A La Louvière, on a l'impression que plus on diminue le budget, plus on fait des résultats. On s'était déjà extasié devant la réussite d' ArielJacobs, qui avait mené le club vers la victoire en Coupe de Belgique et vers une huitième place en championnat. Cette saison, c'est encore mieux : non seulement les Loups occupent les premiers rôles en championnat, mais ils jouent bien au football. Tentatives d'explication.
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A La Louvière, on a l'impression que plus on diminue le budget, plus on fait des résultats. On s'était déjà extasié devant la réussite d' ArielJacobs, qui avait mené le club vers la victoire en Coupe de Belgique et vers une huitième place en championnat. Cette saison, c'est encore mieux : non seulement les Loups occupent les premiers rôles en championnat, mais ils jouent bien au football. Tentatives d'explication. Au printemps, La Louvière semble au plus mal. Le manager RolandLouf a quitté le club le 1er avril, en direction de Mouscron, qui lui offre de meilleures garanties d'avenir. L'entraîneur Jacobs s'entend dire, de la part de son président : - Situtrouvesunautreclub, àtaplace, jen'hésiteraispas ! Il signe donc à Genk, comme directeur sportif. Bref, Filippo Gaone semble bien seul à la barre. Beaucoup de gens s'inquiètent. Alors que la plupart des clubs ont déjà leur entraîneur, et que certains des candidats pressentis signent ailleurs (comme EmilioFerrera ou PhilippeSaint- Jean), les Loups cherchent toujours. Le président reste calme, et c'est peut-être son principal mérite : il ne veut pas attacher la charrue avant les b£ufs. Il a fait de l'engagement d'un manager, sa priorité. Et se tient à ce principe. Bien lui en a pris. Gaone a le flair d'engager Stéphane Pauwels. " Le culot, surtout ", corrige l'intéressé. " Car, en Belgique, on aime protéger ce qui est Belge. Or, si j'ai bel et bien un passeport belge, je me suis surtout bâti un beau CV en France ". Pauwels, effectivement, était sans doute sous-estimé en Belgique. Il a fait ses gammes à Mouscron, où ses initiatives et son dynamisme commençaient à faire de l'ombre à la direction en place. Il a pris son envol à Lille, où il a connu l'entraîneur VahidHalilhodzic et le président FrancisGraille, tous deux au PSG actuellement. Grâce à ses fonctions dans le club nordiste, il s'est ouvert des portes dans l'Hexagone. Car l'homme, outre une grande capacité de travail, a le sens du contact. Son carnet d'adresses est aujourd'hui impressionnant. Via l'Algérie, il a aussi des antennes en Afrique. Il aurait pu travailler dans des clubs plus huppés que La Louvière et était lui-même sceptique sur les perspectives d'avenir que lui offraient les Loups. Alors, on peut se demander ce qui l'a poussé à accepter, malgré tout, la proposition de Gaone. " Le président lui-même ", affirme-t-il. " Le contact que j'ai eu avec lui. Et le fait qu'il me donnait carte blanche pour choisir l'entraîneur et les joueurs. J'aurais pu rester en Algérie, et gagner beaucoup plus d'argent. Mais les pleurs de ma petite fille Zoé, à chaque fois que je repartais, me fendaient le c£ur. J'aurais aussi pu aller au PSG, mais alors, j'aurais travaillé sept jours sur sept et mon épouse l'aurait probablement mal vécu. Mon retour en Belgique était un choix familial. D'autres clubs belges ont eu l'occasion de m'engager. Gaone, lui, a pris le risque ". Lorsque Albert Cartier a débarqué, beaucoup de gens se sont exclamés : - Albertqui ? De la même manière qu'un journal londonien avait titré û Arsènewho ?, lorsque Wenger était arrivé à Arsenal en provenance du Japon. Aujourd'hui, ces mêmes personnes le considèrent comme le meilleur entraîneur du pays. Pauwels le connaissait parce que, à l'époque où il était le manager de l'équipe nationale algérienne, quatre joueurs algériens évoluaient à Gueugnon, le club d'Albert Cartier. " J'avais de fréquents