer qu'eux. Preuve, s'il en est, de son extraordinaire évolution : sa figuration parmi les nominés au Soulier d'Ebène 2009, à l'instar de Dieumerci Mbokani, Mbark Boussoufa, Nana Asare et Mohamed Sarr. Un événement historique car c'est la toute première fois depuis la création du trophée en 1992 qu'un keeper africain fait partie des heureux élus. Boubacar Copa : Il fallait bien que cette percée se produise un jour. Au début, les clubs focalisaient surtout leur attention sur les attaquants comme Roger Milla. Ensuite, ils se sont intéressés à des demis, comme le Ghanéen Abedi Pelé. Par après, ce furent les défenseurs qui attirèrent l'attention, à l'image du Nigérian Stephen Keshi. Ces dernières années, les keepers ont fait à leur tour l'objet d'un suivi. Et quelques-uns se sont pleinement affirmés, comme Carlos Kameni à l'Espanyol Barcelone. Voire Tony Silva à Trabzonspor. Non, dans la mesure où j'ai dû patienter jusqu'à mon passage au Stade Rennais, en 2000, pour être pris en main, pour la toute première fois de ma carrière, par un entraîneur spécifique, Christophe Lollichon. A l'Académie Mimosifcom de Jean-Marc Guillou, à Abidjan, puis à l'ASEC, qui s'inscrivait dans la même continuité, je n'avais jamais eu droit à un véritable éducateur. Chez les jeunes Mimos, mon instructeur le plus assidu était Zezeto. Après les entraînements collectifs, il prenait toujours un malin plaisir à me fusiller sous tous les angles. Plus tard, lors de mon incorporation dans le noyau de la Première, j'ai pu tabler sur les conseils du titulaire, Losseni Konate. Mais c'est absolument tout. Il n'est pas interdit de penser que j'aurais déjà abouti dans un grand club, comme ce fut le cas pour certains de mes compagnons de promotion, tels Yaya Touré ou Didier Zokora. Mais je ne désespère pas de marcher sur leurs traces. Et par-dessus tout, je ne regrette pas d'être resté joueur de champ. J'étais milieu de terrain, à mes débuts, et ce n'est qu'après deux ans que j'ai pris place au goal. Pendant cette période, j'ai amélioré ma technique et elle me sert à coup sûr, aujourd'hui. Une équipe de foot, ce n'est plus dix joueurs et un gardien mais onze joueurs dont l'un se débrouille mieux avec les mains que les autres. Et je suis celui-là. J'en suis convaincu. Un keeper est souvent le premier relanceur de son équipe. Il ne doit donc pas seulement viser juste à l'aide de ses mains mais témoigner également d'une grande sûreté dans le jeu aux pieds. Et c'est là que le bât blesse souvent : sur des balles en retrait, je remarque que bon nombre de collègues parent toujours au plus pressé en dégageant leur camp n'importe comment. La plupart de leurs envois aboutissent dès lors en dehors des limites du terrain voire dans les pieds adverses. Moi, je n'ai pas ce problème. En cas de remise sur moi, l'équipe garde quasi toujours la maîtrise du cuir. Sauf quand je glisse et que l'opposant n'a plus qu'à pousser le ballon dans le but, comme à Courtrai ( il grimace). Mais nous l'avions emporté 2-3 et ma bourde n'avait donc pas eu de conséquences fâcheuses. Il y a juste dix ans après la Supercoupe d'Afrique face à l'Espérance Sportive de Tunis. Nous l'avions emporté 3-1 et je ne m'étais sûrement pas montré inférieur à mon vis-à-vis, le fameux Chokri El Ouaer. C'est grâce à cette performance, d'ailleurs, que tout s'est déclenché pour mes partenaires de l'Académie et moi car à partir de ce moment, nous avons tous essaimé. Les uns en Belgique, comme Aruna Dindane à Anderlecht ainsi que Didier Zokora à Genk. Et moi en France. Le reste de la troupe a suivi quand Guillou a trouvé un point de chute pour les ex-Académiciens, à Beveren où j'ai abouti en 2003 à l'instigation de Laszlo Bölöni. Il venait de signer au Stade Rennais et puisque j'y étais barré par Petr Cech et Bernard Lama, il m'avait conseillé d'opter pour un club où je bénéficierais de temps de jeu. Et cette perspective m'était proposée au Freethiel. Dès l'instant où un joueur se met en évidence devant les Mauves, il peut s'attendre à susciter de l'intérêt de la part des Bruxellois. J'ai eu la chance, cette saison, de jouer deux matches forts contre eux. Aux dires d'Ariel Jacobs, je les ai même privés de 5 points ( il sourit). J'espère qu'ils ne m'en voudront pas trop au décompte final. Le Standard a eu plus de chance contre nous puisqu'il a pris 4 unités, même si sa victoire à Sclessin fut quelque peu tirée par les cheveux. Il n'empêche que si cet avantage-là se révèle déterminant, les Rouches peuvent toujours me remercier par le biais d'un transfert. Mais je ne refuserais pas, non plus, un passage à Anderlecht, Genk, ou Gand. Mon ambition est de progresser et d'intégrer un club du top-5 ici. J'ai encore un an de contrat à Lokeren. J'espère que le président, Roger Lambrecht, se montrera aussi souple avec moi qu'avec Georges Leekens. Dans ce cas, j'irai au bout de mon bail, quitte à partir gratuitement à ce moment-là. Mais je pense que le bon sens l'emportera et que le club ne s'opposera pas à un départ. Si la direction reste sur ses positions, je tenterai de me consoler via une autre récompense : le Soulier d'Ebène ou encore une consécration comme Gardien de l'Année. Mais ce ne sera pas simple car la concurrence est très rude partout : il y a Mbokani et Boussoufa d'un côté et une flopée de bons keepers de l'autre. Je songe à Stijn Stijnen, Sammy Bossut, Mark Volders, Yves De Winter ou Bojan Jorgacevic. Que du beau monde. J'avais encore tout à apprendre à cette époque. Et cette remarque était d'application aussi à ceux qui venaient de rejoindre le club quasi en même temps que moi, Arthur Boka, Emmanuel Eboué et Arsène Né. Vu leur évolution, c'est sûr qu'ils avaient du talent à revendre. Mais ils manquaient encore singulièrement d'expérience, comme moi. Au début, je me souviens que je n'osais pas quitter ma ligne de but. Je tablais exclusivement sur mes réflexes. Aujourd'hui, je n'hésite plus à cueillir les ballons à hauteur du point de penalty ou même plus haut dans les 16 mètres. Au fil des ans, j'ai été amené aussi à jouer avec des éléments chevronnés. Comme Doll et Strul cette saison. Ou Joao Carlos avant son passage à Genk, l'été passé. Avec lui, je jouais dans un fauteuil. C'est grâce au duo qu'il formait avec Oli que j'ai pris du galon et que je suis devenu titulaire en équipe nationale après la Coupe du Monde 2006. Jusqu'alors, c'était Jean-Jacques Tizié qui défendait les buts des Eléphants. Nous avons été versés dans un groupe comportant le Malawi, la Guinée et le Burkina Faso. Les trois premiers joueront la phase finale de la Coupe d'Afrique des Nations qui aura lieu en Angola l'hiver prochain. Seul le vainqueur ira en Afrique du Sud. Se qualifier pour la CAN ne devrait pas poser de problèmes. En revanche, la lutte pour la première place promet d'être ardue. Je pense toutefois qu'on se sublimera pour y arriver. Il ne faut pas oublier que pour plusieurs d'entre nous, 2010 sera la toute dernière occasion de nous distinguer au Mondial. Des valeurs sûres comme Didier Drogba, Dindane ou Zokora auront alors 30 ans ou friseront la trentaine. En 2014, il sera trop tard pour eux et pour moi sans doute. C'est pourquoi nous devons essayer de frapper un grand coup en Afrique du Sud. Ma jalousie n'est rien en regard de leur étonnement. Chaque fois que je discute avec eux, c'est toujours la même rengaine : ils me demandent ce que je fiche à Lokeren. Un jour, c'est sûr, ils n'auront plus à me poser cette question. Reste simplement à savoir quand... par bruno govers