contacts avec lui. J'ai été séduit par la disposition tactique de Gueugnon, que j'ai personnellement vu éliminer le PSG en Coupe de la Ligue. J'ai apprécié, aussi, le fait qu'il m'appelait fréquemment pour prendre des nouvelles de ses joueurs en sélection. Cela dénotait une grande conscience professionnelle. J'ai pris mes renseignements. Halilhodzic, avec qui il avait passé son diplôme français, me l'a conseillé. RobertBudzinski (directeur sportif de Nantes) et PierreDreossi, (ex-Lille, actuel manager général de Rennes), que j'ai consultés, m'ont tenu le même discours. Je savais que c'était un grand travailleur, qui restait au stade de 8 heures du matin à 8 heures du soir, qui allait voir tous les matches de jeunes et qui respectait une grande hygiène de vie. Il répondait totalement au profil d'entraîneur que je recherchais ". Ici aussi, beaucoup de gens ont froncé les sourcils. Les joueurs engagés étaient, à leurs yeux, d'illustres inconnus. Dans les pronostics d'avant saison, les Loups étaient cités en 18e position dans plus d'un quotidien. Pourtant, à y regarder de plus près, certains de ces joueurs avaient un fameux CV. " Cartier voulait deux joueurs : MarioEspartero et GeoffrayToyes ", explique Pauwels. " Les autres sont des connaissances personnelles. Mais je n'en ai fait signer aucun sans l'assentiment de l'entraîneur et du président. FadelBrahami, le premier à être engagé, était un coup de c£ur : il était au chômage depuis un an et demi. Yannick Zambernardi a suivi dans la foulée. Pour les attaquants, j'ai pris mon temps. J'ai dû me bagarrer pour engager MathieuMaton : il avait dix kilos de trop, mais je savais qu'il allait les perdre et il avait joué dans toutes les catégories en équipe de France de jeunes, en compagnie de DjibrilCissé et avec RaymondDomenech comme entraîneur. Le seul coup de poker, c'était RafikDjebbour : il était le meilleur buteur de la CFA d'Auxerre mais n'avait jamais joué avec les grands ". Tous ces joueurs ont coûté zéro euro en indemnité de transfert ou en commission d'agent : " Un manager n'est utile que pour la revente : si on me propose un million d'euros pour transférer un joueur au Bayern Munich, je prends. Mais, pour recruter, il vaut mieux aller voir soi-même. Il faut être fou, par les temps qui courent, pour débourser un euro pour un transfert : il y a suffisamment de joueurs sur le marché ". Si Pauwels s'est tourné vers le marché franco-algérien, c'est à la fois parce qu'il le connaît bien et que le rapport qualité/prix est excellent : " Il y a en France 350 footballeurs au chômage, qui ne demandent qu'un emploi pour se relancer. Tous ces joueurs ont reçu une formation professionnelle ". En matière de salaires, ce n'est pas le Pérou non plus : " Je l'ai bien expliqué aux joueurs : - Vousn'allezpasvousenrichir àLaLouvière, maisvousallezrevenir àvotremeilleur niveauet au bout du compte, vous y gagnerez ! Un jour, si tout va bien et si le jeu en vaut la chandelle, on s'autorisera peut-être une folie en engageant un joueur à 5.000 euros mensuels. Mais pour l'instant, ce n'est pas le cas. Mais il ne suffit pas de transférer des joueurs français pour être compétitif en championnat de Belgique, ce serait trop facile. Alors, pourquoi cela marche-t-il à La Louvière ? " D'abord, parce qu'on a eu une réflexion tactique. On a engagé en fonction des besoins de l'équipe. On a mis l'accent sur la polyvalence. Et on a analysé les caractères. On a discuté. On a pris des renseignements auprès des joueurs qui ont joué avec eux. Et on a vu à l'usage. Dix joueurs sont venus en test, mais n'ont pas été retenus parce qu'ils ne correspondaient pas au profil recherché, que ce soit sur le plan financier, sportif ou humain ". Cartier n'a pas ménagé ses efforts et son travail est en train de payer. Durant l'avant-saison, les résultats n'étaient pas brillants et cela a aussi engendré quelques craintes. " Mais la période de préparation est faite pour... se préparer, pas pour obtenir des résultats. On a beaucoup travaillé, l'essentiel était d'être prêt au jour J ". A Westerlo, pour prendre l'exemple d'un autre club dont on vante généralement la bonne gestion, on a attendu le départ de TosinDosunmu pour lui chercher un remplaçant. Avec la conséquence que l'on connaît : le club campinois, depuis lors, ne marque plus ou très peu. A La Louvière, on a eu l'intelligence d'anticiper. Djebbour et Maton ont été engagés pour pallier le départ attendu de PeterOdemwingie. Lorsque l'attaquant nigérian a été vendu à Lille (après qu'une offre, plus juteuse, de Fulham ait avorté parce qu'il manquait deux sélections nationales au joueur pour obtenir un permis de travail en Angleterre), le rendement offensif des Loups ne s'en est pas ressenti. Le jeune flanc gauche MarcClamy est déjà là, en perspective du moment où MichaelKlukowski quittera le Tivoli à son tour. Et NacerDaineche, un solide défenseur central de 20 ans qui jouait en Amateur à Cassis, s'entraîne déjà avec les Loups et sera qualifié en janvier. " On a une solution de rechange à chaque poste ", précise Pauwels. " Théoriquement, tout le monde peut partir en janvier, sauf SilvioProto. Car un gardien, c'est un cas particulier : on ne le remplace pas en cours de saison ". Gaone et Pauwels ont loupé le déplacement à Bruges, le mois passé. Le président était en voyage d'affaires en Chine et le manager, disait-on, en vacances. En fait, il était au Brésil, et pas uniquement pour se faire dorer sur la plage de Copacabana. Il est descendu jusqu'à Florianopolis et a notamment visité le club d'où est originaire Cadu, le prolifique buteur du Germinal Beerschot. " J'ai été aiguillé par Rai et Ricardo, ce n'est pas rien. Le Brésil est aussi un immense réservoir de talents, où l'on peut découvrir de petites merveilles, à condition de savoir chercher ". Filippo Gaone semble volontairement se tenir un peu à l'écart cette saison. Parce qu'il constate que tout marche bien ? " Il a le mérite de gérer le club en bon père de famille. Son coup de c£ur à lui, c'était FrédéricTilmant, qu'il a nommé comme adjoint. Mais c'est une vraie réussite ". Le président n'intervient pas dans la gestion de Pauwels et celui-ci n'influence pas les choix tactiques de Cartier : " Dans le même ordre d'idées, on a confié le travail juridique à Me LaurentDenis. Les problèmes de contrats à résoudre avec ManuKaragiannis, c'est lui qui s'en occupe. Le cas du ballon explosé à Anderlecht, c'est aussi lui qui en parle à la télévision. On forme une équipe très complémentaire et on est tous sur la même longueur d'onde. On a tous un c£ur de loup ". Transférer des joueurs français pour être compétitif en championnat de Belgique, c'est bien. Mais il faut tout de même une petite touche belge. Elle est présente : " On a intégré quatre jeunes joueurs du club à l'effectif. C'était un v£u du président et il a été exaucé par Cartier, soucieux de respecter la politique du club. Filippo Gaone était heureux comme un enfant qui reçoit un cadeau de saint Nicolas, lorsqu'il a vu RonyBaynon monter sur le terrain à Bruges et JulienPinelli à Anderlecht. YessineHasni et QuantinDurieux sont aussi intégrés au noyau A ". Plus les deux gardiens BenoîtDaniel et MichaëlCordier, arrivés comme doublures de Silvio Porto. " Mais il faut comprendre qu'il n'y a jamais eu de centre de formation à La Louvière et qu'on ne sort pas des jeunes de talent d'un coup de baguette magique, comme des lapins d'un chapeau. Il faut des années pour récolter les graines que l'on a semées. Mais un effort est fait. Les engagements de LéonSemmeling et RégisGenaux vont dans ce sens ". Daniel Devos" Filippo Gaone semble VOLONTAIREMENT se tenir un peu à l'écart cette saison " " Quatre jeunes du club ont été intégrés à l'effectif : c'était UN V£U DU PRéSIDENT "